Après une année 2025 marquée par des tensions sur les chaînes d’approvisionnement et une forte volatilité des coûts, le secteur du stockage d’énergie entrevoit 2026 comme un tournant. Un consensus émerge : si la technologie lithium-ion restera dominante, elle ne pourra plus, à elle seule, répondre à la complexité des nouveaux besoins du système électrique. La montée en puissance de l’intelligence artificielle, la croissance exponentielle des centres de données, les impératifs de sécurité énergétique et les nouvelles règles industrielles, notamment aux États-Unis, redessinent en profondeur les priorités. La diversification technologique des batteries s’impose désormais comme un enjeu stratégique majeur pour la résilience et la transition énergétique.
Historiquement cantonné à des niches, le stockage de longue durée (LDES) est en passe de devenir un élément structurant des mix énergétiques modernes. L’enjeu est d’aligner la production intermittente des énergies renouvelables avec une demande industrielle de plus en plus exigeante. Comme le souligne un rapport de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), le déploiement de ces technologies est crucial pour décarboner les systèmes électriques.
Giovanni Damato, président de CMBlu Energy, estime qu’à l’horizon 2026, la combinaison d’une plus grande diversité technologique et de la baisse des coûts fera du stockage de longue durée un pilier essentiel des stratégies énergétiques. Cette évolution est notamment portée par les centres de données, qui requièrent une alimentation fiable et prolongée. Jim Spencer, d’Exus Renewables, confirme la progression de la demande pour des solutions hybrides associant production renouvelable et stockage, capables d’assurer à la fois la stabilité du réseau et une alimentation de secours résiliente.
Les risques accrus liés aux événements climatiques extrêmes, comme les incendies de forêt, remettent la sécurité au premier plan. Bien qu’un basculement réglementaire majeur ne soit pas attendu pour 2026, Eugene Beh, directeur général de Quino Energy, anticipe que les autorités pourraient commencer à valoriser explicitement les chimies de batteries non inflammables dans les appels d’offres et les processus d’autorisation.
Ce contexte offre une nouvelle crédibilité aux technologies alternatives au lithium, telles que les batteries à flux ou les batteries au sodium. Plusieurs industriels préparent déjà des capacités de production. La convergence des chaînes d’approvisionnement entre le véhicule électrique et le stockage stationnaire pourrait accélérer cette dynamique, en favorisant des solutions plus locales et plus sûres, intrinsèquement adaptées à une logique d’économie circulaire.
La baisse continue des prix des batteries lithium-ion reste un frein à court terme à la compétitivité des alternatives. Cependant, comme le souligne Eugene Beh, le coût unitaire pourrait perdre son statut de facteur déterminant face aux tensions géopolitiques et aux risques de dépendance à des zones de production spécifiques. La sécurisation des approvisionnements en matières premières critiques devient une priorité stratégique, tant aux États-Unis qu’en Europe.
Dans cette optique, le recyclage et le traitement domestique des matériaux montent en puissance. L’exportation des déchets de batteries pour retraitement à l’étranger apparaît de plus en plus incompatible avec les objectifs de souveraineté industrielle. D’ici 2026, la capacité à boucler localement la chaîne de valeur, de la collecte au recyclage et à la fabrication de nouvelles cellules, pourrait constituer un avantage compétitif décisif. L’initiative européenne Critical Raw Materials Act vise précisément à renforcer cette autonomie.
L’explosion de la demande liée à l’intelligence artificielle et aux centres de données élève radicalement le niveau d’exigence pour les systèmes de stockage. Il ne s’agit plus seulement de fournir de la capacité, mais de garantir une fiabilité démontrable, une haute densité énergétique et des fonctions avancées de gestion du réseau, le tout en répondant aux critères stricts de « bancabilité » des investisseurs.
Andrew Gilligan, de Fluence, observe que les clients demandent désormais des systèmes capables d’exécuter des services réseau complexes. Certaines technologies, comme les batteries à flux redox, sont particulièrement étudiées pour les usages intensifs des data centers en raison de leur longue durée de vie et de leur résistance aux cycles de charge/décharge fréquents. Parallèlement, l’intégration de l’IA dans la gestion optimisée des parcs de batteries et dans les procédés de fabrication ouvre la voie à des systèmes plus intelligents et adaptatifs.
En Europe, ces tendances mondiales s’inscrivent dans un cadre réglementaire spécifique, marqué par la quête de souveraineté technologique et industrielle. Dans un système électrique interconnecté, avec une part croissante d’énergies renouvelables variables, le stockage de longue durée est vu comme un levier de flexibilité complémentaire. En France, il doit notamment s’articuler avec le parc nucléaire historique.
Les exigences accrues en matière de sécurité, d’acceptabilité locale et de résilience climatique renforcent l’intérêt pour des alternatives au lithium-ion, notamment pour les infrastructures critiques. La capacité de l’Europe à structurer des filières industrielles diversifiées et locales, soutenue par le Règlement Batteries, conditionnera son autonomie stratégique et sa compétitivité à l’horizon 2026.
L’année 2026 ne marquera probablement pas une rupture brutale, mais plutôt l’accélération d’une diversification déjà à l’œuvre. Le paysage du stockage d’énergie évoluera vers un écosystème où le lithium-ion cohabitera avec des solutions de longue durée, des chimies plus sûres et non inflammables, et des chaînes d’approvisionnement plus courtes et circulaires. Pilotée par les impératifs de sécurité, de résilience et par les nouveaux usages numériques, cette transition est une étape décisive vers la construction de systèmes énergétiques plus robustes, flexibles et durables.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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