L’Italie poursuit la transformation de son mix électrique avec l’entrée en vigueur d’un nouveau dispositif de soutien aux énergies renouvelables : le mécanisme FerX. Le décret ministériel n° 194/2026, publié par le ministère de l’Environnement et de la Sécurité énergétique (MASE), fixe les règles définitives de cet instrument conçu pour accélérer le déploiement des capacités de production décarbonée. Ce cadre réglementaire, validé par la Commission européenne en juin, s’applique aux installations solaires, éoliennes, hydroélectriques ainsi qu’aux unités de traitement des gaz résiduels.
Dans un pays qui vise la neutralité carbone d’ici 2050 et qui cherche à réduire sa dépendance aux énergies fossiles importées, le photovoltaïque représente un levier stratégique majeur. Le mécanisme FerX vient compléter une architecture de soutien déjà riche, composée des dispositifs précédents Fer1 et Fer2, en apportant une visibilité accrue aux investisseurs. Pour le seul secteur solaire, le décret prévoit une enveloppe conséquente de 10 GW de nouvelles capacités, de quoi alimenter l’équivalent de plusieurs millions de foyers italiens.
Le dispositif repose sur un modèle d’incitation tarifaire, avec des enchères au prix d’exercice, qui doit permettre de trouver un équilibre entre rentabilité des projets et maîtrise du coût pour les consommateurs. Le texte publié par le MASE définit avec précision les règles de participation, les délais de réalisation et les pénalités applicables en cas de non-respect des engagements. Une attention particulière a été accordée aux petites installations, qui bénéficient d’un traitement simplifié.
Pour les installations photovoltaïques, le quota de capacité attribué dans le cadre du mécanisme FerX est fixé à 10 GW. Ce volume représente une part significative des objectifs italiens, qui visent environ 80 GW de solaire installé à l’horizon 2030. Le prix d’exercice de référence est établi à 80 €/MWh, un niveau qui reflète la baisse continue des coûts de production des centrales solaires et qui doit garantir une rémunération raisonnable pour les exploitants.
Le décret introduit par ailleurs une flexibilité tarifaire adaptée aux conditions économiques variables du marché. Ainsi, deux seuils sont prévus pour les installations participant aux appels d’offres : le prix d’exercice peut monter jusqu’à 95 €/MWh lorsque les coûts de développement ou de construction s’avèrent particulièrement élevés, ou descendre à 65 €/MWh lorsque les conditions financières sont plus favorables. Cette fourchette permet aux porteurs de projets d’ajuster leur stratégie en fonction du contexte économique, tout en maintenant une borne supérieure protectrice pour les finances publiques.
Ces niveaux de prix s’inscrivent dans une tendance européenne où les mécanismes de soutien aux énergies renouvelables deviennent plus sélectifs, après plusieurs années de baisse des coûts technologiques. Le système italien se distingue toutefois par sa dimension incitative, supérieure à celle des contrats pour différence britanniques ou des appels d’offres allemands.
Au-delà du prix de base, le mécanisme FerX prévoit deux primes supplémentaires destinées à encourager des configurations spécifiques. La première s’élève à 27 €/MWh pour les systèmes photovoltaïques installés en remplacement de toitures en Eternit ou en amiante. Cette disposition répond à un double enjeu : produire une énergie propre tout en accélérant le désamiantage du parc immobilier italien, un chantier sanitaire et environnemental majeur. De nombreux bâtiments industriels et agricoles de la péninsule sont encore couverts de matériaux contenant de l’amiante, dont l’élimination représente un coût significatif que cette prime contribue à compenser.
La deuxième prime, fixée à 10 €/MWh, concerne les installations photovoltaïques flottantes ou posées sur des plans d’eau. Cette orientation vise à valoriser les surfaces lacustres et les bassins de rétention, sans occuper de terres agricoles supplémentaires. Le développement du solaire flottant constitue en effet une piste prometteuse pour l’Italie, pays qui dispose de nombreux lacs naturels et réservoirs artificiels. Cette technologie, encore émergente, bénéficie ainsi d’un soutien spécifique destiné à favoriser sa montée en puissance.
