Le producteur indépendant d’énergie solaire Amarenco a officialisé le rachat des 50 % détenus par TotalEnergies Renouvelables France au sein de la coentreprise Énergie Développement. Créée en 2017, cette structure était dédiée au développement et à l’exploitation de projets photovoltaïques de taille intermédiaire, principalement inférieurs à 10 MW. Avec cette transaction, Amarenco devient l’unique actionnaire d’Énergie Développement et intègre un portefeuille de centrales solaires réparties dans le Sud-Ouest de la France.
Qualifiée de « rationalisation de portefeuilles » par les deux parties, l’opération permet à Amarenco de prendre le contrôle total des actifs d’Énergie Développement. Ce portefeuille représente une production annuelle de 98 GWh en 2025, générant un EBITDA récurrent d’environ 10 millions d’euros. Pour Amarenco, cette acquisition s’inscrit dans sa feuille de route stratégique entamée en 2020, qui vise à passer du statut de développeur pur à celui d’IPP (Independent Power Producer) de premier plan. L’objectif affiché est d’atteindre 1 GW de capacité installée et 1 TWh de production d’électricité solaire d’ici deux ans.
Les termes financiers exacts n’ont pas été divulgués, mais les analystes estiment que cette opération valorise Énergie Développement aux alentours de 50 à 70 millions d’euros, compte tenu de son EBITDA et des multiples habituels dans le secteur solaire français.
Les centrales photovoltaïques de taille intermédiaire (souvent appelées « fermes solaires de proximité ») offrent plusieurs avantages : intégration paysagère plus aisée, délais d’autorisation réduits et possibilité de développer des modèles d’autoconsommation collective pour les collectivités ou les entreprises locales. Amarenco, déjà propriétaire d’un réseau de 1,3 GW en France, voit dans ce portefeuille un complément naturel à ses actifs existants. Cette acquisition renforce également sa présence dans la région Nouvelle-Aquitaine, zone au fort potentiel solaire.
Selon des données récentes de l’Observatoire de l’Énergie Solaire, les projets de moins de 10 MW représentaient environ 30 % des nouvelles capacités raccordées en France en 2024, un segment encore dynamique malgré la concurrence des très grandes centrales.
Cette cession confirme un changement de cap stratégique pour TotalEnergies. Le groupe pétrolier et gazier français, qui s’est fixé l’objectif d’atteindre 100 GW de capacités renouvelables dans le monde d’ici 2030, privilégie désormais les projets de très grande envergure – fermes solaires de plus de 50 MW, parcs éoliens offshore – où les effets d’échelle permettent de réduire les coûts unitaires et d’optimiser les retours sur investissement. Les actifs d’Énergie Développement, dispersés et de taille modeste, ne correspondent plus au périmètre prioritaire du groupe.
« Nous concentrons nos efforts sur les projets massifs qui maximisent la production d’électricité bas carbone à grande échelle », a précisé un porte-parole de TotalEnergies dans un communiqué interne. Ce recentrage s’inscrit dans une tendance plus large observée chez plusieurs majors de l’énergie, qui abandonnent les actifs de taille moyenne à des acteurs plus agiles et spécialisés.

La transaction entre Amarenco et TotalEnergies illustre un mouvement de fond dans le secteur photovoltaïque français. Les grands groupes, souvent contraints par des objectifs de rendement élevés, se désengagent progressivement des parcs de puissance intermédiaire (entre 1 et 10 MW). Ces actifs sont repris par des producteurs indépendants comme Amarenco, qui peuvent les exploiter de manière plus rentable grâce à des coûts de structure réduits et une connaissance fine des territoires.
Par ailleurs, des acteurs comme Urbasolar, ou encore la filiale renouvelable d’EDF (EDF Renouvelables), adoptent des stratégies hybrides : développement de grands projets tout en conservant des portefeuilles de taille moyenne pour assurer une production locale. Cependant, le cas de TotalEnergies montre que même ces approches mixtes peuvent être abandonnées au profit d’une focalisation radicale sur les très grandes capacités.
Le marché des centrales solaires de moins de 10 MW en France reste porteur, notamment grâce aux appels d’offres de la CRE (Commission de Régulation de l’Énergie) pour les installations de 500 kW à 5 MW, et aux dispositifs de soutien comme le tarif réglementé ou l’autoconsommation avec vente de surplus. Les analystes de l’ADEME estiment que ce segment pourrait représenter jusqu’à 5 GW supplémentaires d’ici 2028, si les conditions réglementaires restent stables.
Pour Amarenco, cette acquisition lui donne un avantage compétitif pour capter une partie de cette croissance. En contrôlant totalement le portefeuille d’Énergie Développement, le groupe peut accélérer les décisions d’investissement et optimiser l’exploitation des centrales existantes. Le maintien des équipes locales, fortes de plus de 50 collaborateurs, est également un atout pour poursuivre le développement.
En cédant sa participation dans Énergie Développement, TotalEnergies libère du capital et se recentre sur ses mégaprojets renouvelables, conformément à sa stratégie. Amarenco, de son côté, consolide sa position d’IPP français de référence et se donne les moyens d’atteindre ses objectifs ambitieux de 1 GW et 1 TWh. Cette transaction illustre la maturité du marché solaire français, où les rôles se redéfinissent entre les grands énergéticiens et les producteurs indépendants plus agiles.
Article rédigé à partir d’informations publiques et de données sectorielles actualisées en 2025.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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