En juillet 2022, la Gironde a été frappée par l’un des plus violents incendies de l’après-guerre, ravageant plus de 20 000 hectares de forêt et menaçant directement la plus grande centrale photovoltaïque de France, située à Cestas. Développée par Neoen sur 258 hectares, cette installation de 300 MWc exploite près d’un million de panneaux solaires orientés est-ouest, implantés sur une ancienne exploitation forestière dévastée par les tempêtes de 1999. Alors que le sinistre progressait rapidement, la centrale a été placée sous surveillance renforcée dès le samedi 25 juillet.
Construite en 2015, la centrale de Cestas représente un investissement de 360 millions d’euros et fournit l’équivalent de la consommation électrique de 300 000 habitants. Sa configuration en longues rangées de panneaux, avec un espacement suffisant pour faciliter l’entretien et la circulation de l’air, a joué un rôle clé dans sa résistance au feu. Le site est également équipé de clôtures périphériques et d’une bande de végétation entretenue de 50 mètres, conformément aux obligations légales de débroussaillement (OLD). Ces mesures, souvent perçues comme contraignantes, se sont révélées essentielles pour stopper la progression des flammes.
Dès les premières heures de l’incendie, Guillaume Decaen, directeur général adjoint des opérations de Neoen, a ordonné le découplage de la centrale pour éviter tout court-circuit ou dommage électrique. « Le feu a parcouru quelques dizaines de mètres sous les panneaux dans la nuit de samedi à dimanche, mais les OLD bien réalisées ont permis d’arrêter le feu », a-t-il déclaré. La centrale a pu redémarrer dès le dimanche suivant, prouvant l’efficacité des procédures préventives.
Les OLD imposent un entretien rigoureux de la végétation autour des installations sensibles. À Cestas, une bande de 50 mètres est maintenue nette tout autour du site, ce qui a créé une zone tampon infranchissable pour l’incendie. Cette pratique, combinée à un fauchage régulier à l’intérieur du parc, a réduit considérablement le combustible disponible. Selon les pompiers locaux, « les parcs solaires ne sont pas des nids à feu, grâce à une double action de surveillance et de maintenance ». Un entraînement conjoint avec les pompiers de Cestas quelques mois auparavant a également permis de valider les protocoles d’urgence.
L’un des atouts de la centrale réside dans son partenariat avec un éleveur local : un troupeau de moutons évolue librement entre les rangées de panneaux tout au long de l’année. En broutant la végétation, les animaux limitent naturellement le foisonnement des herbes et des broussailles, réduisant ainsi les risques d’incendie tout en favorisant une gestion écologique des sols. Cette pratique d’agrivoltaïsme dynamique est de plus en plus adoptée en France et a démontré son efficacité lors de cet épisode.

Pour protéger les installations, des pompiers venus de Genève ont été dépêchés sur place. Ces spécialistes du feu de forêt ont utilisé une technique dite de « feu tactique » : il s’agit d’allumer un feu secondaire contrôlé pour priver l’incendie principal de combustible. Cette manœuvre, délicate mais redoutablement efficace, a permis de sécuriser le périmètre de la centrale sans dégrader les panneaux. En amont, des agriculteurs locaux avaient déjà arrosé abondamment les pourtours du site pour ralentir la progression des flammes, montrant une mobilisation collective exemplaire.
Cet incident unique en France remet en question certaines idées reçues. Loin d’être des « nids à feu », les centrales photovoltaïques bien conçues et entretenues peuvent jouer un rôle de coupe-feu naturel. L’entretien régulier, le respect des OLD, l’agrivoltaïsme et la coopération avec les services de secours sont autant de facteurs qui renforcent la résilience face aux incendies. À l’heure où le changement climatique multiplie les épisodes caniculaires et les feux de forêt, ces bonnes pratiques devraient être systématisées dans tout nouveau projet photovoltaïque, en particulier dans les zones à risque comme le massif des Landes.
La réglementation française impose déjà des distances de sécurité et des obligations de débroussaillement pour les installations classées. Cependant, l’expérience de Cestas montre qu’une mise en œuvre rigoureuse, associée à des partenariats locaux (éleveurs, pompiers), peut transformer un risque potentiel en opportunité de protection. Des recherches récentes menées par l’INRAE et l’ADEME confirment que les panneaux solaires n’augmentent pas significativement le risque incendie, à condition que la végétation soit maîtrisée. Des guides techniques comme celui du site de l’ADEME fournissent des recommandations détaillées aux exploitants.
La centrale solaire de Cestas est sortie quasiment indemne de l’incendie dévastateur de l’été 2022, confirmant que les parcs photovoltaïques bien entretenus peuvent résister aux feux de forêt. Cette résilience repose sur une combinaison de mesures préventives (OLD, agrivoltaïsme, coordination avec les pompiers) et d’interventions tactiques (feux tactiques, découplage électrique). Pour les porteurs de projets solaires, cet exemple démontre qu’il est possible d’allier production d’énergie renouvelable et gestion des risques naturels, à condition d’investir dans la maintenance et la coopération territoriale. Le retour d’expérience de Cestas servira sans doute de référence pour les futures installations photovoltaïques en France et ailleurs. Pour en savoir plus sur le producteur de cette centrale, consultez le site officiel de Neoen.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
Inscrivez-vous en avant-première pour ne rien manquer de nos prochaines actualités.
Saisissez le code reçu par SMS :
Entrez le code de validation envoyé sur votre mobile pour finaliser votre demande.