Selon des sources concordantes rapportées par Les Échos et reprises par Bloomberg, le groupe français EDF serait en négociations avancées avec le fonds américain LS Power pour lui vendre l’intégralité de ses activités d’énergies renouvelables en Amérique du Nord. Cette opération, dont la valorisation est estimée à plus de 4 milliards d’euros, marquerait un tournant stratégique majeur pour l’électricien français, contraint de rationaliser son portefeuille pour financer ses priorités industrielles.
Les actifs concernés par cette cession – baptisée en interne projet « Lafayette » – représentent une capacité installée et opérationnelle de 6,1 GW en éolien terrestre et solaire photovoltaïque. Ces installations sont réparties entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. À cela s’ajoutent 19,2 GW de projets en développement, à différents stades d’avancement. À fin 2024, l’Amérique du Nord comptait pour environ 35 % de l’ensemble des capacités renouvelables (en exploitation et en développement) du groupe EDF dans le monde.
Cette part stratégique reflète les investissements massifs réalisés par EDF Renouvelables outre-Atlantique depuis une dizaine d’années, avec des parcs emblématiques comme ceux du Texas, de l’Oklahoma ou du Québec. Le portefeuille intègre également des contrats de vente d’électricité (PPA) à long terme avec des entreprises technologiques et des utilities locales.
Ce projet s’inscrit dans la revue complète du portefeuille d’actifs engagée par le directeur général d’EDF, Bernard Fontana, depuis son arrivée. L’objectif affiché est double : réduire la dette du groupe (qui dépasse les 60 milliards d’euros) et dégager des ressources pour financer les investissements colossaux prévus dans le nucléaire (programme EPR2, SMR, prolongation des centrales existantes) et dans les infrastructures de réseaux.
L’accord avec LS Power, s’il se concrétise, permettrait d’injecter une liquidité immédiate importante tout en simplifiant l’exposition géographique d’EDF. Le groupe entend désormais se concentrer sur ses marchés européens et sur le développement du nucléaire, considéré comme le pilier de sa stratégie bas-carbone.
Pour LS Power, cette acquisition représenterait une opportunité unique de devenir l’un des leaders indépendants des renouvelables en Amérique du Nord. Le fonds new-yorkais, déjà actif dans la production d’électricité (gaz, hydroélectricité, batteries), cherche à accélérer sa transition vers les énergies vertes. En rachetant le portefeuille d’EDF, il doublerait quasi instantanément sa capacité renouvelable exploitée.
Le marché nord-américain est particulièrement porteur, tiré par la hausse prévisible de la demande électrique. Celle-ci est alimentée par le déploiement massif des data centers, l’essor de l’intelligence artificielle et la relocalisation industrielle soutenue par l’Inflation Reduction Act (IRA). Les analystes estiment que la demande d’électricité aux États-Unis pourrait croître de 15 à 20 % d’ici 2030, créant un besoin urgent de nouvelles capacités solaires et éoliennes.
Cette transaction, si elle aboutit, devra recevoir l’aval des autorités de concurrence américaines et éventuellement canadiennes. Le Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI) français pourrait également être consulté, même si l’opération ne concerne pas directement le territoire national. EDF reste détenue à 100 % par l’État français, ce qui donne à ce projet une dimension politique non négligeable.
D’un point de vue financier, la valorisation de plus de 4 milliards d’euros représenterait un multiple intéressant par rapport aux actifs net comptables, même si des ajustements seront nécessaires pour tenir compte des dettes associées. Plusieurs fonds d’infrastructure avaient également manifesté leur intérêt, mais LS Power serait en position de force grâce à sa connaissance du marché et à sa solidité financière.
Cette cession ne remet pas en cause l’engagement d’EDF dans les renouvelables en Europe. Le groupe conserve en France, en Italie, en Espagne et en Belgique un portefeuille de près de 15 GW, avec des objectifs ambitieux pour 2030. Toutefois, le recentrage nord-américain soulève des interrogations sur la capacité d’EDF à tenir ses objectifs mondiaux de croissance dans le solaire et l’éolien, alors que la concurrence est rude et que les coûts de financement augmentent.
À plus long terme, EDF pourrait être amené à se désengager d’autres zones non stratégiques (Amérique latine, Afrique) pour se concentrer sur le nucléaire et les réseaux. Le groupe a d’ailleurs déjà cédé ses activités éoliennes offshore au Royaume-Uni et une partie de ses actifs hydrauliques en Europe.
La possible cession des activités renouvelables nord-américaines d’EDF à LS Power illustre la nouvelle donne du secteur : les géants historiques de l’énergie rationalisent leurs actifs tandis que des fonds spécialisés et des utilities régionales accélèrent leur consolidation. Pour EDF, c’est l’opportunité de se recentrer sur son cœur de métier nucléaire, mais aussi de financer sa transition sans alourdir sa dette. Pour LS Power, c’est la chance de devenir un poids lourd des renouvelables aux États-Unis, prêt à répondre à la demande explosive d’électricité décarbonée.
Le dossier devrait être tranché dans les prochaines semaines. En attendant, le marché suit de près l’évolution de ces négociations qui pourraient donner le ton pour d’autres cessions d’actifs d’énergies propres en 2025.
Sources : Les Échos, Bloomberg, U.S. Department of Energy (données sur la demande électrique), Rapport annuel 2024 d’EDF.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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