Une enquête approfondie menée sur plus de 800 installations photovoltaïques commerciales et industrielles en Espagne, mises en service entre 2019 et 2022, révèle des lacunes préoccupantes. Cette période de boom de l’autoconsommation a laissé dans son sillage un nombre significatif de systèmes présentant des insuffisances administratives, techniques et de suivi, compromettant leur performance et leur sécurité à long terme.

Un boom qui a révélé les limites du marché

L’explosion de la demande en autoconsommation photovoltaïque en Espagne, stimulée par des cadres réglementaires favorables et la hausse des prix de l’énergie, a attiré une multitude de nouveaux acteurs. Beaucoup d’entre eux, dépourvus de l’expertise technique nécessaire et de structures opérationnelles robustes, ont réalisé des installations défaillantes. Une entreprise spécialisée dans l’audit et la rénovation d’installations, Y Tú, a contacté plus de 10 000 entreprises après avoir détecté des problèmes sur leurs systèmes. Les données préliminaires indiquent que 13,2 % des propriétaires reconnaissent que leurs installations sont loin d’atteindre les économies d’énergie promises initialement.

Les trois catégories majeures de défaillances identifiées

L’analyse technique de plus de 800 installations a mis en lumière des problèmes systématiques, classés en trois grandes catégories.

Lacunes administratives et procédurales

De nombreuses installations souffrent d’autorisations incomplètes ou de démarches administratives mal exécutées. Cette situation place les systèmes dans une zone grise juridique, pouvant entraîner des difficultés pour leur raccordement, leur exploitation légale ou la perception d’aides. Pour comprendre le cadre réglementaire, il est utile de consulter les informations fournies par des organismes comme l’Institut pour la Diversification et l’Économie d’Énergie (IDAE).

Défauts techniques en courant continu et alternatif

Sur la partie courant continu (DC), des anomalies sont fréquentes sur les modules photovoltaïques, les chaînes de connexion, les connecteurs, les structures de montage et le câblage. Côté courant alternatif (AC), les problèmes concernent souvent les onduleurs, les tableaux électriques, les dispositifs de protection et les systèmes de mise à la terre. Ces défauts ne se limitent pas à une perte de performance ; ils génèrent des risques électriques, peuvent invalider les garanties des équipements et conduire à une non-conformité avec le Règlement Électrotechnique pour Basse Tension (REBT) espagnol.

Problèmes de paramétrage et de supervision

Une supervision inadéquate ou un mauvais paramétrage des systèmes prive les propriétaires de visibilité sur la performance réelle de leur installation. Sans outils de monitoring efficaces, il est impossible de détecter précocement les baisses de production ou les dysfonctionnements, empêchant toute intervention corrective rapide.

Les causes profondes et les risques à long terme

Ignacio Ley Camarillo, directeur des opérations de Y Tú, identifie deux causes principales : une méconnaissance ou une mauvaise application des réglementations, et une pression pour réduire les coûts et les délais dans un contexte de forte demande. Cette course au prix le plus bas se traduit par des choix techniques dangereux : câblages défectueux, systèmes de protection inadaptés, conducteurs sous-dimensionnés.

Si ces installations peuvent fonctionner au démarrage, les défauts provoquent une dégradation accélérée, des surchauffes et des pannes progressives. Sans une maintenance préventive régulière, ces problèmes passeront inaperçus jusqu’à ce qu’ils causent des arrêts d’exploitation partiels ou totaux, voire endommagent l’infrastructure électrique du bâtiment.

Études de cas : des exemples concrets de remise à niveau

Les interventions de Y Tú illustrent la nature des corrections nécessaires. Pour un client industriel possédant trois centrales, les audits ont révélé des situations critiques :

  • Site 1 : Non-conformité au REBT nécessitant la reconfiguration des tableaux électriques AC et l’ajout de protections. La partie DC a dû être entièrement revue à cause de câbles sans protection UV, dont l’isolation s’était dégradée en moins de trois ans.
  • Site 2 : Les onduleurs, installés sans respecter les distances de sécurité du fabricant (annulant la garantie), ont dû être déplacés. La section des câbles AC était sous-dimensionnée et environ la moitié des modules étaient de type B, sans marquage CE officiel ni certification qualité documentée.

Conclusion : la nécessité d’un recentrage sur la qualité

L’essor de l’autoconsommation en Espagne a montré que la rapidité de déploiement ne doit pas se faire au détriment de la qualité et de la sécurité. Pour les propriétaires d’installations, un audit technique indépendant et une maintenance préventive sont essentiels pour protéger leur investissement et garantir une production optimale. Pour l’industrie, cet épisode souligne l’importance de la professionnalisation et du respect des normes, comme celles promues par l’Union Espagnole du Photovoltaïque (UNEF), pour assurer la durabilité et la crédibilité de la transition énergétique.

Abonnez-vous maintenant à la Newsletter.
Inscription gratuite !

Commentaires

  • Il n'y a pas encore de commentaires.
Ajouter un commentaire