Tribune / La loi ENR offre l’opportunité d’accroître notre résilience énergétique - PV SOLAIRE ÉNERGIE

Tribune / La loi ENR offre l’opportunité d’accroître notre résilience énergétique

Par Christophe Bourgueil, Responsable du développement des solutions de transition énergétique et de stockage d’énergie, Eaton France
La loi ENR relative à l’accélération des énergies renouvelables, entrée en vigueur au 1er juillet 2023 va imposer progressivement à tous les propriétaires de parking extérieurs de plus de 1500 m² de s’équiper de générateurs photovoltaïques couvrant 50% de la surface du parking, et ce, jusqu’en 2028. Pour la première fois, des pénalités de non-respect d’application de la loi sont prévues.  Elle vise une production locale d’énergie renouvelable, indépendante de la fluctuation des coûts de l’énergie, permettant également de renforcer l’autonomie énergétique tout en décarbonant l’économie. Cette loi revêt une importance particulière, car c’est la première fois qu’une loi s’applique à des bâtiments existants (stock) et non aux constructions neuves ou aux rénovations lourdes. Cette loi s’insère totalement dans la transition énergétique européenne et mondiale et ouvre ainsi, la voie vers l’autoconsommation. Mais elle n’est pas sans enjeux.
Un déploiement rapide pour de multiples usages à définir
Les ombrières de parkings représentent un indéniable gisement pour le solaire. Installées sur des sols déjà artificialisés, elles ne génèrent aucun conflit d’usage. De plus, elles apportent un confort aux usagers, prodiguant un abri contre les rayons solaires et les intempéries ; et disposent de nombreux avantages, notamment sur les délais d’installation qui sont en moyenne de 18 mois, contre plus de cinq ans pour une centrale au sol. Avec la loi ENR, qui incite les propriétaires de parkings à l’installation de panneaux solaires sur ombrières, nous sommes donc sur un cycle vertueux.
Mais, l’application de cette loi va engendrer la multiplication de production d’énergie décentralisée, sans pour autant prévoir son utilisation. C’est donc une opportunité pour développer des solutions d’optimisation de l’énergie produite localement. La question des usages donc être soulevée, afin de pouvoir optimiser la gestion de cette énergie renouvelable produite localement, et de l’exploiter au mieux.
L’association de panneaux photovoltaïques et d’infrastructures de recharges pour VE, qui contribue notamment à la mobilité propre, doit être pensée. Ainsi, l’énergie verte produite par les ombrières photovoltaïques sera directement valorisée par la recharge VE.  Des systèmes de stockage, de gestion et d’optimisation de l’énergie (BEMS) peuvent également être mis en place pour gérer l’électricité produite de manière optimale et répondre aux besoins de flexibilité du réseau. L’ensemble de ces solutions constituent une réponse aux risques de saturation du réseau liés à la multiplication et à la concentration de ces générateurs PV, et elles sont la clé d’un circuit vertueux vers l’autoconsommation. Les propriétaires de parkings ont eux aussi des avantages à en tirer.  
Une opportunité pour les gestionnaires de parkings
L’enjeu revêt une grande importance pour les propriétaires de parking, car ils se voient confrontés à des obligations et des investissements imprévues. La sanction financière prévue en cas de non-respect de cette obligation variera entre 20 000 et 40 000€ en fonction de la taille des parkings. Cependant, les propriétaires devraient considérer cette loi comme une opportunité, celle de diminuer leurs dépenses énergétiques et de générer des revenus additionnels en proposant par exemple des services de recharge.
Afin de soutenir cette transition et d’apporter un soutien aux propriétaires fonciers, des systèmes de financements existent. En effet, des solutions telles que le leasing ou le tiers investisseurs (avec un partenaire énergéticien ou un spécialiste du photovoltaïque), permettent aux plus petites structures de se conformer à cette loi. De plus, les coûts de cet investissement peuvent être optimisés. Si l’installation de générateurs PV nécessite des travaux de voiries et réseaux divers (VRD) et de câblage coûteux, les coûts d’installation peuvent être mutualisés avec l’installation d’infrastructures de recharge pour véhicules électriques (IRVE), offrant des perspectives de revenus supplémentaires.
Il est également possible d’anticiper les coûts grâce à des outils de simulation pour modéliser à la fois les performances électriques, mais aussi la rentabilité d’un projet prévoyant l’installation de générateurs PV et d’infrastructures de recharge pour véhicules électriques. Ces outils simulent la mise en place d’un générateur photovoltaïque, les impacts des infrastructures de bornes VE que l’on veut mettre en place ; permettent de prendre en considération les consommations des bâtiments existants et de dimensionner les solutions de stockage afin d’optimiser la solution globale.
Le chemin vers l’autoconsommation
Grâce aux générateurs PV, il devient possible de stabiliser ses coûts d’approvisionnement énergétique pour 20 ans. Cette stabilité offre une meilleure visibilité sur des dépenses énergétiques, à l’abri de la fluctuation des prix, dans un contexte où les prix de l’énergie sont très fluctuants.
Certaines entreprises y ont adopté des solutions. Un exemple concret est celui de La Poste, qui a mis en place un projet pilote de microgrid. Ce projet tire parti de l’énergie produite par des ombrières photovoltaïques (et stockée via un système de stockage d’énergie), pour recharger ses véhicules, tout en alimentant un bâtiment du site pendant les heures de pointe, quand les prix sont élevés sur le réseau électrique.
La loi ENR est une voie engageante pour accroître la capacité de production d’énergie verte en France, car elle créée une contrainte vertueuse nécessaire pour se détacher des combustibles fossiles. Le chemin tout tracé vers ces nouvelles capacités de production d’énergie décentralisées est bien sûr l’autoconsommation.
Pour renforcer l’impact de cette loi en France, il est essentiel de la compléter par un plan de développement de l’autoconsommation, intégrant notamment le stockage d’énergie. C’est le cas, par exemple, de nos voisins espagnols, qui ont mis en place une politique efficace de sensibilisation, de soutien et d’incitation avec un volet de subvention et d’accompagnement financier, comprenant des aides pour le stockage énergétique. Grâce à cela, l’Espagne a largement accéléré sa transition énergétique et l’adoption de l’autoconsommation par ces concitoyens.
A l’avenir, les solutions de stockage joueront un rôle crucial pour optimiser l’utilisation des installations photovoltaïques, atténuer les contraintes sur le réseau électrique et répondre aux enjeux de flexibilité du réseau. Dans cette perspective, l’exploitation du potentiel de l’investissement privé serait judicieuse, afin de réduire la nécessité d’investissements lourds dans les réseaux publics ; d’autant plus que la France est confrontée à d’importants défis de financement. En encourageant l’investissement privé dans les solutions de stockage, nous pourrions bénéficier d’une approche économiquement viable tout en assurant une gestion équilibrée de notre réseau électrique, préparant ainsi le terrain pour un avenir énergétique plus résilient et durable.

    

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