La Guyane, territoire français d’Amérique du Sud, fait face à des défis énergétiques uniques : son réseau électrique isolé, fortement dépendant des énergies fossiles, doit intégrer davantage de renouvelables tout en garantissant une stabilité permanente. C’est dans ce contexte que le développeur français Voltalia a lancé la construction de la centrale hybride de Sainte-Anne, située sur la commune de Mana, à proximité de Saint-Laurent-du-Maroni. Ce projet combine intelligemment plusieurs technologies pour créer une solution énergétique résiliente et décarbonée.
Avec une puissance photovoltaïque de 43 MW, un système de stockage par batteries lithium-ion de 135 MWh et cinq groupes électrogènes de secours totalisant 7 MW fonctionnant au biocarburant, cette centrale illustre la nouvelle génération d’infrastructures hybrides. L’objectif : produire près de 50 GWh d’électricité par an, soit l’équivalent de la consommation d’environ 50 000 habitants guyanais.
Dans les territoires insulaires ou isolés comme la Guyane, l’énergie solaire seule ne peut suffire. Sa production intermittente dépend de l’ensoleillement, ce qui rend nécessaire un système de stockage pour lisser la courbe de production et fournir de l’électricité la nuit ou par temps nuageux. Le stockage par batteries lithium-ion de 135 MWh permet ainsi de capter l’énergie solaire excédentaire en journée et de la restituer en soirée, période de pic de consommation.
Cependant, pour garantir la continuité de l’alimentation électrique lors de longues périodes de faible ensoleillement ou en cas de maintenance, les groupes électrogènes de secours au biocarburant constituent une solution pilotable. Contrairement au diesel, le biocarburant utilisé (souvent à base d’huiles végétales ou de déchets) émet moins de CO2 et s’inscrit dans une logique d’économie circulaire. Cette combinaison « solaire + stockage + biocarburant » permet d’atteindre un taux de couverture renouvelable très élevé tout en assurant une sécurité d’approvisionnement totale.
Les travaux de préparation du site ont débuté en juillet 2025, avec le défrichage et la viabilisation des terrains. La phase de construction des fondations et de montage des structures photovoltaïques est en cours, tandis que l’installation des conteneurs de batteries et des groupes électrogènes suivra. Selon le planning officiel de Voltalia, la mise en service de la centrale hybride est prévue en 2028. Ce délai permet de réaliser tous les tests d’intégration au réseau et de conformité aux normes locales.
Le projet a également bénéficié d’une campagne de financement participatif nationale, clôturée avec succès en avril 2026, démontrant l’intérêt des citoyens pour les énergies propres et leur volonté de participer à la transition énergétique en Guyane.
Le coût total de la centrale hybride de Sainte-Anne dépasse 120 millions d’euros, un investissement conséquent pour un territoire de 300 000 habitants. Ce financement a été structuré par un pool bancaire réunissant des acteurs majeurs du financement vert :
La structuration juridique et financière de l’opération a été assurée par le cabinet d’avocats De Gaulle Fleurance, spécialiste en droit des affaires, qui a accompagné le pool bancaire dans la négociation des contrats et la documentation de financement.

Au-delà de la production électrique, ce projet apporte plusieurs bénéfices concrets :
Pour compléter cette information, vous pouvez consulter la page d’EDF en Guyane qui détaille les défis du réseau électrique local.
Les batteries lithium-ion de 135 MWh représentent l’un des plus grands systèmes de stockage jamais installés en France. Elles sont fournies par un fabricant spécialisé et sont conçues pour supporter des cycles de charge/décharge quotidiens pendant plus de 15 ans. Les groupes électrogènes au biocarburant utilisent un carburant à base d’huile de palme certifié durable (ou de colza) – une solution pragmatique pour garantir la disponibilité immédiate en l’absence de soleil.
Voltalia, entreprise cotée en Bourse et spécialiste des énergies renouvelables, possède déjà une solide expérience dans ce type de projets hybrides, notamment au Brésil et en France métropolitaine. La centrale de Sainte-Anne pourrait devenir une référence technologique pour l’hybridation des réseaux électriques fragiles.
La centrale hybride de Sainte-Anne incarne parfaitement la stratégie de la France pour ses territoires d’outre-mer : allier décarbonation, sécurité d’approvisionnement et développement local. Avec une mise en service prévue en 2028, elle devrait significativement contribuer à l’objectif de 100% d’énergies renouvelables en Guyane à l’horizon 2030. Ce projet prouve que l’association intelligente du solaire, du stockage et de la production pilotable peut répondre aux besoins d’un réseau insulaire, tout en restant économiquement viable grâce à un montage financier solide.
Les acteurs du secteur photovoltaïque et les décideurs politiques suivront avec attention les prochaines étapes de ce chantier, qui pourrait bien devenir un cas d’école pour la transition énergétique mondiale.
Sources : Voltalia, Bpifrance, De Gaulle Fleurance, EDF Guyane.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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