L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle et la numérisation rapide des économies africaines entraînent une explosion de la demande en centres de données. Pour alimenter ces infrastructures énergivores, certains développeurs poussent à la construction de nouvelles centrales à gaz, présentées comme une solution de « transition ». Pourtant, un plaidoyer récent de 247Solar, relayé par l’Alliance for Renewable Electrification, remet en cause cette approche. L’entreprise solaire argue que miser sur les énergies fossiles pour répondre aux besoins numériques est un pari risqué et que les renouvelables, couplées au stockage, offrent une alternative plus rapide, plus stable et plus durable pour le continent.
Le raisonnement des promoteurs du gaz est simple : face à l’urgence de fournir une électricité 24h/24 aux centres de données, le gaz paraît plus fiable et plus facile à déployer que les énergies solaire ou éolienne, intermittentes par nature. Mais 247Solar identifie trois risques majeurs à ce choix.
Les prévisions de consommation des futurs data centers sont souvent surestimées. Si les projets numériques ne se concrétisent pas au rythme attendu – ou si l’efficacité énergétique progresse plus vite – les centrales à gaz risquent de se retrouver en surcapacité, immobilisant des investissements colossaux. En Afrique, où les infrastructures numériques restent inégalement réparties, ce risque est particulièrement élevé.
Les clients de l’intelligence artificielle recherchent des coûts énergétiques prévisibles sur le long terme. Or le gaz est soumis à des fluctuations de prix liées aux marchés internationaux, aux tensions géopolitiques et aux contraintes logistiques. Cette volatilité est incompatible avec la stabilité tarifaire que recherchent les hyperscalers et les exploitants de data centers.
Les politiques climatiques se durcissent partout dans le monde. L’Afrique n’est pas épargnée : plusieurs pays adoptent des taxes carbone ou des normes d’émissions plus strictes. Investir dans le gaz aujourd’hui expose les promoteurs à des surcoûts réglementaires demain, tandis que les énergies renouvelables bénéficient d’un cadre favorable et d’une image écologique positive.
Contrairement à une idée reçue, le gaz n’est pas la seule technologie capable de suivre le rythme effréné du développement de l’IA. 247Solar souligne que les chaînes d’approvisionnement des turbines à gaz, les délais de construction et les oppositions locales ralentissent déjà les projets fossiles. « Parallèlement, les énergies renouvelables et les systèmes de stockage sont devenus la principale source de nouvelles capacités, car ils peuvent souvent être implantés et construits plus rapidement, en particulier à l’échelle requise par les parcs de centres de données individuels », explique l’entreprise.
L’Afrique dispose d’un potentiel solaire et éolien immense. Selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), le continent reçoit en moyenne 2 000 kWh/m²/an d’irradiation solaire, le plus élevé au monde. Associées à des batteries de stockage de plus en plus compétitives, ces sources peuvent garantir une alimentation stable pour les data centers, y compris la nuit.

Le plaidoyer de 247Solar propose plusieurs pistes pour orienter les investissements vers les renouvelables plutôt que le gaz :
L’idée centrale est de faire porter au nouvel entrant (le data center) une partie ou la totalité du coût des capacités additionnelles, évitant ainsi que les autres usagers – ménages, PME, services publics – ne subventionnent indirectement la consommation massive des infrastructures numériques. Cela préserve aussi les réseaux de transport d’une obsolescence prématurée liée à des investissements mal calibrés.
Le développement des centres de données en Afrique est une opportunité économique majeure, mais il ne doit pas se faire au prix d’un verrouillage fossile. Comme le rappelle l’Alliance for Renewable Electrification, les technologies propres sont désormais matures, compétitives et déployables rapidement. Les décideurs africains, les opérateurs de data centers et les bailleurs de fonds ont tout intérêt à intégrer ces solutions dès la phase de planification.
Pour approfondir, on peut consulter le rapport de l’Agence internationale de l’énergie sur l’Afrique qui souligne le rôle clé des renouvelables dans la satisfaction de la demande croissante d’électricité, ou encore l’Africa Energy Portal pour des données pays par pays.
En conclusion, le plaidoyer de 247Solar est un appel à la raison : plutôt que de reproduire les erreurs des pays développés en construisant des centrales à gaz qui deviendront des actifs échoués, l’Afrique peut faire le pari gagnant des énergies renouvelables pour ses data centers. Un choix qui profitera à la fois au climat, à la compétitivité économique et à la souveraineté énergétique du continent.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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