Alors que le paysage industriel européen du photovoltaïque traverse une période de turbulences, marquée notamment par l’abandon du projet Carbon à Fos-sur-Mer, un acteur français trace sa route avec une ambition décuplée : Holosolis. Porté par Vincent Delporte, directeur des affaires publiques, ce projet d’usine de cellules et modules photovoltaïques à Sarreguemines-Hambach (Moselle) se veut le plus high-tech d’Europe, avec une capacité de 5 GW et une production annuelle de 10 millions de panneaux. Dans un contexte de dépendance quasi-totale aux importations chinoises, Holosolis incarne un espoir de souveraineté énergétique, tout en assumant une collaboration pragmatique avec les leaders asiatiques. Décryptage d’un pari industriel hors norme.
L’annonce de l’abandon du projet Carbon, qui visait une usine intégrée verticalement de 5 GW (du lingot de silicium au module fini), a secoué la filière. Vincent Delporte ne cache pas sa déception : « Ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’industrie photovoltaïque européenne. Carbon a justifié cet abandon par des divergences persistantes entre États membres sur la création d’un marché strictement européen. Le manque de visibilité sur le calendrier, le périmètre et les règles a eu raison de leur projet. » Pourtant, Holosolis tire des enseignements de cet échec. Selon Delporte, l’Europe a amorcé un virage en faveur de son industrie, mais les décisions politiques tardent à se concrétiser. L’Industrial Accelerator Act (IAA) présenté en mars 2025 par la Commission européenne, bien qu’ambitieux, reste flou sur la notion de « préférence européenne ». « L’idée initiale est vidée de son sens en incluant tous les pays ayant un accord de libre-échange avec l’Europe », déplore Delporte. Un débat idéologique qui freine les investissements massifs nécessaires.
La différence fondamentale réside dans le modèle d’affaires. Carbon visait une intégration verticale complète, un investissement de 1,5 milliard d’euros. Holosolis, plus modeste, concentre ses efforts sur la fabrication de cellules et de modules, en sous-traitant la partie lingots et wafers à des spécialistes de la métallurgie. « Nous avons choisi de nous focaliser sur notre cœur de métier », explique Vincent Delporte. Le budget d’Holosolis s’élève à 950 millions d’euros, un montant jugé plus réaliste pour une usine « à taille chinoise ». Le terrain de 50 hectares est déjà acquis, les permis (PC et autorisation d’exploiter) obtenus, et un contrat de raccordement signé avec RTE. La construction devrait débuter en 2028, avec une montée en puissance progressive jusqu’à la pleine capacité en 2031.
Le projet Holosolis bénéficie d’un soutien financier conséquent : 210 millions d’euros d’argent public (190 millions via le Crédit d’Impôt Industrie Verte, 10 millions de l’Ademe, 10 millions de Bpifrance). À cela s’ajoutent des levées de fonds privées : 6 millions en 2023, puis 15 millions à l’été 2025 pour financer l’avant-projet détaillé. Des acteurs français majeurs du solaire comme Tenergie, Photosol, Technique Solaire, Wewise et CVE ont déjà investi via des obligations convertibles ou du private equity. Au total, 30 GW de lettres d’intention ont été signés, soit six ans de production. En octobre 2024, le groupe américain Ecolab, spécialiste du traitement des eaux, a rejoint Holosolis comme investisseur. « Ce partenariat est crucial pour la gestion de l’eau de la Sarre, un enjeu environnemental et d’acceptabilité locale », souligne Delporte. L’objectif est de réduire de 40 % la consommation d’eau dans le process industriel et de rejeter une eau ultra pure.
L’usine doit générer 2 000 emplois directs et 6 000 emplois indirects. La Région Grand Est a déjà versé une subvention de 4 millions d’euros et la préfecture soutient activement le projet. Des groupes de travail locaux planchent sur le recrutement, la formation (500 personnes par an), le logement, la mobilité douce et les infrastructures pour la petite enfance. « Il existe une forte attente locale », confirme Delporte. Une dynamique qui contraste avec les difficultés rencontrées par d’autres projets en Europe.

Holosolis a choisi la technologie TOPCon (Tunnel Oxide Passivated Contact), qui représente 80 % du marché mondial des cellules solaires. Pour accélérer son développement, l’entreprise a signé un accord de licence avec le géant chinois Trinasolar. « Les Chinois sont ultra compétents dans le solaire. Il faudrait être naïf pour croire que l’on pourrait monter une usine à grande échelle sans travailler avec eux », assume Vincent Delporte. Des consultants chinois formeront les équipes au démarrage, et une entrée minoritaire au capital n’est pas exclue. Cette approche pragmatique permet à Holosolis de bénéficier de l’expertise la plus avancée tout en conservant le contrôle. Le directeur technique, Oliver Schultz-Witmann, est un spécialiste reconnu de la technologie TOPCon, garant de la qualité européenne.
Delporte pointe le financement comme facteur clé : « Les industriels chinois disposent de terrains gratuits, d’usines et de lignes de production construites via des financements locaux avec des remboursements sur cinq ans. En Europe, nous devons lever des fonds, verser des dividendes et gérer la dette. Cela représente un surcoût considérable. » Face à cette asymétrie, Holosolis mise sur un « Made in Europe » clairement identifiable, avec un bilan carbone réduit et des normes environnementales strictes. Mais pour que ce label ait un sens, Delporte réclame une volonté politique forte, au-delà des débats idéologiques actuels.
Malgré les obstacles, Holosolis avance. L’usine de Sarreguemines-Hambach pourrait devenir un modèle pour relocaliser une production stratégique. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la capacité solaire mondiale doit quintupler d’ici 2030 pour atteindre les objectifs climatiques. L’Europe, qui importe aujourd’hui plus de 90 % de ses panneaux, a tout intérêt à soutenir des projets comme Holosolis. Vincent Delporte conclut : « L’Europe a pris un virage, mais il faut transformer l’essai. Nous sommes dans les starting-blocks, prêts à prouver qu’une industrie photovoltaïque compétitive et durable est possible sur notre continent. »
Pour en savoir plus sur les enjeux du photovoltaïque en France, consultez le site de l’Ademe ou le rapport de France Renouvelables.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
Inscrivez-vous en avant-première pour ne rien manquer de nos prochaines actualités.
Saisissez le code reçu par SMS :
Entrez le code de validation envoyé sur votre mobile pour finaliser votre demande.