Dans son dernier rapport sur les réseaux intelligents, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) dessine une feuille de route ambitieuse. Pour accélérer la transition énergétique et intégrer massivement les énergies renouvelables, la France doit généraliser les solutions de flexibilité dès la conception des projets. Les offres de raccordement dites « flexibles » ou « intelligentes » deviennent un levier clé pour débloquer l’accès au réseau, en particulier pour le photovoltaïque et le stockage par batteries.
Le rapport biannuel de la CRE sert de baromètre pour évaluer la numérisation et l’agilité du système électrique français. L’enjeu est de taille : s’assurer que les volumes de solaire et de stockage raccordés dans les prochaines années seront compatibles avec les objectifs fixés pour 2030 et 2050. La flexibilité, c’est-à-dire la capacité à moduler la production ou la consommation en temps réel, apparaît comme la clé pour absorber l’intermittence des renouvelables sans surcharger le réseau.
Le paysage du raccordement évolue rapidement. Les offres de raccordement avec modulation de puissance (ORA-MP), bien que minoritaires, gagnent du terrain. En 2024, quinze parcs photovoltaïques ont été raccordés via ce dispositif, contre seulement cinq en 2023. Ces offres permettent aux développeurs de gagner un temps précieux – jusqu’à deux ou trois ans – en acceptant des limitations temporaires ou durables d’injection sur le réseau, en attendant son renforcement.
Un exemple concret est le raccordement anticipé en basse tension (PV BT). Ce régime permet à une centrale de commencer à injecter de l’électricité avant que les travaux de renforcement du réseau ne soient terminés. En 2024, il a concerné un projet sur vingt de puissance supérieure à 36 kVA chez Enedis, représentant environ 200 MW mis en service plus rapidement. La CRE envisage même d’assouplir ou de supprimer le plafond de 30% de puissance limitée pour intégrer encore plus de projets sans engager de coûteux investissements réseau.
Le rapport souligne le rôle grandissant du stockage par batteries dans la planification et l’exploitation du réseau. Les porteurs de projets sont de plus en plus nombreux à opter pour des offres de raccordement optimisées (ORO), qui intègrent des limitations en échange d’un raccordement plus rapide. Cette demande a été si forte qu’elle a créé une file d’attente spécifique. Aujourd’hui, 25% de la file d’attente stockage de RTE, soit environ 2,8 GW, concerne ce type d’offres.
Cet engouement révèle une tension : le stockage est crucial pour différer des investissements réseau, mais les zones où il peut jouer ce rôle sont limitées. L’afflux de demandes (12,6 GW approuvés par RTE pour seulement 0,3 GW en service) a nécessité la création de nouveaux outils de gestion. La CRE salue le succès des « gabarits standardisés », des modèles types d’offres qui précisent les caractéristiques techniques des limitations, comme les gabarits horosaisonniers. Elle appelle maintenant à en développer de nouveaux pour permettre à plus de projets de batteries d’intégrer les files d’attente optimisées.
La trajectoire est tracée : la flexibilité n’est plus une option, mais une condition sine qua non pour réussir la transition énergétique. Les projets solaires et de stockage qui accepteront d’être pilotés et de moduler leur puissance bénéficieront d’un accès privilégié au réseau. Les prochains chantiers réglementaires devront simplifier et étendre ces mécanismes, afin de transformer le système électrique en un réseau véritablement intelligent, capable d’accueillir une part toujours croissante d’énergies renouvelables.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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