Les micro-réseaux solaires avec stockage deviennent compétitifs pour l’électricité de base dans le monde

Lors de la Global Energy Storage Conference, organisée en marge du salon SNEC à Shanghai, Yana Hryshko, responsable mondiale de la chaîne d’approvisionnement solaire chez Wood Mackenzie, a présenté des modélisations montrant que les systèmes solaires couplés au stockage par batteries sont désormais capables de fournir une électricité de base à un coût compétitif face aux centrales fossiles. L’étude s’appuie sur trois cas nationaux très différents : l’Ukraine, le Ghana et les Pays-Bas, démontrant la pertinence de cette technologie dans des contextes géopolitiques, économiques et réseau variés.

Une méthodologie comparative solide

Wood Mackenzie a modélisé pour chaque pays deux configurations solaire-stockage : l’une avec quatre heures de stockage (400 MWh) et l’autre avec douze heures de stockage (1 200 MWh). Ces systèmes ont été comparés à des centrales conventionnelles à cycle combiné au gaz et au charbon d’une capacité équivalente de 300 MW. L’infrastructure de transport commune repose sur une ligne 110 kV de 8 km, avec trois transformateurs élévateurs de 105 MVA, et des onduleurs capables de former le réseau (grid-forming inverters), permettant un fonctionnement connecté ou déconnecté du réseau.

Des scénarios adaptés à chaque pays

  • Ukraine : le système peut utiliser une partie des infrastructures de transport existantes, ce qui réduit les investissements initiaux. Malgré la guerre, le pays installe officiellement au moins 1 GW de solaire par an, et de nombreuses installations hors réseau fleurissent.
  • Ghana : aucun réseau existant n’est réutilisable, ce qui implique un investissement total dans les nouvelles infrastructures.
  • Pays-Bas : le réseau est saturé par la forte pénétration des énergies renouvelables. La solution consiste à implanter les systèmes solaire-stockage au plus près de la demande pour minimiser les coûts de transport.

Des coûts actualisés nettement inférieurs

L’analyse du coût actualisé de l’énergie (LCOE) sur la période 2020-2060 montre une baisse spectaculaire pour les systèmes hybrides. En Ukraine, le LCOE d’une installation avec quatre heures de stockage passe de 62 $/MWh en 2020 à seulement 32 $/MWh en 2060. Dès aujourd’hui, les solutions hybrides (quatre ou douze heures de stockage) affichent un LCOE d’environ 50 $/MWh, contre près de 150 $/MWh pour le gaz ou le charbon. Ce différentiel se retrouve également au Ghana et aux Pays-Bas, et se creuse avec le temps. Selon l’IRENA, les coûts du solaire et du stockage continuent de baisser rapidement, renforçant cette tendance.

Investissements initiaux : un avantage variable

Si le LCOE est déjà compétitif, le coût d’investissement initial (upfront) dépend du contexte. Aux Pays-Bas, l’implantation proche de la demande permet de réduire les coûts de transport de 40 % par rapport aux centrales fossiles. En Ukraine, le solaire-stockage avec douze heures d’autonomie coûte 860 000 $/MW, soit moins que le charbon (960 000 $/MW) et légèrement plus que le gaz (720 000 $/MW). Mais comme le souligne Yana Hryshko, le gaz souffre de délais d’approvisionnement de trois à six ans pour les turbines, ce qui en fait une solution trop lente pour la transition énergétique.

Un déploiement rapide et résilient

La modularité et la rapidité de déploiement des micro-réseaux solaires-stockage sont des atouts majeurs, surtout dans des zones de conflit ou de forte instabilité. En Ukraine, des parcs industriels et des communautés résidentielles entières se sont déconnectés du réseau grâce à leurs propres installations solaires avec batteries. Cette approche décentralisée améliore la résilience face aux attaques sur les infrastructures centralisées.

Les micro-réseaux solaires avec stockage deviennent compétitifs pour l'électricité de base dans le monde

Les enseignements pour l’avenir

L’étude de Wood Mackenzie confirme que les systèmes solaires couplés à douze heures de stockage sont déjà compétitifs pour l’électricité de base dans les trois pays étudiés. Les barrières ne sont plus technologiques ou économiques, mais plutôt réglementaires et liées à la planification des réseaux. Les gouvernements et les investisseurs doivent accélérer le déploiement de ces solutions pour bénéficier d’une électricité propre, abordable et résiliente.

Pour approfondir, consultez l’article original de pv magazine et les analyses de Wood Mackenzie.

Conclusion

Les micro-réseaux solaires couplés au stockage représentent une solution mature et compétitive pour remplacer les centrales à combustibles fossiles, même pour les besoins d’électricité de base. Leur déploiement à grande échelle est désormais une question de volonté politique et d’adaptation des cadres réglementaires.

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