Le Journal officiel du 27 août 2026 a publié un décret et deux arrêtés qui transforment en profondeur le fonctionnement de MaPrimeRénov’. Dès le 1er septembre, le parcours « par geste » est fortement resserré : le solaire thermique, l’isolation seule, la ventilation et les pompes à chaleur air/air sont écartés de la prime en métropole. En revanche, les pompes à chaleur air/eau, géothermiques et solarothermiques restent soutenues, tout comme le raccordement à un réseau de chaleur renouvelable. Cette réforme, voulue pour accélérer la sortie des énergies fossiles, déplace le financement de nombreux équipements vers les certificats d’économies d’énergie (CEE). Explications.
Les textes publiés jeudi 27 août 2026 s’appliquent aux demandes de primes déposées à compter du 1er septembre 2026. Contrairement aux grandes lois de programmation, aucune période de transition n’a été prévue pour les dossiers en cours de préparation. Les ménages qui souhaitaient bénéficier d’un forfait MaPrimeRénov’ pour une installation solaire thermique ou une isolation ont donc dû déposer leur demande avant la date limite.
Concrètement, le décret n° 2026-822 du 25 août 2026, accompagné de deux arrêtés techniques, redéfinit les listes d’équipements et de travaux éligibles aux parcours « par geste » et « accompagné ». L’article R. 181-15 du code de la construction et de l’habitation est modifié pour restreindre le périmètre des opérations subventionnables à titre unitaire. Les travaux les plus coûteux ou les plus structurants sont désormais renvoyés vers une approche globale de rénovation.
Les équipements solaires thermiques destinés au chauffage ne sont plus éligibles au parcours « par geste ». Cette disposition concerne également les chauffe-eau solaires individuels (CESI), les systèmes solaires combinés (SSC) et les capteurs hybrides qui associent production thermique et photovoltaïque. Il ne s’agit pas d’une simple baisse de l’aide, mais de la suppression complète du forfait pour ces équipements. Une demande déposée à partir du 1er septembre 2026 ne peut donc plus obtenir d’aide autonome de MaPrimeRénov’ pour un projet solaire thermique en métropole.
Cette décision surprend d’autant plus que le solaire thermique est souvent cité comme une solution efficace pour réduire la facture d’eau chaude sanitaire et le recours aux énergies fossiles. Le Gouvernement justifie ce recentrage par la nécessité de concentrer les moyens publics sur les rénovations complètes et les équipements de chauffage décarboné à fort impact. Le solaire thermique conserve toutefois un rôle dans le parcours accompagné, lorsqu’il est intégré à un projet global d’isolation et de changement de système de chauffage.
Une exception importante est prévue pour la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion et Mayotte. Dans ces territoires, les chauffe-eau solaires individuels continuent de bénéficier de MaPrimeRénov’ avec des montants qui restent significatifs : jusqu’à 1 600 euros pour les ménages aux revenus très modestes, 1 300 euros pour les ménages modestes et 1 000 euros pour les ménages intermédiaires. Le climat tropical et l’ensoleillement important justifient ce traitement dérogatoire. En revanche, les systèmes solaires combinés ne sont pas concernés par ce maintien.
En métropole, les porteurs de projet se tourneront désormais vers les CEE pour financer leur installation solaire thermique. Plusieurs fiches d’opérations standardisées restent mobilisables : la fiche BAR-TH-101 pour le chauffe-eau solaire individuel, la BAR-TH-102 pour le chauffe-eau solaire collectif, la BAR-TH-143 pour le système solaire combiné, la BAR-TH-162 pour les capteurs hybrides et la BAR-TH-168 pour les dispositifs solaires thermiques. Chaque fiche fixe des exigences de performance et des modalités de calcul des économies d’énergie.
Attention cependant : le montant des CEE n’est pas fixe. Il varie selon la zone climatique, la surface du logement, le niveau de revenus du ménage, la performance du matériel et la politique commerciale de chaque énergéticien. Pour un même projet, deux fournisseurs d’énergie peuvent proposer des primes différentes. Les CEE constituent donc une source de financement utile, mais sans doute moins lisible et moins garantie qu’une subvention publique classique.
Le décret maintient l’éligibilité des pompes à chaleur « autres qu’air/air ». En d’autres termes, les PAC air/eau, géothermiques ou solarothermiques continuent d’ouvrir droit à une aide, tandis que les pompes à chaleur air/air demeurent hors du périmètre. Cette exclusion n’est pas nouvelle : elle existait déjà depuis 2020. Mais elle interroge à l’heure où les épisodes de canicule se multiplient.
