La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a récemment annoncé la sélection de cinq projets de stockage d’électricité en Corse, marquant une étape importante pour l’intégration des énergies renouvelables dans cette île méditerranéenne. Lancé le 18 décembre 2024 dans le cadre d’un guichet de saisine dédié aux zones non interconnectées (ZNI), ce dispositif concernait également la Guadeloupe. Avec une puissance cumulée de près de 50 MW et une capacité de stockage de plus de 170 MWh, ces installations permettront de réduire la dépendance aux centrales thermiques et d’optimiser l’utilisation du solaire photovoltaïque, en plein essor sur l’île.
La Corse fait partie des zones non interconnectées (ZNI) où la production d’électricité repose encore en grande partie sur des centrales thermiques fossiles (notamment celles de Lucciana et du Ricanto) et sur des liaisons sous-marines (SACOI, SARCO) avec l’Italie et la Sardaigne. Ces solutions de secours sont coûteuses et émettrices de CO₂. Pour atteindre l’objectif d’un mix électrique 100 % renouvelable à l’horizon 2050, la Corse doit massivement développer le stockage d’électricité, indispensable pour gérer l’intermittence du solaire et de l’éolien. Selon la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) de la Corse, le photovoltaïque devrait représenter plus de 40 % de la production locale d’ici 2028, contre environ 15 % aujourd’hui. Le stockage devient donc un levier clé pour éviter l’écrêtement de la production solaire et stabiliser le réseau.
La CRE a retenu cinq projets portés par quatre sociétés mères, répartis en deux catégories :
La mise en service de ces équipements est prévue entre 2029 et 2030. Les contrats de soutien (via les charges de service public de l’énergie) s’échelonneront sur 15 ans pour les batteries et 30 ans pour les STEP, avec des échéances allant de 2044 à 2059.
La CRE note que le guichet a reçu six dossiers complets pour les batteries, portés par un nombre restreint d’acteurs, ce qui a limité la concurrence. Toutefois, les coûts présentés par les porteurs de projets sont nettement inférieurs à ceux observés lors des précédents appels d’offres en Guadeloupe, Martinique et La Réunion : jusqu’à 16 % de moins qu’en Guadeloupe et environ 45 % de moins qu’à La Réunion ou en Martinique. Cette tendance reflète la baisse continue du coût des batteries électrochimiques, notamment grâce à l’effet d’échelle et aux innovations technologiques.
Selon la CRE, l’ensemble des projets (STEP et batteries) offrent un service d’arbitrage qui améliore considérablement l’insertion des énergies renouvelables, en particulier du photovoltaïque. En l’absence de ces moyens de stockage, l’écrêtement solaire – c’est-à-dire la part de production photovoltaïque perdue faute de capacité d’absorption – atteindrait près de 15 % à l’horizon 2038. Avec les cinq nouvelles installations, cette valeur tombe sous la barre des 5 %, permettant d’économiser des millions d’euros en surcoûts de production thermique et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Concrètement, un meilleur lissage de la production solaire permet de solliciter moins fréquemment les centrales thermiques de Lucciana et du Ricanto, ainsi que les turbines à combustion. Les liaisons SACOI et SARCO, dont le coût variable est inférieur à celui des centrales fossiles, peuvent également être davantage utilisées, ce qui réduit encore la facture énergétique de l’île.

Les STEP, grâce à leur grande capacité et à leur temps de réponse mesuré en minutes, ajoutent de l’inertie au système électrique. Cela est particulièrement précieux dans une île où les variations de fréquence peuvent être brutales. La STEP Saint Antoine, avec son compensateur synchrone, illustre cette fonction. Les batteries électrochimiques, quant à elles, interviennent en réserve primaire : elles peuvent réagir en quelques millisecondes pour maintenir la stabilité du réseau.
Le mécanisme de péréquation tarifaire permet aux consommateurs corses de payer l’électricité au même prix qu’en France continentale, malgré des coûts de production locaux beaucoup plus élevés. La différence est compensée par les charges de Service Public de l’Énergie (SPE), financées par l’ensemble des consommateurs français. Tout projet qui réduit les surcoûts de production en ZNI contribue donc à alléger la facture collective.
La CRE estime que les cinq projets retenus entraîneront des charges de SPE de 181,6 millions d’euros sur toute leur durée de vie contractuelle. En parallèle, ils permettront d’éviter environ 535,3 millions d’euros de surcoûts de production liés aux centrales thermiques et aux imports. Soit une économie nette de 353,7 millions d’euros pour la collectivité sur 30 ans. Ces chiffres confirment la rentabilité socio-économique du stockage dans les territoires insulaires, même si les coûts d’investissement restent élevés.
La CRE a indiqué qu’elle communiquera prochainement sur l’organisation d’un nouveau guichet de saisine pour la Guyane, autre ZNI confrontée à des défis énergétiques similaires. Ce territoire, riche en ressources solaires et hydrauliques, a également besoin de solutions de stockage pour accompagner la transition énergétique. Les leçons tirées des guichets corses et guadeloupéens (notamment sur les coûts et l’organisation de la concurrence) serviront à affiner le dispositif.
Pour en savoir plus sur les ZNI et les politiques de stockage, vous pouvez consulter :
Article mis à jour le 10 avril 2025

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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