Cybersécurité des énergies renouvelables : l’UE évalue les risques pour le solaire et l’éolien

Alors que la transition énergétique s’accélère et que la numérisation des infrastructures électriques progresse, la Commission européenne a dévoilé en mars 2025 une feuille de route stratégique inédite. Ce document vise à sécuriser le déploiement de l’intelligence artificielle (IA) et des systèmes numériques dans le secteur de l’énergie. Pour la première fois, une évaluation systématique des cyberrisques des actifs photovoltaïques et éoliens installés dans l’Union européenne sera menée. Cette initiative pourrait transformer en profondeur les exigences de sécurité pour les projets d’énergies renouvelables, et concerne directement les professionnels du secteur.

Pourquoi le solaire et l’éolien sont-ils devenus des cibles cyber prioritaires ?

La transformation numérique du réseau électrique expose les centrales solaires et les parcs éoliens à des menaces nouvelles et complexes. Selon la feuille de route publiée par la Commission européenne, plusieurs scénarios de cyberattaques sont désormais redoutés : la manipulation à distance de la production d’électricité, l’accès non autorisé aux données opérationnelles, l’infiltration de la chaîne d’approvisionnement, voire la provocation de coupures de courant à grande échelle. Ces vulnérabilités concernent directement les onduleurs, les systèmes de contrôle et les interfaces de communication des installations.

Dries Acke, directeur général adjoint de SolarPower Europe, a salué cette initiative : « Le renforcement de la cybersécurité et la protection des infrastructures critiques dans l’ensemble du système énergétique doivent rester au cœur des priorités, car la numérisation s’accompagne d’une exposition accrue aux menaces hybrides et cybernétiques. » L’association rappelle que le solaire européen représente déjà plus de 260 GW de capacité installée, dont une part croissante est connectée via des systèmes numériques. Selon l’Agence de l’Union européenne pour la cybersécurité (ENISA), le secteur de l’énergie a subi une augmentation de 38 % des incidents cyber en 2024 par rapport à l’année précédente.

Les mesures concrètes de l’Union européenne

Pour limiter ces risques, la Commission a déjà restreint l’utilisation des fonds européens pour les projets intégrant des onduleurs provenant de fournisseurs considérés comme « à haut risque ». Par ailleurs, le cadre de sécurité de l’approvisionnement énergétique sera réexaminé, avec des mesures potentiellement contraignantes pour mieux identifier et gérer les cybermenaces liées aux équipements critiques. L’évaluation des actifs devrait couvrir l’ensemble des États membres et aboutir à une classification des installations selon leur niveau de criticité.

Cette classification tiendra compte de la puissance installée, de la localisation, de la connectivité au réseau et de l’impact potentiel en cas de sabotage. Les installations de grande taille, comme les centrales solaires au sol de plus de 10 MW, seront probablement classées comme critiques, tandis que les petites toitures résidentielles pourraient être soumises à des obligations allégées mais non négligeables. Des discussions sont en cours avec les fabricants d’onduleurs pour intégrer des protocoles de sécurité standardisés, comme le standard IEEE 2030.5.

Un calendrier serré pour une ambition réglementaire forte

La Commission prévoit de finaliser l’évaluation des risques d’ici fin 2026. Les premières conclusions alimenteront une proposition de révision du règlement sur la sécurité de l’approvisionnement électrique, attendue pour 2027. En attendant, les acteurs du solaire sont invités à anticiper les futures exigences en matière de cybersécurité, notamment dans le cadre de la directive NIS2 (Network and Information Security), déjà transposée dans plusieurs États membres. Cette directive impose aux entreprises du secteur énergétique – y compris les producteurs d’électricité renouvelable – de se conformer à des normes strictes de gestion des risques cyber.

Pour approfondir les implications de la directive NIS2 pour le photovoltaïque, l’analyse du magazine PV Magazine France offre un éclairage précieux sur les étapes de mise en conformité.

L’intelligence artificielle et les centres de données : nouveaux défis

Au-delà de la cybersécurité, la feuille de route encourage le déploiement accéléré de solutions numériques et d’IA dans les infrastructures électriques. L’objectif est double : améliorer l’efficacité du réseau tout en garantissant une intégration durable des technologies numériques. La Commission prévoit notamment de soutenir le déploiement rapide des compteurs intelligents et de développer des modèles d’IA souverains, entraînés sur des données européennes par des entreprises européennes.

