La 6ᵉ période des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), qui couvrira les années 2026 à 2030, s’annonce comme un tournant majeur pour la politique énergétique française. Le gouvernement a en effet proposé, lors d’une réunion le 8 juin dernier, d’élargir le périmètre du dispositif au-delà de la rénovation thermique pour inclure l’électrification des usages. Pompes à chaleur, véhicules électriques et infrastructures de recharge pourraient ainsi bénéficier de ces aides. Cette orientation vise à soutenir la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), actuellement en consultation publique, et le Plan d’électrification qui prévoit 22 mesures concrètes pour accélérer la décarbonation des secteurs résidentiel, tertiaire et des mobilités.
Historiquement, les CEE financent à 80 % des travaux dans le bâtiment : isolation, remplacement de chaudières, ventilation. Leur financement provient d’une obligation faite aux fournisseurs d’énergie (les « obligés »), qui doivent promouvoir des actions d’économies d’énergie. En échange, ils reçoivent des certificats qu’ils peuvent revendre. Le budget total pour la période 2026-2030 pourrait augmenter d’environ +27 % par rapport à la période précédente, selon les premières évaluations du ministère de la Transition écologique.
Cette réorientation suscite pourtant d’importants débats au sein de la filière énergie. Le CLER – Réseau pour la transition énergétique alerte sur un possible « détournement de finalité ». Pour Isabelle Gasquet, experte efficacité énergétique au CLER, « le gouvernement doit mobiliser les CEE en complément du budget de l’État pour soutenir en priorité des solutions de baisse des consommations d’énergie auprès des personnes les plus vulnérables ». L’association craint que l’électrification massive de bâtiments mal isolés ne transforme une facture de gaz en une facture d’électricité plus élevée, aggravant ainsi la précarité énergétique des ménages les plus modestes.
L’enjeu est d’autant plus crucial que la rénovation thermique reste le levier le plus efficace pour réduire la consommation d’énergie. Selon les chiffres clés de l’énergie publiés par le ministère, le secteur résidentiel représente encore 30 % de la consommation finale d’énergie en France, et les passoires thermiques (classes F et G) sont particulièrement énergivores. Sans une isolation préalable, l’électrification seule risquerait de déplacer le problème sans le résoudre.
La réforme des CEE ouvre des perspectives contrastées pour la filière solaire photovoltaïque. D’un côté, l’électrification des usages augmente mécaniquement la demande en électricité, ce qui renforce l’intérêt pour une production décentralisée et renouvelable. De l’autre, les modalités précises d’éligibilité des équipements solaires aux CEE restent à définir.
L’un des scénarios les plus prometteurs est le couplage d’une pompe à chaleur électrique avec des panneaux photovoltaïques en autoconsommation. Ce système permet de réduire à la fois la facture énergétique et l’empreinte carbone, en utilisant l’électricité produite localement pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire. Si les CEE venaient à financer ce type d’installation hybride, cela deviendrait un levier puissant pour accélérer l’adoption du solaire chez les particuliers et les entreprises.
Des dispositifs comme les primes CEE spécifiques pour les installations photovoltaïques destinées à alimenter des bornes de recharge de véhicules électriques ou des systèmes de chauffage pourraient également émerger. Le Plan d’électrification prévoit en effet 22 mesures pour accompagner les ménages, les professionnels et les collectivités, avec un volet important sur la production d’énergie renouvelable locale.

À l’inverse, si l’électrification est financée sans condition de performance énergétique du bâtiment, le gain potentiel du solaire pourrait être dilué. En effet, un logement mal isolé consommera davantage d’électricité, y compris pour le chauffage, ce qui réduit la part autoconsommée et augmente la dépendance au réseau. Le solaire photovoltaïque, souvent perçu comme une solution d’appoint, devra alors prouver sa capacité à fournir une électricité décarbonée à un coût maîtrisé, dans un contexte où la demande globale augmente.
La réforme pourrait aussi créer des marchés émergents pour les professionnels du solaire. L’électrification des usages implique des besoins en équipements de production et de stockage d’énergie. Les installateurs de panneaux solaires pourraient bénéficier de primes CEE pour des installations associées à des bornes de recharge ou à des pompes à chaleur, à condition que les textes réglementaires le prévoient explicitement. Les discussions au sein du Conseil Supérieur de l’Énergie seront déterminantes pour préciser ces critères.
La 6ᵉ période des CEE s’annonce plus ambitieuse, avec des primes revalorisées (environ +27 %) et un spectre élargi. Cependant, les arbitrages finaux ne sont pas encore tranchés. Le débat porte notamment sur les conditions d’éligibilité des actions d’électrification : faut-il imposer un prérequis de rénovation thermique pour bénéficier des aides à l’électrification ? Faut-il réserver les CEE aux ménages les plus précaires ?
Pour les acteurs du solaire photovoltaïque, il est crucial de suivre de près ces discussions et de se positionner pour que les installations solaires soient intégrées comme un complément indispensable à l’électrification des usages. La SNBC fixe un objectif de neutralité carbone en 2050, et l’électrification basée sur des énergies renouvelables locales est une clé pour y parvenir.
En conclusion, la réforme des CEE est une opportunité majeure pour accélérer la transition énergétique, à condition de ne pas sacrifier la rénovation thermique au profit de la seule électrification. Le solaire photovoltaïque a un rôle central à jouer dans ce nouvel équilibre, en fournissant une électricité décarbonée et en favorisant l’autoconsommation. Les mois à venir seront décisifs pour préciser le cadre réglementaire et les incitations financières.
Pour en savoir plus sur le dispositif CEE, consultez le site officiel du ministère de la Transition écologique. Suivez également les travaux du CLER et du Syndicat des énergies renouvelables pour rester informé des évolutions.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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