Scatec met en service le plus grand projet solaire avec stockage d’Afrique en Égypte

Le développeur norvégien d’énergies renouvelables Scatec a officiellement achevé la mise en service complète du projet Obelisk, une installation hybride de 1,1 GW de capacité solaire photovoltaïque associée à un système de stockage par batteries de 100 MW/200 MWh. Situé près de Nagaa Hammadi, en Haute-Égypte, ce complexe constitue désormais le plus grand projet solaire couplé à du stockage du continent africain, selon les déclarations de l’entreprise scandinave.

La dernière phase, d’une puissance de 564 MW, a été raccordée au réseau électrique égyptien, portant l’ensemble du site à sa pleine capacité opérationnelle. Ce jalon marque l’aboutissement d’un chantier mené en deux temps, dont le lancement officiel avait été acté par la signature d’un contrat d’achat d’électricité (PPA) en novembre 2024, soit moins de deux ans avant l’exploitation commerciale intégrale.

Une infrastructure hybride pensée pour la stabilité du réseau

Le projet Obelisk combine une centrale solaire photovoltaïque de grande envergure avec un système de stockage d’énergie par batteries (BESS) de 100 MW/200 MWh. Cette architecture permet d’écrêter les pics de production, de décaler l’injection d’électricité en soirée et de contribuer à la régulation du réseau national égyptien. Le stockage par batteries constitue un levier stratégique pour accompagner la transition énergétique du pays, en réduisant la dépendance aux centrales thermiques festonnes et en améliorant la qualité de l’électricité distribuée.

Scatec n’a pas divulgué l’identité de l’intégrateur du système BESS pour le projet Obelisk. À titre de comparaison, pour son projet sud-africain Kenhardt, le groupe norvégien avait retenu BYD Energy comme partenaire technologique, avec un système de stockage nettement plus puissant de 225 MW/1 140 MWh. Il s’agit du plus important actif BESS de Scatec à l’échelle mondiale. Le choix du fournisseur pour Nagaa Hammadi pourrait toutefois être révélé dans les prochains mois, alors que l’entreprise finalise la documentation technique de l’installation.

Un apport énergétique considérable pour l’Égypte

Avec une production estimée à plus de 3 000 GWh d’électricité propre chaque année, le complexe d’Obelisk alimentera la Société égyptienne de transport d’électricité (EETC) dans le cadre d’un PPA de 25 ans. Cette électricité renouvelable permettra d’éviter le rejet de plus de 1,2 million de tonnes de dioxyde de carbone par an, soit l’équivalent des émissions annuelles de plusieurs centaines de milliers de véhicules particuliers.

Le projet contribue directement à l’objectif national égyptien de porter la part des énergies renouvelables dans le mix électrique à 42 % d’ici 2030, puis à 60 % d’ici 2040. Ce programme volontariste, porté par le gouvernement du Caire, s’appuie notamment sur le potentiel solaire exceptionnel de la Haute-Égypte, qui bénéficie d’un ensoleillement parmi les plus élevés du bassin méditerranéen.

Le choix stratégique de la Haute-Égypte

La région de Nagaa Hammadi, située à environ 500 kilomètres au sud du Caire, présente des conditions d’irradiation solaire particulièrement favorables, avec un ratio de performance élevé pour les modules photovoltaïques. L’implantation du projet Obelisk dans cette zone permet de rapprocher la production d’électricité des grands centres de consommation du sud du pays, tout en limitant les pertes liées au transport sur le réseau électrique national.

Scatec n’en est pas à son premier essai en Égypte. Le développeur norvégien avait déjà construit et mis en service des centrales solaires totalisant 380 MW sur le site de Benban, dans le gouvernorat d’Assouan, qui abrite l’un des plus vastes parcs solaires d’Afrique. Avec l’ajout de la capacité d’Obelisk, Scatec dispose désormais d’environ 1,5 GW de solaire opérationnel dans le pays, consolidant sa position de premier producteur indépendant d’électricité renouvelable en Égypte.

