La Société financière internationale (SFI), filiale du Groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, a officialisé le 24 juin 2026 un investissement en fonds propres de 10 millions de dollars (environ 8,7 millions d’euros) dans CrossBoundary Access. Ce véhicule d’investissement, piloté par le groupe CrossBoundary, est spécialisé dans le financement d’actifs d’énergies renouvelables distribuées sur le continent africain. Cette injection de capitaux vise à étendre le portefeuille de projets solaires et de stockage par batteries, tout en renforçant la présence de l’entreprise sur des marchés clés comme le Nigéria et Madagascar.
Cet appui financier s’inscrit dans une dynamique plus large de mobilisation de capitaux privés pour combler le déficit énergétique africain. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), près de 600 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité en Afrique subsaharienne. Les mini-réseaux solaires, qui alimentent des villages et des zones périurbaines non connectées au réseau national, constituent une solution éprouvée et rapidement déployable pour réduire cette fracture énergétique.
CrossBoundary Access se positionne comme un intermédiaire financier unique. Plutôt que de développer directement des centrales solaires, l’entreprise mobilise des capitaux privés et les oriente vers des projets rentables portés par des développeurs spécialisés. Ce modèle dit « d’investissement par actifs » permet de mutualiser les risques et de réduire le coût du capital pour les opérateurs de mini-réseaux. En pratique, CrossBoundary Access achète les infrastructures solaires et les batteries, puis les loue aux développeurs, ce qui libère leur trésorerie pour se concentrer sur l’exploitation et l’acquisition de clients.
L’entreprise affiche aujourd’hui un portefeuille opérationnel de plus de 4 mégawatts (MW) de capacité solaire photovoltaïque et de 8,5 mégawattheures (MWh) de stockage par batteries. Ces actifs, déployés principalement au Nigéria et à Madagascar, alimentent des milliers de foyers, de commerces, de cliniques et d’écoles. Le communiqué officiel précise que ce nouvel investissement de la SFI soutiendra la poursuite des projets menés avec des partenaires comme Ignite Energy Access et Mobile Power (MOPO) au Nigéria, ainsi qu’ANKA à Madagascar.
Ces partenariats illustrent la vitalité de l’écosystème des énergies distribuées en Afrique. ANKA, par exemple, déploie des mini-réseaux solaires dans des zones rurales malgaches où le taux d’électrification reste inférieur à 15 %. De son côté, Mobile Power développe des solutions de batteries échangeables et de compteurs intelligents, une approche particulièrement adaptée aux zones à forte densité de population précaire.
L’investissement de la SFI dans CrossBoundary Access est rendu possible grâce à un mécanisme de financement mixte soutenu par la Global Energy Alliance for People and Planet, une initiative de la Rockefeller Foundation. Ce type de montage combine des fonds concessionnels (subventions ou prêts à taux préférentiels) avec des capitaux commerciaux pour rendre les projets attractifs pour les investisseurs privés, tout en maintenant des tarifs abordables pour les populations locales.
Pour la SFI, cette opération s’inscrit dans sa stratégie plus large de lutte contre le changement climatique et de promotion de l’électrification verte. L’institution a déjà investi massivement dans les énergies renouvelables en Afrique, notamment à travers son programme « Scaling Solar » qui a permis de développer des centrales solaires au Sénégal, au Tchad et au Mali. Ce nouvel investissement dans CrossBoundary Access renforce son engagement dans le segment des mini-réseaux, souvent jugé trop risqué par les bailleurs de fonds traditionnels.
Gabriel Davies, directeur général de CrossBoundary Access, a souligné dans un communiqué que « l’investissement de l’IFC constitue une nouvelle étape importante vers la mobilisation des capitaux nécessaires pour apporter l’électricité à des millions de personnes supplémentaires en Afrique ». Cette déclaration reflète l’effet de levier attendu : chaque dollar investi par une institution de développement comme la SFI doit en attirer plusieurs autres venant de fonds privés, de banques commerciales ou d’impact investors.
