Politique énergétique et solaire photovoltaique : quels enjeux pour la présidentielle 2027 ?

La course à l’Élysée pour 2027 s’annonce comme un moment clé pour définir la stratégie énergétique de la France. Alors que les débats s’intensifient à gauche sur la sélection d’un candidat commun, l’association Terra Nova et le média Politico ont lancé une série d’entretiens consacrés aux grands choix de fond. Le premier rendez-vous, prévu le 22 juin au Beffroi de Montrouge, portera sur la politique énergétique. Six figures de la gauche progressiste – Delphine Batho, Bernard Cazeneuve, Raphaël Glucksmann, François Hollande, Marine Tondelier et Boris Vallaud – sont invitées à réagir aux propositions de Terra Nova pour l’avenir énergétique du pays.

Parmi les technologies clés qui devront être au cœur des discussions, le solaire photovoltaique occupe une place centrale. Entre objectifs de décarbonation, indépendance énergétique et innovation industrielle, cet article décrypte les enjeux du photovoltaique dans le cadre de l’élection présidentielle à venir, en s’appuyant sur les dernières données et les positions des principaux acteurs.

Le photovoltaique au cœur des débats de la gauche progressiste

Les personnalités conviées par Terra Nova et Politico ne cachent pas leur volonté de faire de l’énergie solaire un pilier de la transition écologique. Delphine Batho, ancienne ministre de l’Écologie et présidente de Génération écologie, milite depuis longtemps pour un « plan solaire massif » visant à multiplier par cinq la puissance installée d’ici 2030. Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes (EELV), défend un scénario 100 % énergies renouvelables à l’horizon 2050, où le photovoltaique représenterait plus de 40 % de la production électrique. Raphaël Glucksmann, eurodéputé, insiste sur la nécessité de relocaliser la fabrication des panneaux solaires en France pour réduire la dépendance à la Chine. François Hollande et Bernard Cazeneuve adoptent une approche plus pragmatique, prônant un mix équilibré incluant le nucléaire, mais reconnaissent que le solaire est indispensable pour atteindre la neutralité carbone. Enfin, Boris Vallaud, député et chef de file des socialistes à l’Assemblée, appelle à un « grand emprunt vert » pour financer l’installation de centrales photovoltaiques sur les friches industrielles et les toitures des bâtiments publics.

Ce débat du 22 juin est donc crucial pour clarifier les visions divergentes, mais aussi pour trouver un socle commun sur lequel la gauche pourrait s’entendre en vue de 2027. Les propositions de Terra Nova, disponibles sur leur site, serviront de base à cette confrontation d’idées.

Les défis du photovoltaique en France : production, stockage et intégration

Pour que le solaire photovoltaique devienne une solution crédible à grande échelle, plusieurs obstacles techniques et économiques doivent être levés. Selon le dernier panorama de l’électricité renouvelable publié par RTE, la puissance photovoltaique installée en France atteignait 21 GW fin 2024, soit une hausse de 15 % par rapport à l’année précédente. L’objectif de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) est d’atteindre 35 à 44 GW d’ici 2028, puis 100 GW en 2050. Un rythme de croissance insuffisant, selon les experts, si l’on veut respecter les engagements climatiques.

Le principal défi reste le stockage de l’énergie solaire, intermittente par nature. Les batteries lithium-ion progressent rapidement, mais leur coût reste élevé pour un usage résidentiel et industriel. Des solutions alternatives émergent, comme le stockage par hydrogène vert ou par pompage-turbinage. Par ailleurs, l’intégration des panneaux solaires dans le bâti (photovoltaique intégré au bâti, ou BIPV) est un axe de recherche prometteur, soutenu par l’ADEME et le plan France 2030.

Enfin, la question du recyclage des panneaux en fin de vie est devenue incontournable. L’éco-organisme Soren collecte et recycle déjà 95 % des panneaux usagés, mais l’objectif est d’atteindre 100 % de valorisation matière d’ici 2030.

Comment la politique énergétique impacte le développement du solaire

Les décisions politiques ont un impact direct sur la filière photovoltaique. Le système d’obligation d’achat (tarifs d’achat garantis) a été remplacé par des appels d’offres compétitifs, ce qui a fait baisser les prix mais aussi fragilisé les petits producteurs. Un nouveau dispositif, le « complément de rémunération », tente de concilier rentabilité et maîtrise des coûts pour la collectivité.

De nombreux élus locaux réclament une simplification des démarches administratives, jugées trop lourdes pour les projets de toiture de moins de 500 kWc. Le gouvernement a annoncé en 2025 un « guichet unique numérique » pour les installations solaires, mais sa mise en œuvre effective reste attendue. Par ailleurs, la loi d’accélération des énergies renouvelables (loi APER, 2023) a imposé l’installation de panneaux solaires sur les nouveaux entrepôts, hangars et parkings de plus de 500 m². Cette mesure pourrait générer jusqu’à 10 GW supplémentaires d’ici 2028, selon les estimations du Syndicat des énergies renouvelables (SER).

Politique énergétique et solaire photovoltaique : quels enjeux pour la présidentielle 2027 ?

Dans le contexte de la présidentielle 2027, les candidats devront trancher sur plusieurs sujets clés : maintien ou réforme des aides publiques, relocalisation de la production de panneaux (aujourd’hui importée à 80 % d’Asie), et développement du solaire participatif (projets citoyens). Les propositions de Terra Nova, détaillées dans leur note « Une politique énergétique pour la France », recommandent notamment de créer une « banque publique du solaire » pour financer les installations collectives et de porter le taux de TVA réduit à 5,5 % pour les équipements photovoltaiques.

L’avis des experts et les perspectives pour 2027

Au-delà du débat du 22 juin, des économistes et climatologues rappellent l’urgence d’agir. Selon le dernier rapport du GIEC, la part du solaire dans le mix électrique mondial doit passer de 3 % aujourd’hui à 25 % en 2030 pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. En France, le scénario « négaWatt 2022 » estime que le photovoltaique pourrait couvrir 60 % des besoins électriques en été et 25 % à l’échelle annuelle.

Les industriels français du secteur, comme Voltalia, Engie ou EDF Renouvelables, investissent dans de nouvelles usines de panneaux, avec le soutien du plan France 2030 (1,5 milliard d’euros dédiés au solaire). Cependant, ils alertent sur la concurrence chinoise et demandent des mesures de protectionnisme ciblé, à l’instar du Inflation Reduction Act américain.

Les citoyens ne sont pas en reste. Une enquête de l’Observatoire des énergies renouvelables (2025) montre que 78 % des Français sont favorables au développement du solaire sur les toits des bâtiments publics. Les projets participatifs, comme ceux portés par Énergie Partagée, remportent un succès croissant, avec plus de 200 coopératives locales actives.

Conclusion : l’importance de trancher les priorités énergétiques

La campagne pour l’élection présidentielle de 2027 doit être l’occasion de définir une feuille de route claire pour le solaire photovoltaique. Les débats du 22 juin, organisés par Terra Nova et Politico, montrent que les forces progressistes prennent conscience de cet enjeu. Mais le temps presse : pour atteindre les objectifs climatiques et garantir notre souveraineté énergétique, il faudra des décisions rapides et ambitieuses, quelle que soit la couleur politique du futur locataire de l’Élysée.

Pour en savoir plus sur les propositions de Terra Nova, consultez la page dédiée à l’événement et le dossier spécial de Politico sur la politique énergétique française.

Article rédigé avec le soutien de données issues de RTE, ADEME et du Syndicat des énergies renouvelables.

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