La capacité de fabrication de panneaux solaires en Afrique devrait quadrupler cette année pour atteindre 3,5 GW, portée par la mise en service de 2 GW en Égypte et d’environ 500 MW en Tanzanie, selon un rapport du groupe de réflexion Ember réalisé avec Africa Tech Futures Lab. Ces nouvelles lignes sont toutefois destinées avant tout à l’exportation vers les États-Unis, et jusqu’à 94 % des panneaux installés sur le continent restent importés de Chine.
Les 3,5 GW annoncés reposent sur deux moteurs principaux : 2 GW de capacités de production mises en service en Égypte et environ 500 MW en Tanzanie. Six autres pays — le Maroc, l’Afrique du Sud, l’Algérie, la Tunisie, le Nigeria et le Kenya — devraient représenter environ 1 GW supplémentaires, avec une logique différente puisqu’ils cherchent davantage à soutenir leur croissance intérieure.
Les nouvelles capacités égyptiennes et tanzaniennes, elles, sont principalement destinées à l’exportation vers les États-Unis, où les panneaux chinois sont beaucoup plus chers en raison des droits de douane appliqués aux produits chinois.
Le rapport souligne que les données permettant d’évaluer les capacités de fabrication africaines sont extrêmement limitées, avec très peu de documents accessibles au public. Dave Jones, analyste en chef chez Ember et coauteur du rapport, avance une explication : les grandes usines d’Égypte, d’Éthiopie et de Tanzanie chercheraient probablement à rester discrètes pour éviter l’attention des autorités américaines, engagées dans une réduction des importations de produits solaires.
« De nombreuses petites usines de fabrication solaire à travers l’Afrique augmentent leurs capacités et, même si les entreprises souhaitent communiquer sur ces développements dans la presse, leurs annonces donnent très peu de détails sur les capacités des lignes de production et encore moins sur les volumes réellement fabriqués », explique-t-il.
L’écart entre les flux entrants et la production locale est frappant. Selon l’outil China’s Solar PV Export Explorer d’Ember, la Chine a exporté vers l’Afrique 19 GW de cellules photovoltaïques et 9 GW de wafers au cours des deux ans et demi précédant juin 2026. Sur la même période, l’Afrique n’a fabriqué que 2,7 GW de panneaux.
Le rapport en tire une hypothèse prudente : « Nous pensons que la majorité de ces produits ne seraient en réalité pas importés dans les pays concernés, mais plutôt réexpédiés, très probablement vers les États-Unis. » Les services douaniers de la plupart des pays africains ne déclarant pas les importations de cellules et de wafers, aucune donnée ne permet de trancher.
Les modifications des droits de douane américains, qui doivent renchérir les importations de cellules et de panneaux à partir de décembre 2026, pourraient réduire la capacité des pays africains à vendre outre-Atlantique. Ces changements interviennent après la suppression par la Chine, plus tôt cette année, de sa TVA à l’exportation de 9 %. « Cela pourrait signifier que les panneaux solaires finissent par être utilisés sur les marchés intérieurs », note le rapport : ils remplaceraient alors les importations chinoises et permettraient à l’Afrique de devenir plus directement autosuffisante.
Pour Dave Jones, les panneaux chinois restent le principal frein au développement de chaînes d’approvisionnement africaines. « Les panneaux chinois sont d’une très grande qualité et, à environ 68 € le panneau, entrent dans la catégorie du « ridiculement bon marché » », souligne-t-il. L’Afrique n’a importé que pour environ 2,0 milliards d’euros de panneaux solaires sur les douze derniers mois : la facture d’importation reste modeste et la valeur ajoutée captable localement limitée.

L’analyste plaide en conséquence pour une approche plus large que les seuls modules. L’Afrique importe déjà de Chine davantage de batteries en valeur que de panneaux solaires, tandis que les véhicules électriques, les technologies de réseau et les éoliennes sont en plein essor. « Les pays africains devraient développer une chaîne d’approvisionnement industrielle globale dans les technologies propres, qui cherche à prendre de vitesse l’ancien monde de l’énergie fondé sur le modèle « importer du pétrole et du gaz, importer des voitures, importer des centrales électriques » », résume-t-il. Les perspectives de demande électrique du continent sont documentées par l’Agence internationale de l’énergie, qui suit également l’évolution des capacités renouvelables africaines.
Si la fabrication reste embryonnaire, l’installation progresse à grande vitesse : un record de 17 GW de capacité solaire devrait être installé en Afrique cette année, soit l’équivalent d’environ 100 000 panneaux solaires par jour. Au total, 36 des 54 pays africains sont en passe d’installer une quantité record de capacités solaires en 2026, une dynamique cohérente avec les statistiques publiées par l’Irena.
Fait notable, les trois quarts de cette croissance correspondent à du solaire distribué : de petites installations situées du côté des consommateurs, principalement en toiture. Sur les quelque 26 GW ajoutés entre 2023 et 2025, 20 GW relevaient de ce segment.
Environ 3,5 GW, soit un quadruplement en un an, selon le rapport d’Ember et d’Africa Tech Futures Lab. L’Égypte apporte 2 GW, la Tanzanie environ 500 MW, et six autres pays (Maroc, Afrique du Sud, Algérie, Tunisie, Nigeria, Kenya) environ 1 GW au total.
Jusqu’à 94 % des panneaux installés aujourd’hui sur le continent sont importés de Chine. Sur deux ans et demi jusqu’à juin 2026, la Chine a exporté 19 GW de cellules et 9 GW de wafers vers l’Afrique, alors que la production locale de panneaux n’atteignait que 2,7 GW.
Parce que les droits de douane américains sur les produits chinois rendent les panneaux fabriqués en Afrique compétitifs sur le marché des États-Unis. Le durcissement tarifaire américain prévu à partir de décembre 2026 pourrait toutefois réorienter cette production vers les marchés intérieurs africains.
Un record de 17 GW, soit environ 100 000 panneaux par jour, avec 36 des 54 pays du continent en passe d’atteindre un niveau d’installation inédit. Les trois quarts de cette croissance proviennent du solaire distribué, essentiellement en toiture.
En résumé — l’Afrique installe massivement du solaire mais n’en fabrique presque pas : 17 GW déployés cette année contre 3,5 GW de capacité de production, elle-même largement tournée vers le marché américain. Le prix des modules chinois, autour de 68 € l’unité, laisse peu de place à une filière locale sur les seuls panneaux ; c’est sur l’ensemble de la chaîne des technologies propres — batteries, réseaux, mobilité électrique — que se jouera l’autonomie industrielle du continent.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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