Canicule et prix de l’électricité : pourquoi la France et l’Espagne dépassent les 100 euros/MWh

La vague de chaleur qui frappe l’Europe en ce début d’été entraîne une flambée des prix de l’électricité sur les marchés de gros. En France et en Espagne, les prix spot dépassent régulièrement les 100 euros par mégawattheure (MWh), une situation inédite depuis plusieurs mois. Ce phénomène résulte de la conjonction entre une demande accrue due à la climatisation et des contraintes de production, notamment nucléaire. Analysons en détail les mécanismes à l’œuvre et les perspectives pour les prochains jours.

L’impact de la canicule sur la demande et la production électrique

Les températures élevées augmentent mécaniquement la consommation d’électricité, principalement via l’usage massif des climatiseurs. Selon des analystes interrogés par l’agence Montel News, la demande supplémentaire pourrait atteindre jusqu’à 2 GW sur plusieurs marchés européens par rapport au début de la semaine. Parallèlement, la production d’électricité subit des contraintes : les centrales nucléaires voient leur refroidissement limité par la température des cours d’eau, tandis que l’éolien peut être faible pendant les périodes de chaleur anticyclonique. Le photovoltaïque, en revanche, bénéficie d’un ensoleillement maximal, mais sa production est intermittente et ne couvre pas les pointes du soir.

Les contraintes du nucléaire français sur le Rhône

En France, le parc nucléaire d’EDF est particulièrement exposé. Les réacteurs situés le long du Rhône utilisent l’eau du fleuve pour leur refroidissement. Or, avec la canicule, la température de l’eau approche les 26 °C, seuil réglementaire au-delà duquel des limitations de puissance sont imposées pour protéger l’environnement. Eylert Ellefsen, analyste senior chez Montel, confie que « des signaux d’alerte sont déjà visibles ». Les niveaux d’eau, qualifiés de modérés, augmentent également le risque de réductions de production. Ces limitations pourraient atteindre 3 à 4 GW en France, ce qui représente une capacité équivalente à plusieurs réacteurs.

Le rôle clé du solaire et de l’éolien dans l’équilibre du réseau

Malgré ces tensions, la production d’énergies renouvelables joue un rôle amortisseur. En France, une production solaire et éolienne robuste est attendue, ce qui limite les contraintes sur le nucléaire selon Aymeric de Vigan, directeur du cabinet 42 Advisors. En Allemagne, la situation est plus contrastée : la production éolienne devrait rester inférieure de 6,1 GW à la normale, à seulement 6,6 GW en moyenne, tandis que le solaire pourrait atteindre 20 GW, soit 1,2 GW au-dessus de la normale. Ce déséquilibre provoque une volatilité importante, avec des prix négatifs en milieu de journée suivis de pics élevés en soirée.

Prévisions de prix en France, Allemagne, Espagne et au Royaume-Uni

Les marchés de l’électricité anticipent des prix élevés pour la semaine à venir. Chaque pays présente des spécificités liées à son mix énergétique et à l’intensité de la canicule.

France : jusqu’à 120 euros/MWh en day-ahead

Selon Aymeric de Vigan, le prix day-ahead (livraison le lendemain) pourrait atteindre 120 euros/MWh en France la semaine prochaine. Les données de RTE (Réseau de transport d’électricité) montrent que la demande pourrait culminer à 53,6 GW lundi et mardi. Le contrat français « front-week » s’échangeait autour de 106 euros/MWh sur l’EEX (European Energy Exchange), contre une moyenne de 90,89 euros/MWh depuis le début de la semaine. Si ce niveau se confirme, il s’agirait de la moyenne hebdomadaire au comptant la plus élevée depuis fin janvier.