CrossBoundary Access compte d’ailleurs déjà à son capital des investisseurs de premier plan, notamment ARCH Emerging Markets Partners, Bank of America, le Microsoft Climate Innovation Fund et le Fonds spécial pour l’énergie durable en Afrique (SEFA) de la Banque africaine de développement. Cette base d’investisseurs diversifiée témoigne de la crédibilité du modèle et de son potentiel de croissance.
Les mini-réseaux solaires sont devenus un pilier des stratégies d’électrification dans les pays en développement. Selon la Banque mondiale, ils représentent la solution la plus rentable pour électrifier près de 40 % de la population rurale africaine d’ici 2030. Contrairement aux grandes centrales centralisées, ils peuvent être déployés en quelques mois, modulables selon les besoins locaux, et fonctionnent sans avoir besoin de construire des centaines de kilomètres de lignes de transmission.
Le coût de l’énergie solaire photovoltaïque a chuté de plus de 80 % en dix ans, ce qui rend ces projets économiquement viables sans subventions publiques dans de nombreuses régions. Combinés à des systèmes de batteries lithium-ion, ils permettent de fournir une électricité stable et fiable, y compris pendant les heures de pointe du soir, lorsque les besoins en éclairage et en recharge d’appareils sont les plus élevés.
Malgré ces avancées, plusieurs obstacles demeurent. Le financement initial reste le principal frein au déploiement des mini-réseaux. Un projet typique de 50 kW coûte entre 200 000 et 400 000 dollars, une somme difficile à réunir pour les développeurs locaux sans appui extérieur. La rentabilité dépend également de la capacité des clients à payer, d’où l’importance de modèles tarifaires flexibles et de systèmes de paiement mobile, comme ceux proposés par MOPO au Nigéria.
Le cadre réglementaire constitue un autre défi. Dans de nombreux pays, la législation sur les licences d’exploitation, les tarifs et les zones de service exclusives est encore floue ou inadaptée aux réalités des mini-réseaux. Les gouvernements qui ont mis en place des politiques claires, comme le Nigéria avec son ministère de l’Énergie et ses réglementations sur les mini-réseaux, ont vu le secteur se développer rapidement.
L’investissement de la SFI dans CrossBoundary Access intervient à un moment charnière. Face à la hausse des prix des combustibles fossiles et à l’urgence climatique, les bailleurs de fonds internationaux redoublent d’efforts pour soutenir les énergies propres en Afrique. Le programme Energy Sector Management Assistance Program (ESMAP) de la Banque mondiale a par exemple triplé son budget pour les mini-réseaux au cours des trois dernières années.

CrossBoundary Access prévoit d’utiliser les fonds de la SFI pour explorer de nouvelles opportunités de partenariat dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne. L’entreprise étudie notamment des marchés comme la Sierra Leone, le Libéria et la République démocratique du Congo, où le potentiel de croissance est énorme mais où les besoins en financement structuré sont criants.
Cette expansion s’accompagnera de créations d’emplois locaux, de formations techniques et de retombées économiques directes pour les communautés desservies. L’accès à l’électricité ne se limite pas à l’éclairage : il permet le fonctionnement de pompes à eau, la conservation des vaccins, la recharge de téléphones portables et le développement de petites entreprises artisanales. Autant de vecteurs de développement humain et économique durable.
À Madagascar, moins de 30 % de la population a accès à l’électricité, avec des disparités régionales marquées. ANKA, partenaire de CrossBoundary Access, y développe des mini-réseaux solaires dans les régions isolées du Sud et de l’Ouest, où les habitants dépendent encore largement des lampes à pétrole et des générateurs diesel. Chaque nouveau mini-réseau installé transforme la vie de centaines de familles et stimule l’économie locale.
