L’appel de Montpellier pour une stratégie nationale claire des énergies renouvelables : un cri d’alarme du secteur

Le contexte : une filière EnR en souffrance face aux atermoiements gouvernementaux

Le 6 juillet dernier, à l’occasion d’un colloque réunissant les acteurs des énergies renouvelables (EnR) à Montpellier, un appel retentissant a été lancé. Christian Assaf, vice-président de Montpellier Méditerranée Métropole, a proposé d’initier « l’appel de Montpellier » pour exiger une stratégie nationale claire en faveur du développement des EnR. Cette initiative intervient dans un climat économique tendu pour les professionnels du secteur, marqué par les atermoiements du gouvernement et le retard dans la publication de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE).

La métropole héraultaise, souvent pionnière dans les avancées sociétales et technologiques, entend désormais montrer la voie dans le domaine des énergies propres. Montpellier, surnommée « la solaire », veut contrer ce qu’elle perçoit comme un manque d’ambition du pouvoir central, trop favorable au nucléaire au détriment des renouvelables. Alors que la France mise sur les réacteurs EPR, les collectivités locales estiment que la transition énergétique ne pourra se faire sans un véritable coup de pouce aux EnR.

Les élus locaux en première ligne : le plaidoyer de Michaël Delafosse

En ouverture du colloque, Michaël Delafosse, président de Montpellier Méditerranée Métropole et maire de Montpellier, n’a pas mâché ses mots. « Je vais tenir des propos durs, je suis d’humeur bougonne. Les collectivités locales avancent au sein d’une complexité nationale préoccupante. Le gouvernement ne prend pas la mesure des enjeux », a-t-il déclaré. Il a rappelé son soutien aux acteurs EnR lors de la crise ukrainienne, puis le retour des incertitudes avec la guerre au détroit d’Ormuz. « Vous rendez-vous compte que lorsque le Premier ministre lance son plan d’électrification, il n’y avait pas un seul élu local à la réunion ? » s’est-il insurgé.

Pour Delafosse, les défis de la transition énergétique ne peuvent être relevés qu’avec la mobilisation des élus locaux, qui organisent les transports, répondent aux usages et alimentent la commande publique. Il a promis de continuer à accompagner les professionnels face aux services de l’État et aux freins réglementaires.

Christian Assaf et l’idée de l’appel de Montpellier

Christian Assaf, vice-président délégué à l’énergie, a précisé sa vision : « Il est temps de bousculer les choses, de rédiger avec le SER et d’autres un plaidoyer pour plus d’EnR dans le mix énergétique. C’est ce que l’on attend d’un État stratège. À nous de bouger et de peser dans le débat, avec Montpellier en fer de lance. » Cet appel vise à fédérer les collectivités et les professionnels pour obtenir une politique nationale lisible et stable.

Jules Nyssen du SER : alerte sur les plans sociaux et le manque de visibilité

Jules Nyssen, président du Syndicat des Énergies Renouvelables (SER), était le grand témoin de cette matinée. Il a appuyé l’idée d’une décentralisation énergétique : « En matière de politique de l’énergie, il faut redonner des espaces aux élus locaux. Il y a encore beaucoup de méfiance au sein des ministères. Les élus doivent aussi faire face aux forces populistes opposées aux renouvelables. »

Nyssen a dressé un tableau alarmant de la filière : « Les temps sont durs. Nous dénombrons un plan social par semaine dans ce secteur d’avenir. Le risque est de nous retrouver avec une filière à reconstruire quand le secteur repartira. » Il a pointé du doigt l’incohérence du gouvernement qui a incité les entreprises à recruter avant de ralentir les projets. « Avec sa PPE, la France manque de visibilité et d’ambition. Des députés RN ont fait voter un moratoire sur le solaire en l’absence des députés de la majorité. Pour les investisseurs, la France marche sur la tête. »

Le risque de démantèlement de la filière

Selon le SER, la France doit impérativement donner des signaux clairs pour éviter la perte de compétences et d’emplois. Les objectifs de la PPE actuelle (40 GW de solaire en 2030) sont jugés insuffisants au regard du potentiel et des besoins. À titre de comparaison, l’Allemagne vise 215 GW de solaire en 2030.