Un montage financier international exemplaire

Le financement du projet Obelisk repose sur un consortium d’institutions financières de développement de premier plan. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), la Banque africaine de développement (BAD), British International Investment (BII) et la Banque européenne d’investissement (BEI) ont conjointement accordé une dette senior de 479 millions de dollars, soit environ 415 millions d’euros. Ce montant représente plus de 80 % du coût global du projet, estimé à 590 millions de dollars (environ 511 millions d’euros), selon une structure de dette sans recours typique des grands projets d’infrastructure énergétique.

Ce schéma financier illustre la confiance des bailleurs internationaux dans la capacité de Scatec à développer, construire et exploiter des actifs de production d’électricité renouvelable à grande échelle sur les marchés émergents. L’implication de la BERD et de la BEI témoigne également de l’alignement du projet avec les priorités climatiques de l’Union européenne, tandis que la BAD et BII confirment le rôle central de l’Égypte dans la stratégie énergétique africaine.

Un nouveau sommet pour Scatec

Terje Pilskog, directeur général de Scatec, a souligné dans un communiqué que l’atteinte de l’exploitation commerciale complète d’Obelisk constitue « une étape majeure » pour le groupe. Selon lui, l’achèvement de la plus grande installation hybride solaire et batterie d’Afrique démontre la capacité de l’entreprise à « développer, financer et réaliser des projets d’énergies renouvelables de grande envergure sur les marchés émergents ».

Le dirigeant norvégien a également insisté sur la contribution concrète du projet à la sécurité énergétique de l’Égypte, en fournissant une électricité propre et fiable pendant 25 ans. Il a qualifié Obelisk de « contribution concrète à la sécurité énergétique et à la transition du pays ».

Un portefeuille égyptien en pleine expansion

Au-delà d’Obelisk, Scatec poursuit activement le développement d’un portefeuille de projets significatif en Égypte, représentant plus de 4,3 GW de capacités renouvelables additionnelles et 4,1 GWh de systèmes de stockage d’énergie par batteries. Ces projets, à différents stades de maturité, pourraient être déployés dans les prochaines années en fonction des besoins du réseau égyptien et des conditions de marché.

Le groupe norvégien explore également des opportunités dans l’hydrogène vert, un secteur dans lequel l’Égypte affiche des ambitions importantes, notamment dans la zone économique du canal de Suez. Bien que le projet Obelisk soit exclusivement consacré à la production d’électricité solaire et au stockage, les synergies entre photovoltaïque et électrolyse pourraient ouvrir de nouvelles perspectives pour Scatec dans la région.

Scatec met en service le plus grand projet solaire avec stockage d’Afrique en Égypte

Les enjeux du stockage pour la transition énergétique égyptienne

Le déploiement du BESS à grande échelle constitue un défi technologique et économique majeur pour l’Égypte. Le pays dispose en effet d’un potentiel solaire et éolien considérable, mais l’intermittence de ces sources requiert des solutions de flexibilité pour garantir l’équilibre offre-demande sur le réseau. Les batteries lithium-ion, comme celles installées sur le site d’Obelisk, offrent une réponse rapide et modulaire à cet enjeu.

Le développement de projets hybrides solaire-stockage comme Obelisk pourrait également permettre à l’Égypte de réduire sa consommation de gaz naturel pour la production d’électricité, libérant ainsi des volumes pour l’exportation ou pour d’autres usages domestiques. Cette dimension stratégique n’a pas échappé aux autorités égyptiennes, qui multiplient les appels d’offres pour encourager l’installation de capacités renouvelables accompagnées de systèmes de stockage.

Un modèle pour l’Afrique et le Moyen-Orient

La réussite du projet Obelisk dépasse les frontières égyptiennes. Ce modèle de financement, de développement et de réalisation d’une centrale hybride solaire-stockage à grande échelle pourrait inspirer d’autres pays africains confrontés à des défis similaires de sécurité énergétique et de décarbonation. Les institutions financières internationales impliquées dans le projet ont d’ailleurs souligné leur volonté de répliquer ce type d’opération sur le continent.