Ces primes s’additionnent au prix d’exercice de référence ou au prix résultant des enchères. Elles sont accordées pendant toute la durée du contrat de soutien, généralement fixée à vingt ans dans les mécanismes italiens de ce type. Cette visibilité de long terme est un atout essentiel pour le financement des projets et la sécurisation des flux de trésorerie des exploitants.
Le décret FerX instaure une distinction claire entre les petites et les grandes installations. Les systèmes photovoltaïques d’une puissance inférieure ou égale à 1 MW bénéficient d’un accès direct au mécanisme de soutien, sans passer par une procédure d’appel d’offres. Cette simplification administrative vise à favoriser l’émergence des projets de taille modeste, portés par des collectivités, des PME ou des agriculteurs, qui ne disposent pas toujours des ressources nécessaires pour répondre à des consultations concurrentielles complexes.
Pour cette catégorie, l’Autorité de régulation de l’énergie, des réseaux et de l’environnement (ARERA) est chargée de définir les prix d’attribution dans un délai de 90 jours à compter de l’entrée en vigueur du décret. Une clause de sauvegarde est toutefois prévue : le mécanisme simplifié cessera de s’appliquer le 31 décembre 2030 ou 60 jours après l’atteinte du quota de capacité de 10 GW, selon la première de ces deux échéances. Ce garde-fou permet de préserver l’équilibre budgétaire du dispositif et d’éviter un engorgement du guichet.
Il convient de noter que les installations dont la construction a débuté avant le dépôt de la demande ne peuvent pas prétendre au mécanisme FerX. Cette restriction vise à éviter les effets d’aubaine et à garantir que le soutien public profite réellement à des projets nouveaux, qui n’auraient pas vu le jour sans cette incitation. Les porteurs de projets doivent donc anticiper les délais administratifs et ne lancer les travaux qu’après l’obtention des garanties nécessaires.
Pour les installations photovoltaïques dont la puissance dépasse 1 MW, la participation aux procédures concurrentielles est obligatoire. Les candidats doivent déposer une offre indiquant notamment le prix d’exercice qu’ils sont prêts à accepter pour la vente de l’électricité produite. Les projets les plus compétitifs, c’est-à-dire ceux qui proposent les prix les plus bas, sont retenus en priorité jusqu’à épuisement des quotas disponibles.

Cette logique d’enchères descendantes est désormais la norme dans l’Union européenne, car elle permet de révéler les coûts réels des technologies et d’allouer les soutiens publics aux projets les plus efficients. Pour les installations de plus de 10 MW soumises à une autorisation unique (AU), le décret introduit une procédure accélérée d’évaluation des projets. Dans les 30 jours suivant la délivrance de l’autorisation, l’agence énergétique italienne Gestore dei servizi energetici (GSE) doit rendre un avis au porteur de projet confirmant son éligibilité au bénéfice du mécanisme. Cette disposition vise à réduire les incertitudes et à accélérer la mise en œuvre des grands projets.
Le MASE est par ailleurs tenu de mettre à jour périodiquement les quotas et les coefficients définis dans les avis d’appel d’offres, au minimum une fois tous les deux ans, sur la base des données fournies par Terna, le gestionnaire du réseau de transport italien, et par le GSE. Cette clause de révision permet d’ajuster le mécanisme en fonction de l’évolution réelle du marché, des coûts des équipements et de la progression des installations effectivement réalisées.
Les lauréats des appels d’offres ou du guichet direct disposent d’un délai de 36 mois pour mettre en service leur installation photovoltaïque. Ce calendrier, identique à celui des précédents mécanismes italiens, offre une fenêtre raisonnable pour la finalisation du financement, la commande des équipements et la réalisation des travaux. Le décret précise que ce délai exclut les périodes d’interruption imputables à des cas de force majeure survenus pendant la construction, tels que des aléas climatiques exceptionnels, des grèves générales ou des crises sanitaires.
Cette disposition reconnaît la réalité du terrain : les projets photovoltaïques de grande ampleur peuvent rencontrer des difficultés indépendantes de la volonté du porteur de projet. La prise en compte de ces circonstances évite des pénalités injustes et sécurise l’investissement. Il appartient toutefois aux candidats de documenter précisément ces interruptions et d’informer le GSE dans les meilleurs délais pour bénéficier de la suspension du calendrier.
