La rencontre du 17 juin entre Maud Brégeon, ministre déléguée à l’Énergie, et le Syndicat des énergies renouvelables (SER) devait apporter des clarifications sur les prochains appels d’offres (AO) solaires. Invitée d’honneur du conseil d’administration et de l’assemblée générale du SER, la ministre a dévoilé un calendrier qui a refroidi les espoirs de la filière photovoltaïque, en pleine canicule estivale et alors que la demande électrique explose.
Si certaines annonces ont été saluées – notamment sur l’éolien offshore, le stockage « stand alone » et l’hydrolien –, le secteur solaire repart avec des promesses jugées trop timides. Le SER dénonce un manque d’ambition alors que la France doit accélérer sa transition énergétique pour respecter ses objectifs climatiques et la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
Jules Nyssen, président du SER, a partagé sur son réseau professionnel les informations clés obtenues lors de cette réunion. Pour 2026, un seul appel d’offres dit « neutre » sera lancé. Une nouveauté : il intègre désormais les installations hybrides couplant panneaux solaires et stockage par batterie, ce qui répond à une demande historique de la profession. Cependant, le volume prévu reste flou et très inférieur aux besoins exprimés par la filière.
Le président du SER rappelle que le calendrier politique de 2027 complique la planification. Avec les élections présidentielles à partir du printemps, peu de nouveaux appels d’offres pourront être lancés. Il appelle donc à une anticipation immédiate pour ne pas casser la dynamique d’installation des grandes centrales au sol et des toitures photovoltaïques.
Concernant 2027, les annonces sont encore plus vagues. Le gouvernement évoque seulement un AO « super neutre » sans préciser comment le solaire y sera traité. Les acteurs redoutent une dilution du photovoltaïque dans un appel d’offres multi-technologies qui favoriserait d’autres filières mieux soutenues politiquement.
Ce manque de visibilité bloque les investissements privés. Les développeurs et installateurs hésitent à engager des projets coûteux sans garantie de débouchés commerciaux. La filière réclame d’urgence un cadre pluriannuel clair avec des volumes prévisibles sur 3 à 5 ans.
Pour mémoire, les annonces du 2 avril 2026 prévoyaient une période d’appel d’offres pour le photovoltaïque au sol en juillet 2026, avec un volume de 925 MW. Le gouvernement avait également promis un « travail sur les modalités de mise en place d’un appel d’offres pour le soutien au photovoltaïque toutes technologies », avec une publication envisagée à l’automne 2026. Mais ces promesses semblent aujourd’hui compromises par l’incertitude politique.
La filière craint que l’appel d’offres de juillet 2026 soit reporté ou réduit en volume, ce qui pénaliserait les nombreux projets en développement. Le SER rappelle que la France doit installer environ 5 GW de solaire par an pour tenir ses objectifs, contre environ 3 GW actuellement.
Le SER a salué les annonces positives sur l’offshore (nouveaux appels d’offres éoliens en mer), le stockage autonome (stand alone) et l’hydrolien. Ces secteurs bénéficient d’une impulsion gouvernementale plus nette, mais cela ne compense pas le « coup de froid » sur le photovoltaïque. La filière solaire demande un rattrapage rapide pour ne pas creuser l’écart entre les énergies renouvelables.
Pour en savoir plus sur les positions du SER, consultez leur site officiel : Syndicat des énergies renouvelables.

À quelques mois des élections présidentielles, le gouvernement semble accélérer sur certains sujets mais freiner sur d’autres. L’absence d’un cap clair pour le solaire après 2026 inquiète les professionnels. Les appels d’offres sont pourtant l’outil principal pour soutenir le développement des grandes centrales et des installations sur bâtiments.
Le marché de l’autoconsommation individuelle et collective continue de croître grâce aux aides comme MaPrimeRénov’ et aux primes à l’autoconsommation. Mais les projets de grande envergure, ceux qui permettent d’atteindre les objectifs de la PPE, dépendent directement des appels d’offres publics.
Pour une analyse détaillée des objectifs de la PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie), vous pouvez consulter le site du ministère : Ministère de la Transition écologique.
Le SER insiste sur la nécessité de publier rapidement les volumes 2027-2028 pour rassurer les investisseurs. Sans visibilité, les banques hésitent à financer les projets, ce qui retarde la construction de nouvelles centrales. La filière propose un mécanisme d’appels d’offres pluriannuels avec des volumes indicatifs sur 3 ans, ajustables en fonction des résultats.
Le gouvernement doit aussi clarifier le traitement du solaire dans l’AO « super neutre » de 2027. Les technologies photovoltaïques ont des coûts et des contraintes spécifiques (occupation du sol, raccordement au réseau) qui nécessitent des règles adaptées, pas une simple mise en concurrence avec d’autres EnR.
La filière solaire française espère que les annonces de juillet 2026 seront à la hauteur des enjeux. Avec des températures caniculaires records et une consommation électrique en hausse, le photovoltaïque est une solution clé pour décarboner le mix énergétique. Mais sans un signal fort des pouvoirs publics, les objectifs de la France en matière d’énergies renouvelables risquent d’être relégués au second plan.
Le SER appelle à un rendez-vous d’urgence avant la fin de l’été pour préciser le calendrier post-2026. La balle est dans le camp du gouvernement, qui doit choisir entre un simple coup de frein ou un vrai coup d’accélérateur pour le solaire français.
Pour suivre l’actualité du photovoltaïque, vous pouvez consulter des médias spécialisés comme PV Magazine France.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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