Au Nigéria, le déficit énergétique est à la fois urbain et rural. Malgré d’importantes réserves de pétrole et de gaz, le pays souffre de pannes récurrentes et d’un réseau électrique vétuste. Ignite Energy Access et MOPO y déploient des solutions de mini-réseaux et de batteries échangeables qui offrent une alternative fiable aux quelque 85 millions de Nigérians privés d’électricité. Ces initiatives contribuent à réduire la dépendance aux groupes électrogènes diesel, très polluants et coûteux à l’usage.
Les bénéfices de l’électrification décentralisée sont documentés par de nombreuses études. L’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) estime que l’accès à une électricité fiable augmente le revenu moyen des ménages ruraux de 15 à 30 % grâce aux nouvelles activités productives. La durée des études des enfants s’allonge, la sécurité des femmes s’améliore avec un éclairage public, et les centres de santé peuvent enfin conserver les vaccins à bonne température.
Le modèle économique de CrossBoundary Access, qui vise des rendements à long terme plutôt que des profits immédiats, est particulièrement bien adapté à ces réalités. En mutualisant les risques et en partageant les coûts avec les développeurs, il permet de maintenir des tarifs de l’électricité abordables, généralement compris entre 0,5 et 1 dollar par kilowattheure, contre 2 à 4 dollars pour l’énergie produite par les générateurs diesel individuels.
L’engagement de la SFI dans CrossBoundary Access s’inscrit dans un mouvement plus vaste. Lors du Sommet de Paris sur les énergies renouvelables et le climat, les pays donateurs ont promis des milliards de dollars pour l’électrification de l’Afrique. Le programme Sustainable Energy for All (SEforALL) et la banque de projets IRENA travaillent avec les gouvernements africains pour créer un environnement favorable aux investissements.
Les institutions financières de développement, comme la SFI, jouent un rôle de catalyseur incontournable. Leur capacité à absorber les premiers risques et à patienter avant d’obtenir des retours sur investissement permet de débloquer des financements privés qui, sans elles, resteraient à l’écart. C’est tout l’objet de la finance mixte, dont la Global Energy Alliance for People and Planet est l’un des principaux vecteurs.
Le marché africain des mini-réseaux solaires est en pleine effervescence. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le nombre de mini-réseaux sur le continent devrait passer d’environ 3 000 en 2020 à plus de 9 000 d’ici 2030, si les conditions de financement se maintiennent. Les technologies évoluent également : smart grids, compteurs intelligents, stockage longue durée et intégration de la production solaire avec d’autres sources renouvelables comme le mini-hydraulique ou l’éolien.
CrossBoundary Access, avec le soutien de la SFI, est particulièrement bien positionné pour profiter de cette croissance. Le groupe CrossBoundary, fondé en 2011, a déjà mobilisé plus de 500 millions de dollars pour des projets d’impact en Afrique. Son expertise en matière de structuration financière et sa connaissance fine des marchés locaux en font un acteur de référence pour les investisseurs institutionnels.
Pour Madagascar et le Nigéria, les effets attendus sont multiples : réduction des émissions de gaz à effet de serre, amélioration de l’accès aux services de base, création d’emplois locaux et renforcement de la résilience économique des communautés rurales. L’investissement de la SFI dans CrossBoundary Access n’est donc pas seulement une opération financière : c’est un signal fort envoyé au marché et une brique supplémentaire dans l’édifice d’une électrification africaine durable et inclusive.
Les prochains mois seront décisifs pour observer les premières mises en œuvre des projets soutenus par ce nouvel investissement, l’extension des partenariats existants et le développement de nouvelles collaborations en Afrique subsaharienne. Les populations locales, elles, n’ont pas besoin d’attendre pour mesurer l’impact concret de ces mini-réseaux solaires dans leur quotidien.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
Inscrivez-vous en avant-première pour ne rien manquer de nos prochaines actualités.
Saisissez le code reçu par SMS :
Entrez le code de validation envoyé sur votre mobile pour finaliser votre demande.