Le Sénégal franchit une nouvelle étape dans sa transition énergétique avec l’inauguration, en juillet 2024, de deux centrales solaires photovoltaïques d’une capacité totale de 21 MW. Implantées sur les sites stratégiques d’alimentation en eau potable des régions de Thiès et de Louga, ces installations visent à sécuriser la production et le pompage de l’eau tout en réduisant la facture électrique de l’exploitant. Le projet associe étroitement développement solaire et service public de l’eau, une synergie de plus en plus recherchée dans les pays sahéliens soumis à des coupures de courant récurrentes.
Les deux centrales, composées de 33 600 panneaux photovoltaïques, sont conçues pour alimenter directement les surpresseurs et les usines de traitement de l’eau potable qui acheminent chaque jour des centaines de milliers de mètres cubes d’eau depuis le nord du pays jusqu’à la capitale Dakar, située à environ 200 kilomètres au sud. Cette intégration permet de limiter le recours au réseau électrique national, souvent instable, et de réduire les émissions de CO₂ liées au pompage.
La première centrale, située à Méouane (région de Thiès), affiche une puissance installée de 9 MW. Selon les données officielles communiquées par les partenaires du projet, sa production annuelle est estimée à 60 GWh, ce qui devrait couvrir 32 % des besoins énergétiques du surpresseur de Mékhé, un maillon clé du transfert d’eau vers Dakar. La seconde centrale, implantée à Keur Momar Sarr (région de Louga), dispose d’une capacité de 11 MW. Elle est destinée à soutenir environ 32 % des besoins en électricité des usines de traitement du site, l’un des plus grands complexes de production d’eau potable du pays.
Les deux installations fonctionnent en autoconsommation : l’électricité solaire est directement injectée dans les équipements de pompage et de traitement, sans passer par le réseau général. Cette configuration technique, dite « derrière le compteur », évite les pertes liées au transport et garantit une alimentation prioritaire en cas de coupure du réseau.
L’opérateur historique de l’eau au Sénégal, la société Sen’Eau, voit dans ce projet une réponse concrète à l’un de ses principaux défis financiers : la facture énergétique représente en effet 30 à 35 % de ses charges d’exploitation. « La mise en service de ces infrastructures permet une réduction significative de la facture énergétique de Sen’Eau », indique le communiqué officiel. En substituant une partie de l’électricité réseau par du solaire, l’entreprise devrait économiser plusieurs millions de francs CFA chaque année, ce qui pourra être réinvesti dans l’entretien des réseaux ou la baisse des tarifs.
D’après les experts du secteur, le taux de couverture de 32 % est jugé optimal pour une première phase : il permet de réduire la dépendance sans nécessiter de stockage massif, le pompage ayant lieu majoritairement en journée, en phase avec la production solaire. Des extensions ultérieures pourraient porter cette part à 50 % ou plus avec l’ajout de batteries.
Le projet a été développé et réalisé dans le cadre d’un partenariat public-privé emblématique. C’est le groupe français Suez, via sa co-entreprise Sen’Eau détenue avec l’État sénégalais, qui exploite les infrastructures d’eau potable concernées. Pour la partie solaire, Suez s’est adjoint les compétences de son compatriote TotalEnergies, qui a assuré la conception, le financement et la construction des deux centrales. TotalEnergies a notamment mis à profit son expérience dans les projets solaires industriels en Afrique, déjà déployés dans plusieurs pays comme l’Afrique du Sud ou le Maroc.
Ce modèle de « solarisation » des services publics est appelé à se reproduire. Au Sénégal, plusieurs autres sites de pompage d’eau sont en cours d’étude pour être équipés de centrales photovoltaïques, avec un objectif national d’atteindre 30 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030. L’Agence Ecofin a largement couvert cette inauguration qui s’inscrit dans la stratégie « Plan Sénégal Émergent ».

Le pays dispose d’un gisement solaire exceptionnel, avec un ensoleillement moyen de plus de 5,5 kWh/m²/jour. Le gouvernement a lancé plusieurs appels d’offres pour des parcs photovoltaïques de grande envergure, comme la centrale de 30 MW de Bokhol (mise en service en 2018) ou le projet de 60 MW de Kahone. Parallèlement, des initiatives décentralisées (mini-réseaux, kits solaires individuels) permettent d’électrifier les zones rurales. Selon le rapport 2024 de l’IRENA, la capacité solaire installée du Sénégal atteint environ 180 MW fin 2023, et elle devrait doubler d’ici 2026.
L’eau potable et l’énergie sont deux piliers interconnectés du développement. En combinant les deux, le Sénégal montre une voie pragmatique pour améliorer la résilience des services essentiels face aux changements climatiques et à la volatilité des prix des combustibles fossiles.
Ce projet sénégalais inspire d’autres pays de la région. Au Burkina Faso, au Mali et au Niger, des projets similaires de pompage solaire pour l’eau potable sont en cours de déploiement, souvent soutenus par la Banque mondiale ou l’Union européenne. L’enjeu est double : réduire les coûts d’exploitation des services d’eau (qui dans certains cas consacrent jusqu’à 40 % de leur budget à l’électricité) et garantir un approvisionnement continu, même en période de délestage.
La réussite des centrales de Méouane et Keur Momar Sarr pourrait accélérer l’adoption de ce modèle au Sénégal et au-delà. Les retours d’expérience sur la maintenance, le dimensionnement des installations et l’intégration au réseau seront précieux. PV Magazine France souligne notamment l’intérêt de coupler ces centrales avec des systèmes de stockage par batteries pour étendre la couverture aux heures de faible ensoleillement.
Avec ce double investissement, le Sénégal démontre que la transition énergétique peut être un levier concret pour améliorer le quotidien des populations, tout en rendant les services publics plus viables financièrement. L’exemple devrait faire des émules.
Pour en savoir plus sur le programme solaire sénégalais, consultez le site du ministère de l’Énergie du Sénégal.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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