Cependant, cette transformation numérique augmente la surface d’attaque. Les compteurs intelligents et les équipements IoT (Internet des objets) utilisés dans le pilotage des parcs solaires doivent être sécurisés dès leur conception. La Commission insiste sur le principe de « security by design » et pourrait imposer des certifications obligatoires pour les dispositifs connectés au réseau électrique.

Les centres de données : un défi énergétique et cyber

Un chapitre important du document est consacré aux centres de données, dont la demande énergétique explose avec l’essor de l’IA. Bruxelles souhaite qu’ils soient intégrés au système énergétique de manière transparente et durable. Dries Acke précise : « Les centres de données doivent être intégrés grâce à une planification plus intelligente, davantage de solutions de flexibilité et une coordination renforcée entre les parties prenantes. La combinaison du solaire et du stockage par batteries représente une excellente opportunité pour une intégration rapide et durable. »

Selon une étude récente de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation électrique des centres de données pourrait doubler d’ici 2030, représentant jusqu’à 4 % de la demande totale en Europe. L’évaluation des risques cyber inclura donc également l’impact des data centers sur la stabilité du réseau, notamment en période de pointe solaire. En cas de cyberattaque réussie contre un centre de données, la production solaire pourrait être déstabilisée si ces centres ne sont pas correctement isolés.

Quelles conséquences pour les installateurs et producteurs photovoltaïques ?

Pour les professionnels du secteur solaire, cette annonce implique une vigilance accrue sur le choix des équipements. Les onduleurs, véritables cerveaux des installations, devront probablement répondre à des exigences de cybersécurité renforcées pour être éligibles aux financements européens. Les fabricants asiatiques, qui dominent le marché mondial, pourraient être directement concernés par la restriction des fonds européens. Il est recommandé de se tourner vers des marques qui publient régulièrement des mises à jour logicielles et qui collaborent avec des organismes de certification comme BSI.

Par ailleurs, la mise en place de l’évaluation des risques pourrait obliger les exploitants à déclarer leurs actifs critiques et à auditer régulièrement leurs systèmes de contrôle. Les petites et moyennes installations, souvent moins protégées, devront se préparer à des contrôles plus stricts. En parallèle, la Commission encourage le développement de solutions de cybersécurité open source adaptées au secteur énergétique, ce qui pourrait ouvrir de nouvelles opportunités pour les startups européennes.

  • Audit des systèmes de contrôle : Vérifier les pare-feu, les protocoles de communication (Modbus, DNP3) et les accès distants.
  • Mise à jour des firmwares : S’assurer que les onduleurs et systèmes de gestion d’énergie reçoivent des correctifs réguliers.
  • Formation du personnel : Sensibiliser les techniciens aux risques de phishing et aux bonnes pratiques de sécurité.

Un contexte réglementaire en pleine évolution : la directive NIS2

La directive NIS2, transposée dans plusieurs États membres, fixe des obligations plus strictes en matière de gestion des risques et de notification des incidents pour les entreprises du secteur énergétique. Les producteurs d’électricité renouvelable, y compris les exploitants de petites centrales solaires, sont concernés. Il est donc essentiel pour les acteurs du photovoltaïque de se tenir informés des évolutions réglementaires et de mettre en conformité leurs systèmes informatiques et de contrôle.

Concrètement, les entreprises devront :

  • Identifier et cartographier leurs actifs numériques critiques.
  • Mettre en place des mesures techniques (chiffrement, authentification forte, sauvegardes) et organisationnelles (politiques de sécurité, audits).
  • Notifier les incidents graves aux autorités nationales dans un délai de 24 heures.

Pour consulter directement la feuille de route complète de la Commission européenne, rendez-vous sur ce lien.

Conclusion : vers une cybersécurité structurelle des énergies renouvelables

En résumé, l’Union européenne pose les bases d’une cybersécurité structurelle pour les énergies renouvelables. L’évaluation des risques des installations solaires et éoliennes n’est que la première étape d’un processus qui mêle sécurité, souveraineté numérique et décarbonation. Les acteurs du photovoltaïque ont tout intérêt à suivre de près ces évolutions pour adapter leurs pratiques et sécuriser leurs investissements. Les enjeux sont considérables : protéger les infrastructures critiques tout en accélérant la transition énergétique est un défi que l’Europe entend relever avec une approche coordonnée et ambitieuse.

Article rédigé par un expert en rédaction SEO du secteur photovoltaïque – avril 2025.

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