El niño et l’énergie solaire : une relation complexe

Le phénomène climatique El Niño, actuellement en phase de développement, s’annonce comme l’un des plus intenses de la décennie. Selon les données de l’API Solcast, spécialisée dans le suivi de l’irradiance solaire mondiale, cet épisode devrait remodeler profondément la répartition des ressources solaires à travers le globe jusqu’en 2026. Pour les professionnels du photovoltaïque, comprendre ces variations régionales devient crucial pour optimiser la production et la rentabilité des parcs solaires.

L’analyse historique des épisodes El Niño majeurs, survenus entre juillet et septembre, révèle des disparités d’irradiance pouvant atteindre 10 % entre les régions. Ces variations ne sont pas uniformes : certaines zones bénéficient d’un ensoleillement accru tandis que d’autres subissent des baisses notables. L’enjeu est de taille, car El Niño influence directement la couverture nuageuse, les précipitations et, par conséquent, le rendement des installations photovoltaïques.

Les régions gagnantes en irradiance solaire

L’inde, un eldorado solaire temporaire

L’Inde se distingue comme l’une des zones les plus avantagées lors des épisodes El Niño intenses. Les données historiques montrent une augmentation de l’irradiance pouvant atteindre +15 % dans le Rajasthan, région clé du développement solaire indien qui abrite certaines des plus grandes centrales photovoltaïques au monde. Cette hausse s’explique par une modification des régimes de mousson, avec une diminution de la couverture nuageuse sur le sous-continent indien.

Pour les opérateurs de parcs solaires en Inde, cette période pourrait représenter une opportunité de production record. Toutefois, il convient de noter que l’intensité des effets varie selon la force de l’épisode El Niño et l’interaction avec d’autres phénomènes comme l’oscillation australe (ENSO).

L’est de l’australie et l’afrique équatoriale

L’est de l’Australie bénéficie généralement de conditions plus favorables, avec une irradiance d’environ 5 % supérieure à la moyenne. Cette augmentation est cependant moins constante que pour l’Inde. À Toowoomba, certaines années El Niño affichent des valeurs nettement au-dessus des moyennes historiques, tandis que d’autres restent proches de la normale. Cette variabilité reflète l’influence d’autres facteurs climatiques, notamment les conditions de l’océan Indien.

L’Afrique équatoriale et l’Amérique centrale complètent le tableau des régions gagnantes. Dans ces zones, la modification de la circulation atmosphérique entraîne une réduction de la couverture nuageuse, augmentant ainsi le potentiel solaire. Pour les investisseurs du secteur, ces régions pourraient offrir des rendements supérieurs aux prévisions durant la période 2025-2026.

Les régions perdantes et leurs défis

L’amérique du sud et l’asie de l’est sous pression

À l’inverse, certaines régions subissent des réductions significatives de rayonnement solaire. L’ouest et le sud de l’Amérique du Sud présentent les baisses les plus marquées, avec une irradiance inférieure d’environ 10 % par rapport aux années normales. Le Chili et l’Argentine, pourtant riches en potentiel solaire, pourraient voir leurs rendements photovoltaïques diminuer sensiblement.

L’Asie de l’Est n’est pas épargnée. L’est de la Chine, notamment la région de Shanghai, enregistre une augmentation des précipitations et une diminution du rayonnement solaire. Cette baisse, bien que plus modérée qu’en Amérique du Sud (de l’ordre de 5 à 7 %), impacte directement la production des gigantesques parcs solaires chinois.

Les mécanismes météorologiques en jeu

El Niño modifie la circulation atmosphérique à grande échelle en réchauffant les températures de surface de la mer dans le Pacifique central. Actuellement, l’indice Niño 3.4 a déjà dépassé 0,8 °C, confirmant l’activation du phénomène. Les modèles de prévision saisonnière indiquent une poursuite du réchauffement, avec un pic attendu durant l’hiver de l’hémisphère Nord.

Comment el niño va remodeler le potentiel solaire mondial d'ici 2026

Ces changements altèrent la formation des nuages et les régimes de précipitations. Dans les régions où l’air devient plus sec et stable, comme en Inde, l’irradiance augmente. Ailleurs, l’humidité accrue et la convection renforcée entraînent une couverture nuageuse plus dense, réduisant le potentiel solaire. Les prévisions de la NOAA confirment que ces tendances devraient s’accentuer dans les mois à venir.

Implications pour l’industrie photovoltaïque

Pour les gestionnaires de parcs solaires, ces données sont essentielles. Les variations régionales d’irradiance peuvent atteindre 10 à 15 %, ce qui représente un écart considérable en termes de production d’énergie. Les exploitants situés dans les zones à risque (Amérique du Sud, Chine de l’Est) doivent anticiper une baisse de rendement et ajuster leurs prévisions financières.

À l’inverse, les opérateurs en Inde et en Afrique équatoriale pourraient bénéficier de conditions exceptionnellement favorables. Cette redistribution de la ressource solaire pourrait également influencer les décisions d’investissement pour de nouveaux projets, en favorisant les régions moins exposées aux effets négatifs d’El Niño.

Solcast, qui produit ces données à partir d’images satellitaires et d’algorithmes d’IA/ML propriétaires, calcule l’irradiance avec une résolution de 1 à 2 km et un biais typique inférieur à 2 %. Plus de 350 entreprises utilisent déjà ces données pour gérer plus de 300 GW d’actifs solaires dans le monde. Pour les acteurs du secteur, l’intégration de ces prévisions climatiques dans leurs outils de gestion devient un avantage concurrentiel déterminant.

Conclusion : s’adapter aux caprices du climat

El Niño ne crée ni ne détruit la ressource solaire : il la redistribue. Cette réalité impose une gestion proactive et localisée de la production photovoltaïque. Les données historiques montrent que les impacts les plus marqués se concentrent sur les périodes juillet-septembre et décembre-février, correspondant aux pics saisonniers d’El Niño.

Pour les années à venir, les exploitants solaires doivent intégrer ces variabilités dans leurs modèles de prévision de production. Les régions comme l’Inde, l’Afrique équatoriale et l’Amérique centrale pourraient voir leur potentiel solaire augmenter de manière significative, tandis que l’Amérique du Sud et l’Asie de l’Est devront se préparer à des conditions moins favorables. L’utilisation d’outils de suivi comme l’API Solcast permet d’anticiper ces fluctuations et d’optimiser la gestion des actifs solaires à l’échelle mondiale.

Le changement climatique et la fréquence accrue des phénomènes El Niño rendent cette analyse plus pertinente que jamais. Les professionnels du photovoltaïque doivent considérer ces données climatiques comme un élément clé de leur stratégie d’investissement et d’exploitation.

Source originale de l’analyse sur pv magazine

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