Le partenariat entre Envision Energy et Kallista Energy franchit une nouvelle étape significative dans le domaine du stockage d’énergie en France. Les deux entreprises ont officiellement lancé les travaux d’un important système de stockage par batteries (BESS) sur la commune de Neuilly-en-Thelle, située dans le département de l’Oise, en région Hauts-de-France. Cette infrastructure d’envergure affiche une puissance impressionnante de 193 mégawatts (MW) pour une capacité totale de 386 mégawattheures (MWh), positionnant ce projet parmi les plus ambitieux du territoire national.
Le calendrier annoncé par les promoteurs prévoit une mise en service commerciale avant le printemps 2028. Les premiers travaux de construction ont démarré au début du mois de juillet 2026, marquant le début d’une phase opérationnelle intense qui s’étalera sur près de deux ans. Ce projet représente le deuxième développement conjoint d’Envision Energy et Kallista Energy en France, après celui de Saleux, dont la construction avait été lancée en 2025. Cette succession de projets témoigne d’une stratégie industrielle cohérente et d’une montée en puissance progressive des acteurs sur le marché français du stockage stationnaire.
Avec ses 193 MW de puissance installée et sa capacité de stockage de 386 MWh, l’installation de Neuilly-en-Thelle a été spécifiquement conçue pour délivrer sa puissance maximale pendant une durée d’environ deux heures. Cette configuration technique, connue sous le terme de « stockage de deux heures », constitue un standard industriel particulièrement adapté aux besoins de stabilisation du réseau électrique. Une fois opérationnelle, l’infrastructure jouera un rôle crucial dans les services de flexibilité du système électrique français, notamment en participant activement aux mécanismes de régulation de fréquence opérés via les marchés de réserve proposés par RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité.
Les promoteurs du projet mettent en avant des chiffres éloquents : la capacité énergétique de l’installation équivaudrait à la consommation électrique quotidienne d’environ 30 000 foyers français. Cette comparaison illustre l’ampleur du dispositif et son potentiel à contribuer significativement à l’équilibre entre production et consommation d’électricité. Le stockage permet en effet de rapprocher temporellement l’offre et la demande, une fonction de plus en plus essentielle à mesure que les énergies renouvelables variables, comme l’éolien et le solaire photovoltaïque, prennent une part croissante dans le mix électrique national.
L’enjeu est double pour les partenaires industriels. D’une part, il s’agit de faciliter l’intégration massive des énergies renouvelables dans le réseau. D’autre part, le stockage accompagne l’électrification croissante des usages, qu’il s’agisse de la mobilité électrique, du chauffage ou des processus industriels. Johann Tardy, président-directeur général de Kallista Energy, insiste sur cette dualité : les batteries constituent selon lui un levier stratégique majeur pour permettre simultanément le développement soutenu des énergies propres et l’émergence de nouveaux usages électriques dans tous les secteurs de l’économie.
Le choix technologique s’est porté sur des cellules lithium-fer-phosphate (LFP), une chimie reconnue pour sa stabilité thermique, sa longévité et son excellente tenue en cyclage. Ces cellules seront fournies par Envision AESC, filiale du groupe Envision Energy spécialisée dans la fabrication de batteries de nouvelle génération. Le système complet de stockage sera intégré par Envision Energy, qui assurera également le suivi technique du projet pendant l’intégralité de son cycle de vie, soit une période annoncée de 25 années d’exploitation. Cette maintenance de long terme inclut notamment la gestion du recyclage des batteries en fin de vie, un aspect désormais incontournable dans une logique d’économie circulaire et de responsabilité environnementale.
L’un des atouts majeurs de ce projet réside dans sa dimension résolument locale. Envision Energy souligne en effet la proximité de sa gigafactory d’une capacité de production de 10 GWh, implantée également dans les Hauts-de-France et opérationnelle depuis juin 2025. Cette proximité géographique entre le lieu de fabrication des cellules et le site de stockage constitue un avantage logistique et économique considérable. Le groupe entend ainsi combiner de manière vertueuse fabrication des batteries, intégration des systèmes complets et maintenance à long terme, créant un écosystème industriel complet dans la région.
Cette synergie entre production industrielle locale et déploiement d’infrastructures de stockage représente un signal fort pour le tissu économique des Hauts-de-France. Elle illustre la capacité de la région à attirer des investissements dans les technologies de pointe liées à la transition énergétique et à créer des emplois durables et qualifiés sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production de cellules à la maintenance des installations.

Le projet de Neuilly-en-Thelle, avec son stockage de près de 400 MWh, symbolise un tournant majeur pour le marché français des batteries stationnaires. Historiquement, la France a accusé un certain retard dans le déploiement de ces infrastructures par rapport à d’autres pays européens comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni. Cependant, la dynamique s’accélère considérablement : les acteurs industriels multiplient les annonces et les mises en service, portés par un cadre réglementaire de plus en plus favorable et des besoins croissants du système électrique.
À mesure que les productions éolienne et photovoltaïque progressent dans le mix énergétique français, les actifs de stockage deviennent une composante structurelle et indispensable de la flexibilité du réseau. Ils peuvent absorber l’électricité produite en excédent lors des périodes d’abondance éolienne ou de fort ensoleillement, puis la restituer intelligemment lorsque l’équilibre du réseau l’exige, notamment lors des pics de consommation du matin et du soir. Cette capacité à lisser les variations de production constitue la pierre angulaire d’un système électrique décarboné et fiable.
Le développement rapide du stockage en France s’inscrit également dans un contexte européen volontariste. La Commission européenne a fixé des objectifs ambitieux en matière de flexibilité du réseau, et la France travaille actuellement à l’adaptation de son cadre de marché pour valoriser pleinement les services rendus par ces infrastructures. Les appels d’offres dédiés au stockage et les évolutions des mécanismes de rémunération des services systémiques devraient contribuer à accélérer encore le rythme des déploiements dans les prochaines années.
Pour les acteurs historiques comme pour les nouveaux entrants, l’enjeu est désormais de passer à l’échelle industrielle. Le projet de Neuilly-en-Thelle en est une illustration concrète : il démontre qu’il est possible de monter des infrastructures de grande capacité dans des délais maîtrisés, en s’appuyant sur des technologies éprouvées et une filière industrielle européenne en cours de constitution. La région des Hauts-de-France, avec sa gigafactory et ses nombreux projets éoliens et solaires, se positionne ainsi comme un territoire pionnier de la transition énergétique française.
Le développement conjoint de projets par Envision Energy et Kallista Energy témoigne enfin de la maturité croissante du modèle économique du stockage stationnaire. Les revenus générés par les services de flexibilité, combinés aux opportunités d’arbitrage sur les marchés de l’électricité, permettent désormais de structurer des business models viables et pérennes. Dans un contexte de volatilité accrue des prix de l’électricité et de montée en puissance des énergies renouvelables, les infrastructures de stockage apparaissent comme des investissements stratégiques de premier plan pour garantir la sécurité d’approvisionnement et la stabilité du système électrique français de demain.
RTE publie régulièrement des données détaillées sur les besoins de flexibilité du réseau et l’évolution des mécanismes de réserve. Par ailleurs, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) met à disposition les informations relatives aux appels d’offres et aux évolutions réglementaires concernant le stockage d’électricité en France. Enfin, pour des analyses approfondies sur les tendances du marché européen du stockage, les publications de pv magazine France constituent une source d’information précieuse.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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