Le marché photovoltaïque mondial observe une tension nouvelle sur les prix des modules solaires TOPCon fabriqués en Chine. Selon les dernières données publiées par OPIS, filiale de Dow Jones, l’indicateur de référence Chinese Module Marker (CMM), qui suit les modules TOPCon de puissance inférieure à 645 W, a progressé de 2,86 % en une seule semaine pour atteindre 0,108 $/W FOB Chine, soit approximativement 0,092 €/W. Cette hausse, bien que modérée en valeur absolue, traduit un changement de dynamique notable dans une filière qui subissait depuis de nombreux mois une pression déflationniste continue.
Cette évolution intervient dans un contexte où la chaîne d’approvisionnement solaire chinoise tente de répercuter la hausse des coûts des matières premières et des composants intermédiaires. Les fabricants de modules, confrontés à des marges historiquement faibles, cherchent désormais à restaurer un minimum de rentabilité. Le niveau de 0,108 $/W, bien qu’encore modeste, pourrait marquer un plancher durable si les conditions actuelles du marché persistent.
L’analyse de la courbe des prix à terme d’OPIS fait apparaître des évolutions contrastées selon les périodes de livraison. Pour les chargements prévus au premier trimestre 2027, les prix ont bondi de 1,90 % sur une semaine pour s’établir à 0,107 $/W, soit environ 0,091 €/W. Les livraisons du deuxième trimestre 2027 ont enregistré une hausse plus modérée de 0,95 %, atteignant 0,106 $/W, soit 0,090 €/W.
En revanche, les modules destinés à être livrés au troisième trimestre 2027 ont vu leur prix ajusté à la baisse de 0,95 %, à 0,105 $/W, soit environ 0,090 €/W. Cette déformation de la courbe des prix à terme indique que les acteurs du marché anticipent une normalisation progressive des coûts après une période de tension aiguë à court terme. Les acheteurs semblent en effet considérer que la hausse actuelle est largement conjoncturelle et ne reflète pas une tendance structurelle durable.
Plusieurs sources interrogées par OPIS attribuent ces mouvements de prix aux droits de douane américains prévus au titre de la section 232 du Trade Expansion Act. Ces mesures, dont l’entrée en vigueur est fixée au 4 décembre, établissent des prix d’importation minimaux pour les composants solaires entrant sur le territoire américain. Concrètement, les lingots et les wafers seront soumis à un prix plancher de 100 $/kg, les cellules à 0,22 $/W et les modules à 0,38 $/W. S’ajoute à cela un droit de douane de 15 % sur les dérivés du polysilicium concernés.
Cette politique protectionniste américaine a des répercussions bien au-delà du seul marché nord-américain. Elle perturbe l’ensemble des flux commerciaux mondiaux et incite les fabricants chinois à réévaluer leurs stratégies de prix pour les marchés d’exportation. La perspective de droits de douane élevés sur le marché américain pousse en effet les acteurs à sécuriser leurs approvisionnements et à répercuter les coûts additionnels sur les autres marchés.
Pour approfondir le sujet des droits de douane section 232 et de leur impact sur l’industrie solaire, vous pouvez consulter les analyses disponibles sur le site de l’Office of Energy Efficiency and Renewable Energy et les données tarifaires publiées par l’International Trade Administration.
Malgré la fermeté affichée par les fabricants dans leurs offres indicatives, les prix effectivement négociés sur le terrain restent plus bas. Un fabricant de modules classé parmi les dix premiers mondiaux a confirmé à OPIS que les transactions réelles ne suivaient pas encore le mouvement haussier des annonces. Les producteurs ont beau relever leurs prix affichés, les négociations aboutissent souvent à des montants inférieurs, reflétant un déséquilibre persistant entre l’offre et la demande.
Ce décalage entre les prix annoncés et les prix réellement pratiqués s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, la demande mondiale reste atone, en particulier en Europe et dans les économies émergentes qui constituent les principaux débouchés des modules chinois. D’autre part, les acheteurs, bien informés des coûts réels de production, disposent d’un pouvoir de négociation important et refusent de s’aligner sur des prix qu’ils jugent artificiellement gonflés par des anticipations spéculatives.
Selon ce fabricant, un consensus émerge dans l’industrie pour considérer que les prix actuels ne pourront pas se maintenir à leurs niveaux élevés. Les offres restent élevées, mais les commandes fermes se concluent à des conditions plus favorables aux acheteurs, signe que les fondamentaux du marché ne justifient pas une hausse durable.
Le principal facteur de tension se situe en réalité au niveau des cellules solaires, dont les prix ont connu une envolée spectaculaire ces dernières semaines. Le rapport OPIS Global Solar Markets indique que les cellules TOPCon M10 FOB Chine ont augmenté de 16,16 % sur une semaine pour atteindre 0,0532 $/W, soit 0,045 €/W. Les cellules au format 210R ont quant à elles progressé de 17,00 %, à 0,0523 $/W. Au total, les prix des deux formats ont bondi d’environ 34 % depuis le 4 août.
Cette explosion des coûts intermédiaires a contraint un fabricant de modules de premier rang à suspendre temporairement ses achats de cellules afin de jauger l’évolution du marché. L’entreprise surveille attentivement les niveaux de prix avant de réengager des volumes, préférant prendre le risque d’une pénurie ponctuelle plutôt que de s’approvisionner à des tarifs qu’elle juge insoutenables à moyen terme.
