David Gréau (Enerplan): Énergie solaire, les acteurs français et européens face aux Chinois - PV SOLAIRE ÉNERGIE

David Gréau (Enerplan): Énergie solaire, les acteurs français et européens face aux Chinois

Ce mardi 6 février, David Gréau, délégué général d’Enerplan, a évoqué la concurrence qui existe entre l’Europe et la Chine en matière de production d’énergie solaire dans l’émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier et Christophe Jakubyszyn. Good Morning Business est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.
Christophe Jakubyszyn :  ce n’est pas forcément la matinale des super bonnes nouvelles. Aujourd’hui il y a beaucoup de secteurs économiques qui souffrent, on parlait du textile, on va parler du photovoltaïque, des panneaux solaires. On fait tout pour que notre industrie se relance, l’objectif européen est ambitieux 40 % de panneaux photovoltaïques made in Europe dans quelques années on est avec David Gréau, le délégué général d’ENERPLAN, le syndicat des professionnels des énergies solaires. On est inquiet parce que depuis quelques mois les Chinois font effondrer le prix de leur panneaux, prix divisés par deux en un an. Est-ce que c’est du dumping selon vous ?
David Gréau : C’est ce que doit établir justement la Commission européenne. Il y a une enquête qui est demandée, il y a la sonnette d’alarme qui est tirée par les manufacturiers européens – cela ne vous a pas échappé, je crois que ça a été rappelé dans votre journal tout à l’heure – effectivement on a une question aujourd’hui à laquelle la Commission européenne doit répondre c’est « est-ce que le tarif auquel sont vendus aujourd’hui les panneaux importé en Europe est le bon » ou « est-ce qu’il bénéficie de subvention, d’ aide d’État, qui les amènerait à une forme de dumping », effectivement c’est toute la question que doit trancher la Commission européenne en menant cette enquête pour mettre une concurrence saine entre les Européens qui fabriquent des modules, avec aussi les projets d’avenir, parce que on est pas que dans le pessimisme, on a des projets d’avenir notamment en France sur de l’industrie solaire. Donc comment donne-t-on des règles du jeu claires et équitables pour ces industries-là.
Laure Closier : L’histoire que vous racontez de distorsion de concurrence avec la Chine c’est un peu, sur des sujets un peu différents mais c’est la même que celle que raconte l’agriculture, on vient de parler du textile à 7h20 avec nos invités, c’est la même chose. C’est de savoir à quel moment on peut être compétitif en Europe est-ce que c’est vraiment possible. Là on s’est lancé un objectif européen de 40 % de panneaux solaires produit sur le territoire européen. Est-ce que franchement on va y arriver ? Est-ce que ça a même un sens d’avoir cet objectif ?
David Gréau : Oui ça a un sens dans la mesure où on a décidé en 2022 en Europe que c’était un secteur stratégique et donc comme pour d’autres on a besoin de relocaliser, on a besoin de résilience sur le territoire européen et de pouvoir au moins assurer une grande partie – et c’est l’objectif des 40 % que vous évoquiez tout à l’heure – de notre approvisionnement qui soit fait en Europe, qui soit fait en France notamment. On a deux projets importants en France « Carbon » à Fos-sur-Mer et « Holosolis » en Moselle, avec deux Gigafactory et je pense que c’est ce qu’on compris les Chinois il y a déjà 10 ans, c’est que le solaire c’est une affaire de grande échelle et on est resté en Europe sur des modèles de petite échelle. La Chine a investi beaucoup en 10 ans ils ont mis 50 milliards d’euros sur la table, aujourd’hui ils sont plutôt dans une phase de surproduction, ce qui amène aussi à ces bas prix. Il y a une concurrence entre ces entreprises qui se répercutent ici.
