La transition énergétique des îles françaises franchit une étape majeure. Début février, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a dévoilé les lauréats de son appel à projets pour le stockage d’électricité en Guadeloupe. Cinq installations, portant sur une puissance de 32 MW et une capacité de 170 MWh, ont été sélectionnées pour sécuriser le réseau et accélérer le déploiement des énergies renouvelables.

Le stockage, une solution vitale pour les zones non interconnectées

En Guadeloupe, comme dans les autres Zones Non Interconnectées (ZNI) au réseau métropolitain, la production d’électricité est plus coûteuse. Pour garantir aux consommateurs un prix identique à celui de l’Hexagone, un mécanisme de péréquation tarifaire existe. Le surcoût est compensé par les Charges de Service Public de l’Énergie (CSPE).

Le stockage d’électricité est un levier stratégique pour réduire ces surcoûts. En lissant la production intermittente des énergies solaire et éolienne, il limite le recours aux centrales thermiques fossiles, souvent mobilisées en appoint. Cette optimisation du système électrique permet de réaliser d’importantes économies à long terme sur les charges de service public.

Un appel d’offres très compétitif avec des coûts en baisse

Lancé le 18 décembre 2024, le guichet de saisine guadeloupéen a suscité un vif intérêt auprès des développeurs. Sur les 14 dossiers déposés (totalisant 84,7 MW), cinq projets portés par quatre sociétés ont été retenus, dépassant légèrement l’objectif de 30 MW fixé par la CRE.

Cette édition confirme une tendance forte : la baisse significative des coûts. Le coût d’investissement (CAPEX) moyen des projets s’élève à 698 €/kW et leur coût d’exploitation annuel (OPEX) à 42 €/kW/an. Cela représente une diminution d’environ 25% par rapport aux précédents appels d’offres similaires en Martinique et à La Réunion. Cette compétitivité accrue s’explique notamment par la chute du prix des batteries et l’optimisation des coûts de raccordement.

Caractéristiques techniques des projets lauréats

Tous les projets retenus reposent sur la technologie lithium-ion, la plus mature pour le stockage stationnaire à grande échelle. Ils fourniront principalement deux services au réseau :

  • Le report de charge (ou lissage) : Stocker l’énergie aux heures de forte production renouvelable pour la restituer lors des pics de consommation.
  • La réserve primaire de fréquence : Intervenir en quelques secondes pour stabiliser la fréquence du réseau électrique, avec une limite de 5 MW par projet.

À ce stade, aucun des projets ne propose de service d’inertie synthétique, une fonction plus complexe visant à maintenir la stabilité du réseau.

Un impact économique positif de plus d’un milliard d’euros

Selon les estimations de la CRE, le soutien à ces cinq installations représentera un coût de 65 millions d’euros en charges de service public sur toute leur durée de vie. Cependant, cet investissement est largement compensé par les économies générées.

En permettant une meilleure intégration des renouvelables et en réduisant le fonctionnement des moyens de production thermique coûteux, ces projets devraient éviter environ 1,41 milliard d’euros de surcoûts de production. Le bilan net est ainsi très positif, avec des économies nettes évaluées à 1,347 milliard d’euros sur les 15 prochaines années.

Et après ? La Corse et la Guyane dans le viseur

Cette dynamique en faveur du stockage dans les ZNI se poursuit. La CRE indique que l’instruction des dossiers déposés dans le cadre du guichet ouvert simultanément en Corse est toujours en cours, avec une publication des résultats attendue dans les prochaines semaines.

Par ailleurs, l’institution a annoncé qu’elle communiquera prochainement sur l’organisation du prochain appel à projets, qui concernera cette fois des installations de stockage situées en Guyane. Cette succession d’appels d’offres illustre la feuille de route ambitieuse de la France pour sécuriser et décarboner l’approvisionnement électrique de ses territoires insulaires et ultramarins, conformément aux objectifs de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE).


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