Une proposition de loi déposée au Sénat pourrait profondément modifier les règles du jeu pour le développement du photovoltaïque en France. Portée par le sénateur Michel Masset (RDSE), cette initiative vise à mettre fin au principe du « premier arrivé, premier servi » pour le raccordement au réseau électrique. L’objectif affiché est de désengorger les files d’attente, parfois saturées par des projets peu matures, et d’accélérer le déploiement effectif de l’énergie solaire en l’adaptant aux capacités réelles du réseau.

Une réforme pour adapter le solaire aux capacités du réseau

Le texte, intitulé proposition de loi visant à clarifier le déploiement de la production d’énergie solaire, entend inverser la logique actuelle. Plutôt que d’adapter en permanence le réseau aux nouveaux projets d’énergies renouvelables (EnR), il s’agirait d’adapter le développement de ces projets aux contraintes techniques et financières du réseau existant et futur. Cette approche, défendue par son auteur, doit permettre une planification plus réaliste et concertée avec les territoires.

Concrètement, l’article 1er propose de modifier l’article L.342-8 du code de l’énergie. La nouvelle rédaction donnerait à l’autorité administrative le pouvoir de prioriser les demandes de raccordement non plus par simple date de dépôt, mais en fonction de critères de maturité et de faisabilité technique des projets. L’objectif est d’éliminer les « projets fantômes » qui bloquent inutilement les files d’attente chez les gestionnaires de réseau comme Enedis ou RTE.

Des critères de priorisation à préciser

Comme le relève l’avocat spécialisé en droit de l’environnement Arnaud Gossement, la rédaction proposée est volontairement large. Elle laisse à l’État une marge d’appréciation importante pour définir les critères précis de priorisation. Parmi les éléments qui pourraient être pris en compte figurent l’avancement des études, la sécurisation du foncier, les autorisations administratives obtenues ou la solidité financière du porteur. Cette imprécision, si elle offre de la flexibilité, suscite aussi des interrogations sur la sécurité juridique pour les développeurs de projets.

L’instauration d’une étude préalable obligatoire

Pour accompagner ce changement de paradigme, l’article 2 de la proposition de loi crée une nouvelle obligation : une étude préalable de faisabilité pour tout projet d’électricité renouvelable devant être raccordé au réseau public. Cette étude, dont les modalités seraient précisées par décret, aurait pour mission d’informer le porteur de projet sur trois points clés :

  • La faisabilité technique du raccordement.
  • Une estimation du coût.
  • Une estimation du délai.

Ce nouvel outil, qui serait intégré au code de l’énergie sous l’article L.342-24-1, vise à apporter de la transparence en amont. Il permettrait aux porteurs de projets de savoir très tôt si leur initiative a de réelles chances d’aboutir et dans quelles conditions, avant d’engager des dépenses significatives.

Un outil d’information et de régulation

L’étude préalable n’est pas qu’un simple service au développeur. Analysée conjointement avec le nouvel article L.342-8, elle apparaît comme un instrument de régulation. En fournissant une vision claire des contraintes de raccordement, elle pourrait naturellement inciter à l’abandon des projets les moins viables et orienter les investissements vers les zones où le réseau a la capacité d’accueillir de nouvelles productions. Cette mesure rejoint les réflexions engagées par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) sur l’optimisation des files d’attente.

Perspectives et enjeux de la proposition de loi

Ce texte, actuellement en attente d’examen en commission, ouvre un débat crucial sur la manière d’accélérer la transition énergétique de façon pragmatique. Ses partisans y voient une solution pour débloquer les raccordements et atteindre plus efficacement les objectifs de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE). Ses détracteurs pourraient craindre une complexification administrative ou un frein à l’initiative des petits porteurs de projets.

La clé du succès résidera dans l’équilibre trouvé entre une nécessaire sélectivité pour fluidifier le processus et le maintien d’un environnement incitatif pour tous les acteurs, des grandes centrales au sol aux installations en toiture. La précision des futurs critères de priorisation et le coût de l’étude préalable seront donc des points de vigilance majeurs pour le secteur des énergies renouvelables.

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