Une PAC air/air réversible assure à la fois le chauffage en hiver et la climatisation en été. Elle constitue souvent la solution la plus simple pour les logements équipés de convecteurs électriques et dépourvus de circuit d’eau chaude. Dans ce cas, l’installation d’une pompe à chaleur air/eau implique la création d’un réseau hydraulique complet, avec des travaux lourds et des coûts importants. Or, pour les logements anciens ou les petites surfaces, cette solution peut devenir disproportionnée.
L’exclusion des PAC air/air vise avant tout à éviter de subventionner des équipements utilisés pour la climatisation. Les pouvoirs publics redoutent un effet rebond sur la consommation électrique et un impact sur la pointe estivale. Le raisonnement se comprend lorsque la climatisation est considérée comme un usage superflu. En revanche, dans les régions du sud de la France ou lors des épisodes de forte chaleur, la protection des personnes fragiles devient un enjeu de santé publique. La politique de rénovation énergétique ne peut pas ignorer le confort d’été.
L’isolation réalisée seule, les systèmes de ventilation, les chauffe-eau thermodynamiques et les équipements indépendants fonctionnant au bois ou à la biomasse sortent également du parcours « par geste ». Pour ces travaux, il ne sera plus possible d’obtenir un forfait séparé de MaPrimeRénov’ en métropole. Cette mesure bouleverse les stratégies de nombreux ménages qui comptaient financer une isolation des combles ou une VMC simple flux à moindre coût.
Ces travaux peuvent toujours être intégrés à une rénovation d’ampleur dans le cadre du parcours accompagné. Ils restent par ailleurs éligibles, dans certaines conditions, aux certificats d’économies d’énergie et à l’éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ). Le troisième texte publié au Journal officiel maintient précisément dans l’éco-PTZ les travaux retirés de MaPrimeRénov’ et reprend leurs critères techniques.
Cette bascule pose néanmoins une question économique : un éco-PTZ est un prêt remboursable, alors que MaPrimeRénov’ est une subvention non remboursable. Pour les ménages modestes, le passage d’une aide directe à un crédit peut constituer un frein important. Le reste à charge réel d’une isolation augmente mécaniquement, même si le coût du crédit est pris en charge par l’État.
La réforme ne se limite pas à réduire la liste des équipements éligibles. Elle durcit également les conditions du parcours accompagné, réservé aux rénovations globales. Dans une maison individuelle, les travaux ne devront plus conduire à installer ou conserver un équipement susceptible d’utiliser un combustible fossile pour le chauffage ou la production d’eau chaude. Une rénovation qui maintiendrait une chaudière gaz ou fioul pourrait donc devenir inéligible, même si elle intègre par ailleurs une isolation performante.

Les pompes à chaleur dotées d’un appoint fossile sont également exclues. Seul le raccordement à un réseau de chaleur ou de froid majoritairement renouvelable échappe à cette interdiction. Le Gouvernement fait le pari d’une décarbonation rapide des bâtiments, conformément aux objectifs climatiques européens et nationaux.
Un assouplissement est toutefois prévu pour les logements classés F ou G. Les propriétaires de ces passoires thermiques conservent l’accès au parcours « par geste » jusqu’au 31 décembre 2027, mais uniquement pour les quelques équipements qui restent éligibles. L’obligation de fournir un diagnostic de performance énergétique (DPE) est également repoussée au 1er janvier 2028. Ce délai vise à éviter de bloquer les chantiers les plus urgents tout en laissant le temps aux gestionnaires de l’Anah d’adapter les procédures.
Face à cette refonte, les ménages disposent encore de plusieurs leviers. Le premier est le parcours accompagné, qui ouvre droit à des aides plus généreuses à condition d’engager un projet global de rénovation. Ce parcours impose le passage par un opérateur de France Rénov et une étude thermique préalable. Il peut financer l’isolation, la ventilation, le changement de chauffage et l’installation d’énergies renouvelables dans un cadre cohérent.
Le deuxième levier est constitué par les certificats d’économies d’énergie. Les fiches CEE restent nombreuses pour le solaire thermique, les PAC air/air et l’isolation. Elles permettent d’obtenir une prime, dont le montant doit toutefois être négocié avec plusieurs fournisseurs d’énergie pour être optimisé. Le cumul entre CEE et MaPrimeRénov’ est possible pour les opérations qui restent éligibles à la prime, sous réserve de respecter les plafonds réglementaires.
Le troisième levier est l’éco-prêt à taux zéro. Il permet de financer les travaux retirés de MaPrimeRénov’ sans payer d’intérêts, mais il doit être remboursé. Il peut être utile pour compléter un plan de financement construit autour des CEE et d’une éventuelle aide locale. Certaines collectivités territoriales proposent en effet des subventions complémentaires pour le solaire thermique, la géothermie ou l’isolation. Il est conseillé de se rapprocher de sa commune, de son intercommunalité ou de sa région avant de lancer un projet.
