Incendie de tuiles photovoltaïques : les pompiers face à de nouveaux défis en Allemagne

Un nouvel incendie impliquant une maison équipée de tuiles photovoltaïques a mobilisé les pompiers de Kleve, en Allemagne, le 9 juin dernier. Cet incident, survenu moins d’un mois après un cas similaire à Gütersloh, relance le débat sur la sécurité des toitures solaires intégrées. Alors que la transition énergétique accélère l’adoption de ces technologies, les services d’incendie doivent constamment adapter leurs protocoles pour faire face à des risques spécifiques, notamment électriques et structurels.

L’alerte a été donnée vers 14 heures, les premiers témoins signalant un feu de balcon. Mais à l’arrivée des secours, les flammes avaient déjà gagné la charpente. Soixante-cinq pompiers ont été dépêchés sur place, et l’intervention a duré près de cinq heures, jusqu’à 19 heures, pour venir à bout du sinistre rue Materborner Allee. Heureusement, tous les occupants avaient évacué le bâtiment avant l’arrivée des secours et aucun blessé n’est à déplorer.

Une intervention compliquée par la double technologie : tuiles solaires et toiture végétalisée

Selon Florian Pose, porte-parole des pompiers de Kleve, le toit était constitué de tuiles photovoltaïques intégrées et était également végétalisé. Cette combinaison a considérablement complexifié la localisation du foyer de l’incendie. Contrairement à des panneaux solaires montés sur une structure rapportée, les tuiles solaires font partie intégrante de l’enveloppe du bâtiment. Cela empêche les pompiers d’utiliser leurs techniques habituelles de ventilation et de démontage, car il faut déposer des éléments qui sont à la fois couverture et générateur d’électricité.

La présence d’une toiture végétalisée ajoute une couche d’isolation qui peut masquer les points chauds et favoriser une propagation lente et sournoise. Les équipes ont dû démonter une partie du toit manuellement pour accéder aux foyers cachés et éliminer tout risque de reprise. La rue a été rouverte à la circulation après que l’incendie a été totalement éteint. La cause du sinistre est encore en cours d’enquête, mais les premiers éléments écartent une responsabilité directe des tuiles solaires elles-mêmes.

Rappel du précédent : l’incendie de Gütersloh et le choc électrique d’un pompier

Quelques semaines plus tôt, un incident similaire s’était produit à Gütersloh. Là aussi, le feu s’était propagé sous un toit équipé de tuiles photovoltaïques Solteq. Lors du démontage manuel des tuiles pour accéder aux foyers, un pompier avait reçu une décharge électrique provenant d’une tuile encore sous tension. Il avait été hospitalisé pour examens, mais n’avait pas subi de blessures graves.

Cet événement avait mis en lumière les risques d’électrocution liés à l’impossibilité de couper totalement la production d’électricité en journée. Les tuiles solaires, contrairement aux panneaux classiques, sont souvent connectées en série et la tension peut persister même après l’arrêt de l’onduleur. Selon des sources de pv magazine, les services d’incendie européens développent depuis plusieurs années des protocoles spécifiques pour les installations photovoltaïques, mais l’intégration au bâti (BIPV) introduit des variables opérationnelles encore mal maîtrisées.

Le fabricant Solteq apporte des précisions et renforce la sécurité

Solteq, fabricant des tuiles photovoltaïques concernées, a répondu aux interrogations. Berkay Bayer, représentant de l’entreprise, a rappelé que la société est issue du domaine de la sécurité opérationnelle : « Notre activité dans le solaire a commencé par des systèmes de protection avant même la conception de nos tuiles. Même si aucun produit n’est infaillible, notre objectif a toujours été de réduire les risques d’exploitation au minimum. »

Nouvel incendie dans une maison équipée de tuiles photovoltaïques en Allemagne

Concernant l’incendie de Gütersloh, Solteq indique que l’hypothèse la plus probable situe l’origine du feu dans le système de stockage installé sous le toit, et non dans les tuiles. Les batteries auraient continué à alimenter le système après que les panneaux eurent cessé de produire. Pour l’incendie de Kleve, l’entreprise révèle qu’une anomalie avait été détectée plusieurs semaines avant le sinistre : l’onduleur avait signalé un défaut d’isolement sur l’une des chaînes. Solteq affirme avoir recommandé une inspection immédiate, conformément aux manuels d’installation. Solteq propose également des formations aux services d’incendie et équipe chaque maison d’une plaque d’information et d’une fiche technique pour les pompiers.

Des systèmes de protection incendie désormais de série

À la suite de ces incidents, Solteq a annoncé plusieurs mesures renforcées. Depuis février 2026, l’entreprise commercialise le système Solteq-VBS (protection incendie préventive). Ce dispositif intègre un câble fusible thermique qui traverse les zones à risque. Dès qu’une surchauffe est détectée, que ce soit au niveau des modules, des connecteurs, du câblage ou des batteries, le système coupe l’alimentation en environ 50 millisecondes. Combiné au système Solteq-BFA (arrêt en cas d’incendie) disponible depuis 2008, il permet d’éliminer la tension et d’interrompre les arcs électriques avant qu’un incendie ne se déclare.

Par ailleurs, depuis le début de l’année 2026, toutes les toitures Solteq sont équipées en série d’une sous-couche ignifuge à base de fibre de verre et d’aluminium, offrant une barrière supplémentaire contre la propagation des flammes. Selon Solteq, aucun bâtiment résidentiel n’a été détruit à la suite d’un défaut imputable à ses tuiles solaires, et son assureur Allianz n’a eu à indemniser aucun sinistre lié à cette technologie en quarante ans d’activité.

Recommandations pour les propriétaires de tuiles photovoltaïques

Pour minimiser les risques, Solteq insiste sur plusieurs bonnes pratiques :

  • Faire installer le système par un professionnel qualifié utilisant des connecteurs homologués (l’entreprise signale des cas d’installateurs utilisant des connecteurs incompatibles).
  • Surveiller régulièrement les défauts d’isolement signalés par l’onduleur et ne pas les ignorer.
  • Informer les pompiers locaux de la présence de tuiles photovoltaïques et leur remettre la fiche technique fournie.
  • Installer un système d’arrêt rapide comme le Solteq-VBS pour couper automatiquement la tension en cas d’incident.

À l’échelle européenne, des organisations comme le CTIF (Comité technique international de prévention et d’extinction du feu) publient régulièrement des guides pour les services d’incendie face aux énergies renouvelables. La prudence reste de mise, mais les solutions techniques progressent pour concilier esthétique, performance énergétique et sécurité incendie.

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