La décentralisation nécessaire

Nyssen a appelé à une véritable régionalisation de la politique énergétique, permettant aux territoires de piloter leurs projets. Il a salué l’initiative montpelliéraine : « Ici, le soleil s’est levé, le vent a commencé à souffler pour atténuer le réchauffement climatique. Il existe une base forte, des acteurs reconnus, un écosystème performant. »

L'appel de Montpellier pour une stratégie nationale claire des énergies renouvelables : un cri d'alarme du secteur

Le problème du stockage et des PPA : François Daumard (Valeco) tire la sonnette d’alarme

François Daumard, PDG du développeur Valeco, a exposé les difficultés concrètes du marché. Bien que son entreprise dispose d’un portefeuille de projets pour cinq ans, la conjoncture est complexe. « Les prochains appels d’offres solaires verront 1 GW alloué pour 4 GW de projets présentés. Que vont devenir les 3 GW sans tarif ? On nous dit d’aller chercher des PPA. L’an dernier on en a signé plusieurs dizaines, en 2026 aucun. Les PPA se sont effondrés, cela se joue sous 25 euros le MWh. »

L’effondrement des PPA et les heures négatives

Daumard a expliqué que le nombre d’heures négatives (périodes où le prix de l’électricité devient négatif) augmente chaque année, atteignant plus de 600 heures prévues en 2030. « Les seules issues pour sauver le solaire sont le stockage et une électrification intense via la mobilité électrique, les pompes à chaleur et les data centers. »

Le retard français sur le stockage comparé à l’Allemagne

Le dirigeant a dénoncé l’absence du stockage dans la PPE. « La liste d’attente chez RTE pour le stockage s’élève à 16,5 GWh avec seulement 1,5 GWh construits et 6 GWh attendus en 2030. L’Allemagne en est déjà à 200 GWh de stockage installé. C’est simple : si l’on ne développe pas le stockage en France, l’énergie solaire est morte. »

Les opportunités : électrification et mobilisation locale

Malgré ce tableau sombre, Virginie Monnier-Mangue, directrice générale déléguée d’Enedis Occitanie, a apporté une note d’optimisme. Elle a observé un sursaut de la demande d’électricité en Languedoc-Roussillon, notamment pour les pompes à chaleur dans les cliniques et hôpitaux, avec un retour sur investissement de deux ans. « L’autre point est l’électrification de la mobilité via les bornes IRVE. Le grand chantier de l’électrification de l’A9 est en cours pour les poids lourds et les véhicules légers. Le marché commence son retournement. »

Sylvain Panas (TotalEnergies) : besoin massif de renouvelables

Sylvain Panas, directeur régional Occitanie de TotalEnergies, a renchéri : « Il nous faut du renouvelable massivement pour les années à venir. N’oublions pas que la consommation d’énergie en France, c’est encore 60 % de fossile. La PPE a été un acte politique et pas du tout stratégique. » Jules Nyssen a ajouté : « Les importations de fossile coûtent 60 milliards d’euros par an. En 2026, avec la crise du détroit d’Ormuz, ce sera pire. Il s’agit d’une redoutable arme économique contre ceux qui ne possèdent pas de fossile. »

Conclusion : l’urgence d’une stratégie nationale claire

L’appel de Montpellier trouve un écho dans tout le secteur des énergies renouvelables. Alors que la France accuse un retard notable sur ses voisins européens, notamment en matière de stockage et de déploiement solaire, les acteurs locaux plaident pour une vision cohérente à long terme. Le gouvernement doit cesser les atermoiements et donner aux collectivités et aux entreprises les moyens d’agir. Sans une stratégie nationale claire, la filière risque de s’effondrer, compromettant la transition énergétique et la souveraineté du pays.

Pour en savoir plus sur les propositions du SER, consultez leur site officiel : Syndicat des Énergies Renouvelables. Les données sur le stockage sont issues de Réseau de Transport d’Électricité. Retrouvez également les initiatives de Montpellier Métropole sur montpellier3m.fr.

Les professionnels du solaire et de l’éolien attendent désormais des actes concrets. L’appel de Montpellier pourrait bien être le point de départ d’un sursaut national.

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