La réforme de septembre 2026 recentre les aides publiques sur les rénovations globales et les pompes à chaleur hydrauliques. L’objectif affiché est de sortir rapidement des énergies fossiles et d’améliorer l’efficacité énergétique du parc immobilier français. La démarche est cohérente d’un point de vue budgétaire, car elle réduit les dépenses unitaires au profit de projets plus structurants.
Elle laisse pourtant des angles morts. La disparition du solaire thermique de MaPrimeRénov’ en métropole affaiblit une filière industrielle française et européenne pourtant prometteuse. Les capteurs solaires thermiques ont un excellent rendement, une durée de vie supérieure à vingt ans et permettent de réduire significativement les consommations d’eau chaude. Les renvoyer vers les CEE, dont le montant est flexible et parfois difficile à négocier, risque de ralentir les installations.
L’exclusion des PAC air/air apparaît également de plus en plus difficile à justifier dans le contexte du changement climatique. Les canicules de l’été 2026 ont démontré que le confort d’été n’est plus un luxe : dans les logements mal isolés, la chaleur devient un risque sanitaire pour les personnes âgées et les enfants. Une pompe à chaleur réversible permet d’assurer la climatisation avec un équipement unique, certes gourmand en électricité pendant l’été, mais dont l’impact global reste contenu. La question mérite d’être posée : la politique de rénovation énergétique doit-elle continuer de privilégier presque exclusivement les besoins de chauffage ?
Pour les artisans et les installateurs, cette réforme impose une remise à niveau rapide. Les demandes de primes déposées avant le 1er septembre sont jugées selon l’ancienne réglementation. Après cette date, les devis doivent impérativement être conformes aux nouvelles exigences. Une installation solaire thermique devra être présentée comme un complément à une rénovation globale, ou entièrement financée par les CEE. Dans ce dernier cas, le professionnel doit maîtriser la constitution du dossier CEE, la rédaction du devis conforme et la collecte des pièces requises.
Les pompes à chaleur air/air, quant à elles, nécessitent un accompagnement spécifique. Si le recours aux CEE reste possible via la fiche BAR-TH-129, les montants offerts dépendent largement de la capacité du professionnel à monter un dossier solide. Les entreprises qui négligent cette évolution perdront une part significative de leur portefeuille d’activités. À l’inverse, celles qui intègrent les CEE comme un vrai métier pourront proposer des offres compétitives et maintenir leur chiffre d’affaires.
Cette réforme s’inscrit dans une trajectoire plus large. Le Gouvernement a annoncé vouloir conditionner l’ensemble des aides publiques à l’élimination complète des énergies fossiles à horizon 2030. Le calendrier intermédiaire du 31 décembre 2027 pour les logements F et G montre que la priorité est donnée à l’éradication des passoires thermiques. Les logements classés D et E devront attendre, et les équipements solaires thermiques ne pourront prétendre qu’aux CEE à condition d’être intégrés dans un projet plus vaste.
Les associations de consommateurs et les syndicats professionnels du solaire ont d’ailleurs réagi avec inquiétude à l’annonce de ces textes. Plusieurs organisations estiment que la France s’éloigne de ses objectifs de déploiement des énergies renouvelables thermiques, pourtant inscrits dans la programmation pluriannuelle de l’énergie. D’autres jugent que le renvoi vers les CEE est une erreur d’appréciation, les énergéticiens ayant peu d’intérêt à promouvoir des équipements qui réduisent leurs ventes d’électricité et de gaz.
Le gouvernement, lui, assume ce choix stratégique. Il souhaite concentrer les moyens publics sur les rénovations qui produisent les économies les plus importantes, notamment via le remplacement des chaudières fossiles par des pompes à chaleur à circuit hydraulique. Les bâtiments tout électriques étant déjà décarbonés, l’installation d’une PAC air/air est perçue comme un confort d’été plutôt qu’une nécessité énergétique.
Il appartiendra aux futurs dispositifs d’évaluer si cette approche est efficace. En attendant, les ménages devront faire preuve de vigilance et de méthode avant de lancer un projet. Un passage par un conseiller France Rénov est fortement recommandé pour identifier les aides mobilisables, éviter les erreurs de montage de dossier et maximiser le cumul des financements.
Pour résumer, la réforme publiée le 27 août 2026 modifie les règles du jeu de la rénovation énergétique à plusieurs niveaux. Le parcours « par geste » de MaPrimeRénov’ est

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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