Avec 105 000 visiteurs professionnels venus de 163 pays, The smarter E Europe 2026 a confirmé son statut de plus grande alliance européenne de salons dédiée au secteur de l’énergie. Pendant trois jours, les 19 halls d’exposition du parc des expositions de Munich ont vibré au rythme des innovations solaires, du stockage intelligent et de la mobilité électrique. L’ambiance était électrique, portée par un constat partagé par tous les acteurs présents : les énergies fossiles appartiennent au passé et l’avenir énergétique est résolument renouvelable.
Cette édition a marqué un tournant dans la perception du secteur. Là où les précédentes éditions mettaient surtout l’accent sur les promesses technologiques, celle de 2026 a démontré que les solutions sont déjà opérationnelles et rentables. Les retours d’expérience des exposants et des conférenciers ont montré une filière mature, capable de répondre aux défis de la transition énergétique à grande échelle.
Le temps fort de cette édition était sans conteste l’exposition spéciale « Renewables 24/7 – Secure Energy for a Changing World ». Ce concept, guidé par l’expert en énergie Tim Meyer, a démontré comment un système 100 % renouvelable peut fonctionner en continu, sans faille et à coût réduit. Le message était clair : le système énergétique de demain sera plus électrique, plus décentralisé, plus numérique et surtout plus flexible.
L’énergie ne proviendra plus de quelques grandes centrales, mais de millions d’installations interconnectées : toits solaires, parcs éoliens, batteries domestiques et véhicules électriques. Chaque bâtiment devient un mini-centre de production et de stockage. Chaque voiture électrique, grâce à la recharge bidirectionnelle, peut servir de batterie mobile pour stabiliser le réseau. Cette vision, partagée par Bastian Gierull, CEO d’Octopus Energy Germany, repose sur un principe simple : consommer l’électricité quand elle est abondante et bon marché, et la stocker ou la réinjecter quand elle est rare et chère.
Selon une étude récente de l’Agence internationale de l’énergie (IEA), la flexibilité des réseaux sera le facteur clé de la décarbonation d’ici 2030, avec un besoin de stockage multiplié par 10 dans les principales économies mondiales.
Aujourd’hui, environ 60 % de la production électrique allemande provient déjà de sources renouvelables, selon les données de l’Office fédéral de l’environnement (UBA). Le pays dépense encore 80 milliards d’euros chaque année pour importer des énergies fossiles, une somme qui pourrait être réinvestie dans les infrastructures vertes. Les crises géopolitiques récentes ont montré les limites de cette dépendance : vulnérabilité chantage et instabilité des prix.
Pour Markus Elsässer, fondateur et directeur de Solar Promotion GmbH, le constat est sans appel : « Les énergies fossiles sont en voie de disparition. Les renouvelables sont synonymes de fiabilité, de résilience et d’efficacité. Ils constituent un choix économiquement rationnel. » Jens Mohrmann, directeur de la FWTM, ajoute que le focus sur « Renewables 24/7 » est tombé au bon moment, prouvant que le salon anticipe les tendances structurelles du marché.
La transition énergétique ne se limite pas à la décarbonation. Elle représente un levier économique considérable. En Allemagne, près de 440 000 emplois sont déjà liés aux énergies renouvelables, selon le ministère fédéral de l’Environnement. Rita Schwarzelühr-Sutter, secrétaire d’État parlementaire, a rappelé lors de son discours que ce n’est plus seulement une question de climat : c’est une question de croissance, de souveraineté nationale et de résilience économique.
Dans l’Union européenne, la filière photovoltaïque emploie plus de 300 000 personnes en 2026, d’après SolarPower Europe. Ce chiffre devrait doubler d’ici 2030 si les objectifs du plan REPowerEU sont maintenus. La baisse des coûts des panneaux solaires et des batteries rend ces technologies accessibles à un nombre croissant de particuliers et d’entreprises.

Malgré ces succès, des doutes persistent. Une table ronde animée par Tim Meyer a exploré la question : « La transition énergétique échoue-t-elle dans les têtes ? » La conclusion fut édifiante : dans la société, l’acceptation est massive et même enthousiaste. Ce sont surtout certains décideurs politiques et économiques qui bloquent encore le mouvement, par peur du changement ou par intérêts conservateurs.
Pourtant, les technologies sont prêtes. Les modèles d’affaires existent. Les citoyens sont prêts. Ce que montre The smarter E Europe, c’est que le défi n’est plus technique mais politique. Le salon a servi de plateforme pour aligner les visions et accélérer les décisions. Comme l’a souligné un intervenant : « La révolution énergétique est en marche. Nous pouvons la freiner, mais nous ne pouvons pas l’arrêter. »
Au sein de cette grande alliance, le salon Intersolar Europe a tenu une place centrale. Il a mis en lumière les dernières innovations en matière de panneaux solaires haute efficacité, d’onduleurs nouvelle génération et de systèmes de monitoring intelligents. Plusieurs exposants ont présenté des panneaux à base de pérovskite, annonçant des rendements records dépassant les 30 % en laboratoire. Ces avancées, combinées à la baisse des coûts de production, rendent le solaire toujours plus compétitif.
La complémentarité avec le salon ees Europe (batteries et stockage) a été frappante. Les solutions de stockage résidentiel et industriel étaient au cœur des discussions. Avec la croissance du véhicule électrique, la recharge bidirectionnelle (V2G) s’impose comme une solution clé pour équilibrer le réseau sans investissements massifs dans des infrastructures spécifiques.
EM-Power Europe, dédié à la gestion de l’énergie, a montré comment les systèmes de gestion intelligente (EMS) permettent d’optimiser la consommation en temps réel. Les plateformes numériques connectent producteurs, consommateurs et stockeurs dans un écosystème fluide et automatisé.
Munich a envoyé au monde un message fort : l’avenir énergétique est renouvelable, décentralisé et interconnecté. Les technologies existent, les modèles économiques sont viables, et la demande sociétale est là. Le rôle des salons comme The smarter E Europe est désormais de convaincre les derniers réticents et d’accélérer la mise en œuvre des solutions à grande échelle.
La prochaine édition est déjà annoncée du 8 au 10 juin 2027. D’ici là, les acteurs du secteur continueront de déployer leurs solutions, portés par l’élan de cette édition historique.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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