Le délai de 36 mois court à compter de la communication de l’attribution du classement permettant de bénéficier du dispositif. Cette date marque le point de départ officiel du projet, après précédence de toutes les phases préparatoires : obtention des autorisations, validation du raccordement, signature des contrats de construction. Les porteurs de projets doivent donc veiller à ne pas solliciter le dispositif trop tôt dans le cycle de développement, faute de quoi ils s’exposeraient à des pénalités pour non-respect des délais.
Le décret FerX prévoit un régime de pénalités progressif en cas de dépassement du délai de mise en service. Pour les neuf premiers mois de retard, le prix attribué est réduit de 0,2 % par mois. Cette réduction mensuelle passe ensuite à 0,5 % par mois pendant les six mois suivants, soit une durée maximale de retard tolérée de 15 mois. Au-delà de cette limite, le GSE révoque le classement de l’installation et actionne la garantie de bonne exécution finale.
Si l’installation est par la suite admise dans un autre mécanisme de soutien, le prix attribué sera alors réduit d’une pénalité supplémentaire de 5 %. Ce dispositif dissuasif vise à lutter contre le phénomène des projets fantômes, qui obtiennent des quotas sans jamais être réalisés, au détriment des projets sérieux qui attendent un financement. En durcissant les conditions d’attribution, l’Italie cherche à garantir que les 10 GW de quotas photovoltaïques annoncés se traduisent effectivement par des centrales en fonctionnement.
Ce système de sanctions, gradué et transparent, s’inspire des meilleures pratiques observées dans les pays européens les plus avancés en matière d’énergies renouvelables. Il devrait responsabiliser l’ensemble de la filière et renforcer la crédibilité du mécanisme FerX auprès des investisseurs. Les garanties financières exigées lors du dépôt de candidature seront calibrées pour couvrir les risques de défaillance sans constituer une barrière excessive à l’entrée pour les acteurs de taille moyenne.
À court terme, les prochaines étapes sont clés pour les développeurs. Dans les 60 jours suivant l’entrée en vigueur du décret, le MASE doit approuver, sur proposition du GSE, les règles opérationnelles d’accès au mécanisme. Dans les 30 jours suivants, le GSE doit publier l’avis public permettant le dépôt des demandes de qualification préalable. Les entreprises intéressées doivent donc préparer leur dossier dès maintenant, en s’assurant que leurs projets respectent les critères d’éligibilité. Il est possible de consulter les informations mises à jour sur le site du MASE.
Le décret autorise également la participation d’installations situées dans des pays voisins, à condition qu’un accord bilatéral soit en vigueur entre le pays concerné et l’Italie. Cette ouverture transfrontalière correspond à la logique européenne de coopération énergétique et devrait faciliter le développement de projets conjoints, notamment avec la France, la Suisse et l’Autriche.
Enfin, le mécanisme FerX peut être cumulé avec certains dispositifs complémentaires, ce qui renforce son attractivité financière. Les porteurs de projets ont le choix entre : des subventions en capital pouvant couvrir jusqu’à 40 % du coût d’investissement pour les installations nouvellement construites ; des fonds de garantie et des fonds renouvelables ; ou des dispositifs fiscaux prenant la forme de crédits d’impôt ou de déductions du revenu imposable des entreprises pour les investissements dans des machines et des équipements.
Cette combinaison d’incitations s’inscrit dans une stratégie globale qui cherche à mobiliser toutes les ressources disponibles pour atteindre les objectifs climatiques. Le lancement effectif des premiers appels d’offres est désormais attendu avec impatience par un secteur photovoltaïque italien qui affiche une dynamique soutenue : les chiffres du gestionnaire de réseau Terna montrent une croissance constante des raccordements au cours des dernières années, mais encore insuffisante pour respecter la trajectoire de décarbonation. Avec le mécanisme FerX et ses 10 GW dédiés, l’Italie se dote d’un outil puissant pour accélérer le rythme et pérenniser la filière industrielle du solaire sur son territoire.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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