Christophe Jakubyszyn : Est-ce que vous avez l’impression que cette fois-ci on peut y arriver ? Parce qu’il y a 20 ans il y avait eu le même débat sur le les panneaux photovoltaïques, on avait finalement pris des décisions de barrière à l’entrée, avec des prix minimum mais qui sont arrivés trop tard, l’industrie s’était effondrée. Est-ce que cette fois-ci, quand on voit les chiffres sur le marché mondial de 510 GW installés en 2023 les Chinois en ont 217 ? Est-ce qu’on peut encore éviter le déferlement de panneaux photovoltaïque en Europe sur nos nouveaux projets ? Parce qu’on va installer du photovoltaïque en Europe…
David Gréau : c’est la première chose effectivement, on va installer du photovoltaïque en France, on va installer du photovoltaïque en Europe.  Donc on a besoin de garder cette dynamique parce qu’une industrie qui viendrait s’implanter aujourd’hui en Europe et qui aurait une dynamique, qui serait cassée entretemps par des effets de marché, par des effets de restriction de l’accès au marché, finalement ne trouverait pas son public derrière et ne trouverait pas son modèle économique. Donc on a besoin de poursuivre des importations, d’ailleurs c’est ce que dit la Commission européenne aujourd’hui, elle dit l’objectif c’est 40% de panneaux européen, ce n’est pas de l’autarcie…
Laure Closier : vous ne voulez pas faire comme les États-Unis ou l’Inde qui ont dit « nous on ferme le marché »
David Gréau : non ce n’est pas l’idée, ce n’est pas de dire on ferme le marché, l’idée c’est de dire on a besoin d’un minimum d’industrie qui a été fixé aujourd’hui à 40 %. Est-ce que c’est la bonne jauge, je ne sais pas, je pense qu’on peut aller au-delà, mais en tout cas on a besoin de trouver des incitants qui permettent aujourd’hui aux développeurs et aux installateurs français et européens de se dire on va mettre en œuvre des panneaux français, des panneaux européens. Il y a une demande, c’est un soutien, au sein d’Enerplan, un grand nombre de développeurs et d’installateurs qui qui sont adhérents, eux souhaitent aussi pouvoir installer des panneaux européens. La question aujourd’hui c’est « on n’est pas à l’échelle on a un peu moins de 1 GW qui est produit sur le territoire français aujourd’hui alors qu’on en installe 3 GW donc on voit que on a encore besoin d’importer et dès 2026 Carbon et Holosolis avec les autres Français qui sont déjà présents Voltec, Photowatt et d’autres devrait pouvoir amener massivement des panneaux français, des panneaux européens sur le marché.
Laure Closier : mais concrètement aujourd’hui les acteurs sont dans quelle situation ? Il y a des surstock qui ne s’écoulent pas et des boîtes qui sont au bord du dépôt de bilan ?
David Gréau : Il y a des surstocks qui ne s’écoulent pas chez les acteurs européens, il y a des surstocks qui ne s’écoulent pas chez les acteurs chinois et c’est la situation à laquelle on en est. C’est que finalement cette concurrence elle s’exerce effectivement avec les acteurs européens sur le sol européen, mais elle s’exerce aussi entre chinois. Vous avez rappelé le chiffre tout à l’heure le marché chinois c’est plus de 200 GW installé dans l’année quand en France on a fait 3,5 GW à peu près l’année passée.
Christophe Jakubyszyn : Et en Europe 56 GW
Laure Closier : problème de demande quand même
David Gréau : Ça veut dire que la demande est en croissance effectivement mais que la Chine est en surproduction aujourd’hui et du coup ces panneaux arrivent à prix cassés.
Christophe Jakubyszyn : Bon ce n’est pas la meilleure équation effectivement…
Laure Closier : Bon vous attendez donc la réponse de la Commission européenne, ça devait se faire hier, elle devait vous dire si oui ou non il faisait une enquête, là on attend…
David Gréau : on attend effectivement et on pense que comme sur d’autres secteurs notamment de l’énergie, les batteries ou autres, il y aura une enquête parce qu’il y a un besoin de clarifier les choses et d’avoir cette concurrence saine entre les acteurs.
Christophe Jakubyszyn : le problème c’est une question de timing avec l’Europe merci beaucoup David Gréau, délégué général d’Enerplan.

    

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