Le Mali a franchi une étape décisive dans la modernisation de son réseau électrique avec la validation finale du financement du projet de boucle haute tension 225 kV Nord de Bamako (PBNB). D’un montant total de 166 millions d’euros, ce projet d’infrastructure énergétique majeure vise à renforcer la capacité de transport d’électricité vers la capitale et ses zones périurbaines, qui concentrent une part croissante de la population et de l’activité économique du pays.
La validation des accords de prêts par le Conseil national de transition (CNT) le 7 juillet 2025 a permis de débloquer la dernière phase de ce montage financier complexe. Ces accords, signés le 25 février 2025 entre la Banque africaine de développement (BAD) et le gouvernement malien, s’ajoutent à d’autres conventions déjà ratifiées avec plusieurs partenaires financiers internationaux.
Avec un taux d’électrification d’environ 50 % en milieu urbain et bien inférieur en zones rurales, le Mali est confronté à un défi énergétique considérable. La capitale Bamako, qui abrite plus de 2,5 millions d’habitants, connaît une demande électrique croissante portée par l’urbanisation rapide et le développement des activités industrielles et commerciales. Les infrastructures actuelles, vieillissantes et parfois saturées, peinent à répondre à cette demande, entraînant des délestages fréquents et des pertes techniques élevées.
Selon la Banque africaine de développement, le PBNB devrait permettre de raccorder 10 000 nouveaux foyers et petites entreprises, tout en améliorant la qualité de l’alimentation électrique pour une quarantaine d’unités industrielles. L’objectif est à la fois d’accroître la capacité de distribution et de réduire les coûts liés aux pannes et aux fluctuations de tension.
Concrètement, le PBNB prévoit la réalisation d’une ligne à haute tension de 225 kV en double circuit, longue d’environ 103 kilomètres. Cette artère principale reliera les localités de Kodialani, Kambila, Safo et Dialakorobougou, formant une boucle périphérique autour de Bamako. Ce type de configuration en anneau offre une redondance et une flexibilité accrues, permettant d’isoler les sections défaillantes sans interrompre l’alimentation des autres zones.
Le dispositif comprend également :
Le financement du PBNB illustre la capacité du Mali à mobiliser des ressources auprès de multiples partenaires internationaux. L’enveloppe totale de 166 millions d’euros est répartie entre plusieurs instruments financiers, chacun répondant à des objectifs spécifiques de développement, de climat ou de transition.
La BAD joue un rôle central dans ce projet, avec une contribution totale qui représente 36,13 % du coût global. Ses financements sont délivrés via plusieurs guichets :
Le gouvernement malien cofinance également l’opération à hauteur de 3,6 % du budget total, démontrant son appropriation du projet et sa volonté d’investir dans des infrastructures stratégiques malgré un contexte budgétaire contraint.
Au-delà de l’accès immédiat à l’électricité pour des milliers de foyers, le PBNB est conçu comme une infrastructure d’avenir. Comme le précise la BAD dans un communiqué, « ces investissements faciliteront la transmission de l’énergie attendue de futures sources d’alimentation, notamment l’interconnexion Guinée-Mali, la ligne Manantali 2 et les centrales solaires prévues à Kambila et Safo ».

L’interconnexion avec la Guinée permettra notamment d’importer de l’électricité produite par le barrage de Souapiti, l’un des plus grands d’Afrique de l’Ouest. La ligne Manantali 2 est quant à elle un projet régional visant à renforcer les échanges électriques entre le Mali, le Sénégal et la Mauritanie. Les centrales solaires de Kambila et Safo, d’une capacité cumulée de plusieurs dizaines de mégawatts, s’inscrivent dans la stratégie malienne de développement des énergies renouvelables, qui vise à porter leur part à 40 % du mix électrique d’ici 2030.
La structure du financement reflète également l’importance accordée aux enjeux climatiques. La présence de dons du Fonds d’investissement climatique et du Fonds vert pour le climat indique que le projet intègre des composantes de réduction des émissions de gaz à effet de serre, probablement liées à la limitation des pertes techniques et à l’intégration des énergies renouvelables.
En améliorant l’efficacité du réseau et en réduisant les délestages, le PBNB contribue indirectement à la réduction de l’utilisation de groupes électrogènes diesel, très polluants et coûteux. Il permet également de préparer le terrain pour l’électrification rurale, en offrant un backbone fiable pour les réseaux secondaires.
Malgré ces avancées, la réalisation du PBNB ne sera pas sans obstacles. La situation sécuritaire au Mali, marquée par des conflits armés dans certaines régions, pourrait compliquer la logistique et l’approvisionnement en matériaux. Par ailleurs, la gouvernance du secteur électrique, historiquement marquée par des difficultés de gestion et des pertes commerciales élevées (vols d’électricité, impayés), nécessitera une réforme parallèle pour que les bénéfices du projet soient pleinement tangibles pour la population.
Le gouvernement malien a déjà engagé des discussions avec la BAD et d’autres partenaires pour renforcer les capacités de la Société malienne d’électricité (SOMAPEP) et améliorer la collecte des recettes. Des programmes de formation et d’assistance technique sont prévus dans le cadre du projet.
La validation du financement de la boucle 225 kV Nord de Bamako représente une avancée majeure pour le secteur électrique malien. En sécurisant 166 millions d’euros auprès de multiples partenaires, le pays se dote d’une infrastructure capable de répondre aux besoins immédiats de sa capitale tout en préparant l’avenir avec l’intégration des énergies renouvelables et des interconnexions régionales.
Pour la population de Bamako et des localités périphériques, ce projet est porteur d’espoir : moins de coupures, un accès élargi à l’électricité pour les ménages et les entreprises, et des perspectives de développement économique renforcées. Reste à assurer une mise en œuvre efficace et transparente, condition indispensable pour que cette boucle devienne un moteur de transformation énergétique et sociale pour tout le Mali.
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Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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