Selon les données de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), l’Afrique ne représente encore qu’une fraction minime des capacités solaires mondiales, malgré un potentiel technique considérable. Des projets comme Obelisk démontrent que les obstacles ne sont pas d’ordre technique, mais plutôt liés au financement et à l’ingénierie contractuelle. En ce sens, le montage réalisé par Scatec avec l’appui de la BERD, de la BAD, de la BEI et de BII constitue une référence pour les futurs développements du continent.

Les perspectives de développement solaire en Égypte

L’Égypte poursuit une stratégie énergétique ambitieuse qui repose sur une diversification de son mix de production, avec un accent particulier sur le solaire photovoltaïque et l’éolien terrestre. Le pays a déjà fait d’importants progrès, avec notamment le parc solaire de Benban, qui totalise environ 1,8 GW de capacité installée, et le parc éolien du golfe de Suez, qui s’étend progressivement.

Les autorités égyptiennes ont également lancé un programme de modernisation du réseau électrique national, afin de faciliter l’intégration des énergies renouvelables variables. L’adoption croissante de systèmes de stockage par batteries, comme celui d’Obelisk, constitue une avancée majeure pour la fiabilité du réseau et ouvre la voie à une pénétration plus importante du solaire dans la production d’électricité.

Selon les projections du ministère égyptien de l’Électricité, le pays devrait ajouter plusieurs gigawatts de capacités renouvelables d’ici la fin de la décennie, avec un objectif de 42 % de renouvelables dans le mix électrique à l’horizon 2030. L’expérience acquise par Scatec à Nagaa Hammadi pourrait jouer un rôle clé dans l’atteinte de cet objectif, et le groupe norvégien a d’ores et déjà entamé les études techniques pour de nouvelles installations hybrides solaire-batterie dans le pays.

La mise en service complète du projet Obelisk marque une nouvelle étape dans l’histoire de la transition énergétique égyptienne. Elle démontre que la combinaison du solaire photovoltaïque et du stockage par batteries peut fournir une électricité propre, compétitive et fiable à grande échelle, même dans des conditions climatiques exigeantes. Alors que la COP27, organisée à Charm el-Cheikh en 2022, avait placé l’Afrique au cœur des débats climatiques, la réalisation du plus grand projet solaire-stockage du continent apporte une réponse concrète aux engagements pris par la communauté internationale.

Pour Scatec, Obelisk consolide un portefeuille mondial d’actifs renouvelables qui dépasse désormais plusieurs gigawatts, répartis entre l’Afrique, l’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine et l’Europe. Cette présence internationale diversifiée permet au groupe de mutualiser les risques, de partager les bonnes pratiques et de négocier des conditions de financement avantageuses auprès des institutions multilatérales.

La réussite d’Obelisk pourrait également accélérer la décision de final investment d’autres projets hybrides solaire-stockage dans la région MENA. Plusieurs pays du golfe Persique, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ont déjà annoncé des programmes ambitieux dans ce domaine, et l’expérience égyptienne fournit un cas d’école pour les développeurs internationaux.

Avec des coûts de production en baisse continue et une maturité technologique toujours plus grande, le solaire photovoltaïque devient un pilier incontournable des stratégies énergétiques de la région. Le stockage, qui constitue le maillon manquant pour une intégration massive des énergies renouvelables, bénéficie désormais d’investissements massifs et d’innovations rapides, tant au niveau des cellules que de la gestion intelligente de l’énergie.

L’achèvement du projet Obelisk est donc bien plus qu’un simple jalon industriel : il incarne la convergence entre ambitions climatiques, opportunités économiques et sécurité énergétique. Les acteurs publics et privés du secteur y trouveront matière à inspiration pour les prochaines décennies, tandis que les populations égyptiennes bénéficieront d’un système électrique plus propre, plus résilient et mieux adapté aux défis du XXIe siècle.

Pour en savoir plus sur les initiatives de la BERD en matière d’énergies renouvelables en Égypte, consultez la page dédiée de la banque. Vous pouvez également consulter le profil de l’Égypte sur le site de la Banque africaine de développement, ou encore les analyses du secteur photovoltaïque sur PV Magazine France.

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