La flambée des cellules s’explique en partie par une demande américaine soutenue à court terme, les installateurs cherchant à sécuriser leurs approvisionnements avant l’entrée en vigueur des nouvelles taxes. Elle résulte également d’une rationalisation de l’appareil productif chinois, certaines lignes de production de cellules ayant été mises à l’arrêt ou converties vers d’autres technologies, réduisant ainsi l’offre disponible sur le marché spot.
Selon plusieurs analystes du secteur, la hausse actuelle des prix des modules TOPCon pourrait être de courte durée. Les prix des cellules semblent en effet approcher de leur sommet, ce qui limite mécaniquement le potentiel de hausse supplémentaire des modules. Un producteur en aval interrogé par OPIS estime que les mouvements observés ces dernières semaines, bien que significatifs, devraient s’estomper rapidement.

Cette prudence se traduit concrètement par une suspension temporaire des offres pour les commandes à moyen et long terme. Face à l’incertitude concernant l’évolution des coûts, plusieurs acteurs préfèrent attendre une clarification du marché avant de s’engager sur des volumes importants. Cette attitude attentiste pourrait paradoxalement contribuer à stabiliser les prix à un niveau intermédiaire, les acheteurs et les vendeurs peinant à trouver un terrain d’entente.
Pour une analyse plus détaillée des dynamiques de prix dans le secteur solaire chinois, vous pouvez consulter les rapports réguliers publiés par OPIS et les synthèses de marché réalisées par PV Magazine.
La question centrale pour les prochaines semaines est celle de la capacité des fabricants chinois de modules à absorber la hausse des coûts ou à la répercuter sur leurs clients. Les prix des modules restant globalement stables en dépit de la flambée des cellules, les fabricants pourraient être contraints de continuer à vendre en dessous de leurs coûts de production, une situation intenable à long terme.
À l’inverse, une répercussion complète de la hausse des coûts sur les utilisateurs finaux pourrait dégrader la rentabilité économique des projets solaires pour les développeurs. Dans un contexte de taux d’intérêt élevés et de budgets serrés, une augmentation même modeste du prix des modules peut suffire à remettre en cause la viabilité financière de nombreux projets, en particulier ceux qui ont été dimensionnés sur la base de prix historiquement bas.
Les fabricants de modules se trouvent donc dans une position délicate. S’ils répercutent intégralement la hausse de leurs coûts, ils risquent de voir leurs carnets de commandes se vider. S’ils l’absorbent, ils creusent encore leurs pertes et fragilisent leur trésorerie. Aucune option ne semble pleinement satisfaisante, et il est probable que la réalité du marché s’établisse entre les deux, avec des hausses de prix partielles et différenciées selon les segments de clientèle.
Cet épisode de hausse des prix intervient dans un contexte plus large de reconfiguration du marché photovoltaïque mondial. La surcapacité de production chinoise, les tensions commerciales croissantes avec les États-Unis et l’Europe, et la transition vers des technologies plus efficaces comme les cellules TOPCon et les cellules à hétérojonction transforment profondément la structure de l’offre.
Le secteur a connu en 2023 et 2024 une période de consolidation marquée par la faillite de plusieurs acteurs de taille moyenne et la restructuration massive des capacités de production. Cette rationalisation, bien que douloureuse, pourrait à terme assainir le marché et permettre un retour à des prix rémunérateurs pour les fabricants les plus efficients.
Les technologies de type TOPCon, qui représentent désormais une part majoritaire des nouvelles installations, bénéficient d’un avantage concurrentiel en termes de rendement et de coût de production. Leur adoption généralisée a contribué à faire baisser le coût moyen de l’électricité solaire, mais elle a également intensifié la concurrence entre les fabricants, avec des conséquences sur leurs marges.
Pour comprendre les enjeux de cette transition technologique, les travaux publiés par le National Renewable Energy Laboratory constituent une ressource précieuse, notamment sur le rendement des différentes technologies photovoltaïques et leur évolution attendue.
À court terme, tout porte à croire que la volatilité restera de mise sur le marché des modules solaires. Les acteurs devront composer avec une double incertitude : l’évolution des politiques commerciales américaines et la capacité des producteurs chinois à stabiliser leurs coûts de production.
Les annonces concernant les droits de douane américains continueront de jouer un rôle majeur dans la formation des prix mondiaux. Toute évolution de ces politiques, qu’il s’agisse d’un report, d’une révision à la baisse ou d’une extension à d’autres composants, pourrait entraîner des mouvements brusques sur les marchés.
Sur le front de l’offre, la question centrale reste celle de l’équilibre entre la demande asiatique et la demande occidentale. La Chine demeure le principal marché pour ses propres fabricants, mais l’Europe et les États-Unis restent des débouchés indispensables pour absorber la production excédentaire. Une amélioration de la demande européenne, portée par les objectifs climatiques et la flambée des prix de l’électricité, pourrait contribuer à soutenir les prix des modules et à restaurer la rentabilité des fabricants.
En attendant, les acteurs du secteur sont invités à suivre de près les indicateurs publiés chaque semaine par OPIS, ainsi que les annonces réglementaires émanant de l’administration américaine. La prudence reste de mise, et il serait hasardeux de pronostiquer une hausse linéaire des prix dans les prochains mois. Le marché reste traversé par des forces contradictoires, et seules les entreprises capables de s’adapter rapidement à un environnement changeant pourront tirer leur épingle du jeu.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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