L’intégration de panneaux solaires sur les véhicules, connue sous le nom de photovoltaïque intégré aux véhicules (VIPV), suscite un intérêt croissant dans le secteur des transports. Une étude récente menée par des chercheurs de l’Université de Miyazaki apporte un éclairage décisif sur un facteur souvent négligé : l’ombrage. En analysant en conditions réelles une flotte de 200 camions commerciaux équipés de modules photovoltaïques, l’équipe démontre que l’ombrage dynamique influence directement la production d’énergie et l’efficacité globale du système. Ces résultats, publiés dans Energy Conversion and Management: X, ouvrent la voie à une meilleure évaluation du potentiel du VIPV pour réduire la consommation de carburant et les émissions de CO₂.
Le projet a porté sur 200 camions diesel de flottes commerciales japonaises, équipés de modules solaires à couches minces en CIGS (cuivre, indium, gallium, sélénium) d’une puissance comprise entre 300 et 500 W. Contrairement à d’autres technologies, le CIGS offre une flexibilité et une légèreté adaptées aux surfaces courbes des véhicules. L’énergie solaire collectée alimentait exclusivement les systèmes auxiliaires (climatisation, éclairage, systèmes de gestion) et rechargeait la batterie principale, sans intervention sur la propulsion. L’objectif principal était de quantifier la contribution réelle du solaire à la réduction de la charge de l’alternateur, et d’isoler l’effet de l’ombrage sur ces performances.
Les chercheurs ont mis en évidence que l’ombrage est le paramètre qui affecte le plus la production d’énergie des systèmes VIPV. Contrairement aux installations fixes au sol, les panneaux sur les véhicules subissent des ombres changeantes dues aux bâtiments, aux arbres, aux autres véhicules ou même à des parties du camion lui-même. Pour quantifier cet impact, l’équipe a utilisé une méthode de « matrice d’ouverture » : l’espace visible autour de chaque surface photovoltaïque est divisé en une multitude de directions, et pour chaque direction, on calcule la fraction du ciel masquée par des obstacles. Cette approche permet d’estimer statistiquement l’irradiation solaire reçue en tenant compte de la géométrie environnante et de l’angle d’incidence des rayons.
Les données collectées sur plus de 17 900 journées-véhicules montrent que l’irradiation solaire moyenne reçue par les panneaux montés sur les camions représente environ 70 % de celle d’un plan horizontal fixe. « Cette réduction s’explique par l’ombrage urbain, les conditions de circulation et les changements d’orientation du véhicule », explique Kenji Araki, auteur principal de l’étude. « Il s’agit d’un paramètre essentiel pour estimer la production annuelle d’énergie des systèmes VIPV. »
Pour mesurer précisément les flux énergétiques, les scientifiques ont développé des boîtiers de contrôle spécifiques intégrant un régulateur de charge, un suivi du point de puissance maximale (MPPT), un convertisseur DC-DC et une protection contre les courants de retour. Des capteurs de courant surveillaient en continu la production solaire, la génération de l’alternateur et les cycles de la batterie. L’ensemble a été renforcé pour résister aux vibrations et aux intempéries. Aucun pyranomètre n’a été utilisé en raison des contraintes d’installation ; la puissance des panneaux a servi de proxy direct de l’irradiation locale.
Le système fonctionnait en parallèle avec l’alternateur : la source présentant la tension la plus élevée prenait la priorité. Cela a permis de mesurer dans quelle mesure la production solaire réduisait la charge de l’alternateur. Sur les 17 901 journées-véhicules analysées, l’équipe a enregistré distances parcourues, heures de fonctionnement, consommation d’énergie et production solaire, tout en corrigeant les limites de synchronisation des données.
Les mesures simultanées du système photovoltaïque et de l’alternateur ont révélé qu’environ 85 % de l’électricité produite par les panneaux solaires compense directement la charge de l’alternateur. Cela améliore significativement l’utilisation de l’énergie en conditions réelles. Les chercheurs ont confirmé, via plusieurs méthodes de validation, une réduction de la consommation de carburant comprise entre 5,5 % et 7 %, avec des variations selon le type de véhicule et le style de conduite.
Ces chiffres sont d’autant plus importants qu’ils sont obtenus sur des flottes de camions circulant en environnement urbain et périurbain, où l’ombrage est le plus sévère. L’étude souligne que les performances du VIPV ne peuvent pas être estimées par de simples moyennes ; des modèles détaillés tenant compte des conditions d’ombrage réelles sont nécessaires.
Selon les chercheurs, ces résultats constituent une base solide pour la normalisation internationale du VIPV, notamment au sein du comité IEC PT600 qui travaille sur les standards pour les systèmes photovoltaïques embarqués. Disposer d’un outil pratique permettant aux opérateurs logistiques d’évaluer facilement les impacts de la production solaire et des économies de carburant à partir de leurs propres données facilitera l’adoption à grande échelle.
Par ailleurs, la même équipe de recherche avait déjà présenté l’année dernière une méthode non destructive pour étudier les vibrations des cellules solaires indépendamment des autres composants du module. Cette avancée propose des conceptions de modules VIPV résistants aux phénomènes de résonance, avec une fréquence propre supérieure à 2 000 Hz, garantissant une meilleure durabilité des installations.
L’étude de l’Université de Miyazaki apporte des données de terrain cruciales pour le développement du VIPV. Elle confirme que malgré l’ombrage, les panneaux solaires sur les poids lourds peuvent réduire significativement la consommation de gazole et les émissions associées. Pour maximiser ces gains, les futurs systèmes devront intégrer des algorithmes de gestion intelligente de l’énergie, des optimiseurs de puissance pour atténuer l’impact des ombres, et des modules photovoltaïques plus efficaces en conditions de faible irradiation.
Le secteur de la logistique, confronté à des pressions réglementaires pour décarboner ses flottes, pourrait trouver dans le VIPV une solution complémentaire intéressante, notamment pour les véhicules qui stationnent plusieurs heures par jour ou qui circulent sur des trajets prévisibles. L’ombrage reste un défi, mais les méthodologies développées par les chercheurs nippons permettent désormais de le modéliser avec précision pour concevoir des systèmes plus performants.
Pour approfondir, vous pouvez consulter l’étude originale : « Integration of photovoltaics on heavy trucks: analysis and monitoring of 200 trucks equipped with photovoltaic systems » dans Energy Conversion and Management: X.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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