La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a récemment dévoilé ses délibérations ainsi qu’un rapport de synthèse détaillant l’évaluation de la douzième période de l’appel d’offres « PPE2 PV Bâtiment ». Ce dispositif, lancé dans le cadre de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), cible spécifiquement les projets de centrales solaires installées sur bâtiments, serres agrivoltaïques, ombrières de parking et ombrières agrivoltaïques, d’une puissance supérieure à 500 kW. Clôturée le 30 avril 2024 (et non 2026 comme mentionné dans une version antérieure), cette période a vu la sélection de 326 projets, représentant une puissance cumulée de 300,2 MW. Ce volume atteint exactement l’objectif fixé par l’appel d’offres, confirmant un intérêt constant pour ce segment du marché photovoltaïque français.
Le prix moyen pondéré de l’électricité produite s’établit à 82,98 €/MWh, en baisse de 13,5 €/MWh par rapport à la onzième période, soit une diminution de 14 %. Selon la CRE, cette tendance confirme la réduction progressive des coûts de production sur le segment des grandes toitures et ombrières, portée par des gains d’efficacité industrielle et une baisse du coût des composants. Par ailleurs, la sursouscription a été spectaculaire : près de 1 560 MW ont été proposés dans un total de 1 159 dossiers, soit plus de cinq fois le volume mis en concurrence. Ce ratio témoigne d’un appétit très fort des développeurs, malgré un contexte de hausse des taux d’intérêt et de tensions sur les chaînes d’approvisionnement.
L’une des tendances les plus marquantes de cette période est le poids croissant des installations de petite taille. Les projets d’une puissance inférieure à 1 MW ont représenté 70 % des candidatures (contre seulement 50 % lors de la période précédente) et 81 % des lauréats. Cette évolution traduit une dynamique de décentralisation de la production solaire, qui s’aligne avec les objectifs de la PPE visant à multiplier les installations sur le bâti existant. Les collectivités territoriales, les petites et moyennes entreprises et les agriculteurs sont particulièrement actifs dans ce créneau, où les procédures d’autorisation et de raccordement sont jugées plus accessibles.
En termes de répartition des technologies, les installations sur bâtiments (hors ombrières) dominent le mix retenu avec 62 % de la puissance cumulée. Viennent ensuite les ombrières de parking dites « autres » (17 %) et les ombrières agrivoltaïques (13 %). Les serres agrivoltaïques complètent le tableau avec environ 8 % du volume attribué. Sur le plan géographique, la Nouvelle-Aquitaine arrive en tête, concentrant 22 % de la puissance allouée, devant l’Auvergne-Rhône-Alpes (18 %) et l’Occitanie (15 %). Ces trois régions bénéficient d’un ensoleillement favorable et d’une forte dynamique économique autour des énergies renouvelables, ce qui attire les investisseurs.
La CRE alerte dans son rapport sur la forte dépendance de la filière française aux modules photovoltaïques importés. Les deux fabricants chinois DMEGC Solar et Jinko Solar concentrent à eux seuls plus de la moitié des volumes retenus, avec respectivement 35,7 % et 16,2 % des modules utilisés par les lauréats. Aucun projet intégrant des panneaux du fabricant français Voltec Solar n’a été retenu lors de cette période, malgré la volonté affichée par le gouvernement et la filière de soutenir la production nationale. Cette situation souligne les difficultés de compétitivité des industriels français face aux géants asiatiques, qui bénéficient d’économies d’échelle et de coûts de production plus faibles.
Pour renforcer la résilience des approvisionnements, la CRE propose d’introduire un critère de résilience dans les futurs appels d’offres, en cohérence avec le règlement européen Net-Zero Industry Act (NZIA). Ce texte, adopté en 2024, vise à favoriser la fabrication européenne de technologies propres, dont le photovoltaïque. L’idée est d’inciter les porteurs de projets à choisir des modules fabriqués en Europe, sans pour autant imposer de quotas contraignants qui pourraient freiner la baisse des coûts. Des réflexions sont en cours avec le ministère de la Transition énergétique pour définir des modalités pratiques.

Dans son rapport, la CRE formule plusieurs recommandations opérationnelles pour améliorer l’efficacité des appels d’offres. Premièrement, elle propose d’élargir le périmètre de l’appel d’offres « petit PV » au segment 100 kWc – 1 MWc, qui couvre actuellement les installations de 100 à 500 kWc. Cela permettrait de simplifier le parcours pour les projets de taille intermédiaire, en leur offrant un cadre unique et en réduisant les coûts de dossier. Deuxièmement, la CRE suggère de relever à 1 MWc le seuil des appels d’offres « PV Bâtiment » et « PV Sol », actuellement fixé à 500 kWc. Cette mesure viserait à aligner les seuils avec les pratiques européennes et à alléger la charge administrative pour les développeurs de projets de moyenne puissance.
Troisièmement, la Commission préconise de publier un calendrier prévisionnel des prochaines périodes d’appels d’offres, afin de donner une meilleure visibilité aux acteurs. Cette transparence permettrait aux investisseurs de planifier leurs projets sur plusieurs années et d’optimiser leurs ressources. Enfin, la CRE insiste sur la nécessité d’harmoniser les cahiers des charges avec les exigences du NZIA, notamment en matière de critères environnementaux et de traçabilité des composants. Ces ajustements pourraient être mis en œuvre dès la treizième période, dont le lancement est attendu pour le début de l’année 2025.
Pour en savoir plus, consultez les délibérations complètes sur le site de la CRE et le texte du règlement NZIA. Des informations complémentaires sur la filière solaire française sont disponibles sur le site de SER – Syndicat des énergies renouvelables.
L’ensemble de ces évolutions témoigne de la volonté des pouvoirs publics et du régulateur d’accompagner la transition énergétique tout en soutenant la filière nationale et en maîtrisant les coûts pour le consommateur. Le succès de la douzième période de l’appel d’offres PV Bâtiment confirme que le solaire photovoltaïque reste l’une des énergies renouvelables les plus compétitives et les plus dynamiques en France.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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