Allemagne : volatilité extrême et pics à 148 euros/MWh

En Allemagne, les prix sont également sous tension. Le contrat front-week progressait à 123,50 euros/MWh, contre une moyenne hebdomadaire de 111,22 euros/MWh. Les tensions sont particulièrement fortes en début de semaine, avec le contrat pour lundi atteignant près de 148 euros/MWh. En raison du faible ensoleillement en soirée, le créneau de 20h45 à 21h00 CET a même atteint 544,75 euros/MWh. Un gestionnaire de portefeuille allemand souligne que l’abondance de solaire en milieu de journée fait temporairement chuter les prix, parfois en territoire négatif, avant un fort rebond nocturne lorsque les centrales thermiques doivent redémarrer.

La chaleur fait grimper les prix de l’électricité en France et en Espagne, à plus de 100 euros/MWh

Espagne : demande record et recours accru au gaz

L’Espagne subit sa première grande vague de chaleur de l’été, avec des températures pouvant atteindre localement 42 °C. La demande liée à la climatisation devrait dépasser les niveaux saisonniers de 6 GW, avec des pointes quotidiennes comprises entre 37 et 38 GW. Cela pousse les prix spot au-dessus de 100 euros/MWh. Le contrat espagnol « front-week » progressait à 103,70 euros/MWh, contre une moyenne de 93,40 euros/MWh depuis le début de la semaine. Le recours aux centrales à gaz, plus coûteuses, s’intensifie pour répondre à la pointe.

Royaume-Uni : des répercussions indirectes malgré une relative accalmie

Au Royaume-Uni, la vague de chaleur ne constitue pas encore une menace directe pour le système électrique, selon Latif Faiyaz, directeur du trading chez Northern Gas and Power. Cependant, les tensions observées en France pourraient avoir des répercussions de l’autre côté de la Manche via les interconnexions. Le contrat britannique « baseload » reculait légèrement à environ 118 euros/MWh, contre une moyenne hebdomadaire d’environ 122 euros/MWh.

Conséquences pour le marché photovoltaïque et les consommateurs

Pour les producteurs d’électricité solaire, cette période de forte volatilité est à double tranchant. D’un côté, la production photovoltaïque est à son maximum en milieu de journée, ce qui peut faire baisser les prix spot et réduire les revenus des installations solaires. De l’autre côté, les pics de prix en soirée (entre 20h et 21h) offrent des opportunités de vente à des tarifs très élevés, surtout pour les systèmes équipés de batteries de stockage qui permettent de décaler la vente. Les consommateurs, quant à eux, sont exposés à des factures plus élevées s’ils sont sur des contrats indexés sur le marché de gros. Pour les ménages équipés de panneaux solaires en autoconsommation, la canicule est bénéfique : ils produisent davantage et réduisent leur dépendance au réseau.

Perspectives et recommandations

Les prévisions météorologiques indiquent que la canicule devrait persister au moins une semaine supplémentaire. Les prix de l’électricité pourraient donc rester élevés, voire augmenter encore si de nouvelles contraintes nucléaires apparaissent. Pour le secteur photovoltaïque, c’est une période clé pour démontrer sa capacité à soulager le réseau pendant les vagues de chaleur. Les décideurs politiques sont invités à accélérer le déploiement du stockage stationnaire pour lisser la production solaire et réduire la volatilité. En attendant, les consommateurs peuvent surveiller leur consommation de climatisation et envisager des contrats d’électricité à prix fixe pour se prémunir des fluctuations.

En conclusion, la hausse des prix de l’électricité au-delà de 100 euros/MWh en France et en Espagne illustre la vulnérabilité des systèmes électriques face aux extrêmes climatiques. Le nucléaire, l’éolien et le solaire jouent tous un rôle, mais leur complémentarité reste imparfaite sans solutions de flexibilité comme le stockage ou l’effacement. Les prochains jours seront décisifs pour observer l’évolution des marchés et les ajustements des producteurs.

Sources : Montel News, RTE, EEX, 42 Advisors, Northern Gas and Power.

Inscrivez-vous en avant-première pour ne rien manquer de nos prochaines actualités.

Espace d'échanges et avis

  • Soyez le premier à partager votre expérience ou à poser une question.
La parole est à vous !

Vérification SMS

Saisissez le code reçu par SMS :

Vérification SMS

Entrez le code de validation envoyé sur votre mobile pour finaliser votre demande.