La loi APER et ses premières obligations pour les parkings

Adoptée en mars 2023, la loi d’accélération de la production des énergies renouvelables (APER) impose depuis le 1er juillet 2026 à tous les parkings extérieurs de plus de 10 000 m² d’être équipés d’ombrières photovoltaïques sur au moins la moitié de leur superficie. Cette mesure vise à exploiter le potentiel solaire des vastes surfaces artificialisées que représentent les parkings commerciaux, logistiques ou industriels. Selon les estimations du ministère de la Transition énergétique, entre 10 000 et 11 000 sites sont concernés par cette première échéance, soit un gisement de plusieurs gigawatts-crête (GWc) d’énergie solaire à déployer.

Un niveau de conformité jugé très insuffisant

À l’approche de la date butoir, les professionnels du secteur constatent un retard significatif dans la mise en œuvre des projets. Pierre-Marie Berlingeri, directeur général de Girasole Energies, indique que « la filière est unanime : nous sommes très loin de l’objectif initial ». De son côté, Edouard Roblot, directeur Énergies solaires du groupe Idex, estime que seulement 10 à 15 % des parkings éligibles sont aujourd’hui en conformité avec la réglementation. Ce chiffre, bien que non officiel, est régulièrement repris par les acteurs du photovoltaïque pour alerter sur l’écart entre la loi et la réalité du terrain.

Absence de données consolidées

L’absence d’un observatoire officiel piloté par l’Ademe, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) ou le ministère complique le suivi du déploiement. Les professionnels dénoncent régulièrement ce manque de transparence, qui empêche d’ajuster efficacement la politique publique et freine la prise de décision des propriétaires de parkings. Sans indicateur fiable, il est difficile d’évaluer l’ampleur exacte du retard et d’identifier les freins prioritaires.

Les causes structurelles du retard

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Le premier est lié aux délais de raccordement au réseau électrique. Enedis recense actuellement près de 10 GW de projets photovoltaïques en attente de raccordement, avec des délais compris entre douze et dix-huit mois selon les régions. Comme le souligne Pierre-Marie Berlingeri, « un gestionnaire de parking qui n’a pas lancé son projet avant 2025 ne pouvait matériellement pas être raccordé pour juillet 2026 ». Ce goulot d’étranglement structurel est régulièrement pointé du doigt par le Syndicat des énergies renouvelables (SER), qui appelle à une accélération des procédures.

Instabilité réglementaire et reports

Entre l’adoption de la loi APER et les ajustements apportés par la loi Huwart en novembre 2025, les règles ont évolué à plusieurs reprises. La loi Huwart a notamment introduit une plus grande flexibilité : les parkings peuvent désormais combiner ombrières photovoltaïques (au moins 17,5 % de la surface totale) et végétalisation pour atteindre l’obligation de 50 % de couverture. Elle offre également des délais supplémentaires pour les projets ayant déjà signé un contrat ou un bon de commande, repoussant l’échéance au 1er janvier 2028 pour les parkings de plus de 10 000 m². Ces changements successifs ont incité de nombreux propriétaires à attendre une clarification avant d’investir, ralentissant d’autant le déploiement.

Complexité administrative et réticence des propriétaires

Les démarches pour monter un projet d’ombrières photovoltaïques (études de faisabilité, permis de construire, appel d’offres, contrat d’achat) sont lourdes, surtout pour les entreprises ne disposant pas de services techniques spécialisés. Par ailleurs, de nombreux grands propriétaires de parkings, notamment dans la grande distribution, hésitent à s’engager sur des contrats de 20 ans avec un tiers investisseur, préférant conserver une flexibilité foncière pour d’éventuelles extensions ou reconversions. Cette réticence freine l’émergence de projets, même lorsque le modèle économique est viable.

Sanctions financières et enjeux RSE

La loi prévoit une amende pouvant atteindre 40 000 euros par an et par parking non conforme. Si cette pénalité peut sembler faible pour les grands groupes, elle devient dissuasive pour les PME fortement consommatrices d’espace de stationnement. Au-delà de l’aspect financier, le risque réputationnel est désormais majeur. La directive européenne Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), en vigueur depuis 2024 pour les grandes entreprises, impose la publication d’indicateurs environnementaux audités, incluant les émissions de scope 2 (électricité achetée). Les investisseurs, banques et assureurs scrutent ces données et ajustent leurs conditions de financement en fonction de la performance ESG. Ne pas solariser ses parkings peut donc dégrader la notation extra-financière d’une entreprise et augmenter son coût du capital.

Solarisation des parkings : le retard persiste malgré l'échéance de la loi APER en 2026

Une opportunité économique encore sous-exploitée

Au-delà de la contrainte réglementaire, la solarisation des parkings représente un levier de compétitivité. Couplées à des bornes de recharge pour véhicules électriques et, le cas échéant, à des batteries de stockage, les ombrières photovoltaïques permettent de produire une électricité locale et de couvrir entre 20 et 30 % des besoins annuels d’un site industriel ou logistique. Pour les entreprises ayant des entrepôts frigorifiques, des systèmes de ventilation ou des équipements automatisés, cette autoconsommation réduit la dépendance au réseau et stabilise les coûts énergétiques sur le long terme. Sunrock, spécialiste du solaire en toiture et ombrière, souligne que « produire sur site permet de limiter les achats d’énergie et de se prémunir contre les pics de prix, comme ceux observés en 2022 où le MWh a dépassé 500 euros ».

Un contexte de marché favorable

Avec l’augmentation de la part des énergies renouvelables dans le mix, les prix de l’électricité deviennent parfois négatifs en milieu de journée lors des fortes productions solaires. Cette situation est idéale pour recharger les flottes de véhicules électriques à moindre coût, en phase avec les obligations de la loi d’orientation des mobilités (LOM) qui impose l’installation de bornes dans les parkings. Les entreprises qui investissent aujourd’hui dans des ombrières photovoltaïques se donnent donc les moyens de bénéficier de ces opportunités tout en respectant leurs obligations réglementaires.

Perspectives : comment accélérer la solarisation des parkings ?

Pour rattraper le retard, la filière propose plusieurs pistes : simplification des procédures d’urbanisme, création d’un guichet unique pour les demandes de raccordement, et meilleure information des propriétaires sur les aides disponibles (notamment le guichet de la prime à l’autoconsommation et les appels d’offres de la CRE). Le ministère de la Transition écologique a annoncé en 2025 un plan de soutien spécifique pour les parkings de taille intermédiaire (entre 1 500 et 10 000 m²) qui devront être équipés à partir de 2028. L’enjeu est de taille : le potentiel total est estimé à plus de 20 GWc d’ici 2030, soit l’équivalent de plusieurs réacteurs nucléaires. Les acteurs du secteur, comme Girasole Energies ou Idex, misent sur la maturité technologique des ombrières et la baisse des coûts des panneaux pour convaincre les retardataires.

En attendant, la première échéance de juillet 2026 semble difficilement atteignable pour la majorité des sites. Seuls les projets les plus avancés, ayant signé un contrat avant 2025 ou bénéficiant d’un raccordement rapide, pourront être conformes à temps. Les autres devront s’appuyer sur les reports prévus par la loi Huwart, mais sans perdre de vue que l’obligation demeure. L’essor des parkings solaires est inéluctable, mais son rythme dépendra de la capacité des pouvoirs publics et des filières à lever les freins structurels identifiés.

Pour approfondir, consultez le texte officiel de la loi APER sur Légifrance et les données sur l’état des raccordements sur le site d’Enedis.

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