Les gestionnaires des réseaux électriques français, Enedis (réseau de distribution) et RTE (réseau de transport), ont récemment alerté sur l’état de saturation d’environ 10% du territoire national pour l’accueil de nouvelles capacités renouvelables. Cette situation, actualisée en 2025-2026, concerne principalement les projets photovoltaïques et éoliens qui peinent à être raccordés dans des délais raisonnables. Selon leurs données, le délai de raccordement peut dépasser cinq ans dans les zones les plus contraintes, un frein majeur pour les porteurs de projets et pour l’atteinte des objectifs climatiques de la France.
Les infrastructures de raccordement existantes arrivent à saturation, notamment au niveau des postes-sources, ces équipements clés qui font la liaison entre le réseau haute tension de RTE et le réseau moyenne tension d’Enedis. Leur capacité limitée à transformer l’électricité et à l’évacuer vers les zones de consommation est la cause principale de ces blocages.
Enedis a publié une cartographie nationale interactive des capacités réseau, où les zones en rouge indiquent une saturation critique. Parmi les territoires identifiés :
Ces secteurs cumulent plusieurs facteurs : une production renouvelable concentrée dans des zones à faible consommation locale, un réseau vieillissant ou insuffisamment dimensionné, et des démarches administratives longues.
La croissance du photovoltaïque est spectaculaire. En 2025, Enedis a raccordé 5,8 GW de solaire sur son seul réseau de distribution (contre 4,2 GW en 2023). Cette dynamique est portée par les exploitations agricoles qui installent des panneaux solaires sur les toits de hangars ou au sol, dans le cadre de la méthanisation ou de l’agrivoltaïsme. Or, ces installations se situent souvent dans des zones rurales éloignées des grands centres de consommation, ce qui exige de renforcer les lignes et les postes-sources.
Selon Cédric Boissier, directeur du raccordement chez Enedis, environ deux tiers de la récente croissance des énergies renouvelables se concentre dans ces territoires ruraux. Le Lot-et-Garonne illustre parfaitement cette tendance : la puissance renouvelable y est passée de 80 MW en 2018 à plus de 260 MW fin 2025, essentiellement grâce au solaire agricole.
Pour répondre à cette saturation, Enedis prévoit un plan d’investissement massif. L’entreprise exploite actuellement environ 2 300 postes-sources sur tout le territoire. Elle annonce la construction de 100 postes-sources supplémentaires d’ici 2030, dont près des deux tiers dédiés aux énergies renouvelables. Ces nouvelles infrastructures permettront de désaturer les zones les plus tendues, notamment dans le sud-ouest et le centre de la France.
En parallèle, RTE a vu son budget approuvé par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) en février 2026 : 4,24 milliards d’euros pour l’année 2026, soit une hausse de 27% par rapport à 2025. Cette enveloppe finance le raccordement de nouveaux utilisateurs (y compris l’éolien en mer), l’adaptation du réseau existant et le renouvellement des infrastructures vieillissantes. Les schémas régionaux de raccordement (S3REnR) sont également révisés pour réserver des capacités aux projets renouvelables au fur et à mesure des travaux.

En savoir plus : consulter le site officiel d’Enedis pour la cartographie interactive, et les données de RTE sur les investissements réseau.
Enedis tient à relativiser : la France reste moins saturée que d’autres pays européens. En Espagne et aux Pays-Bas, la saturation des réseaux est bien plus élevée, avec des délais de raccordement pouvant atteindre 7 à 10 ans dans certaines régions. La France bénéficie d’un réseau encore relativement flexible, avec 90% du territoire considéré comme disponible pour de nouvelles capacités renouvelables. Les zones saturées sont donc localisées et identifiées, ce qui permet aux porteurs de projets de choisir des sites plus favorables.
Si vous envisagez d’installer des panneaux solaires – que ce soit sur un hangar agricole, un parking, un toit de commerce ou un petit site industriel – il est essentiel de vérifier la capacité réseau de votre zone avant de lancer le projet. Enedis met à disposition un simulateur de capacité en ligne. Les zones « rouges » ne sont pas nécessairement bloquées, mais les délais seront plus longs et les coûts de raccordement plus élevés. Dans les zones « vertes », le processus est plus rapide (souvent moins de deux ans).
De plus, les porteurs de projets peuvent anticiper en participant aux appels d’offres de la CRE et en incluant dès le départ un budget pour le renforcement réseau. Les schémas régionaux (S3REnR) sont consultables pour connaître les capacités réservées aux énergies renouvelables.
Cet article s’appuie sur les informations officielles d’Enedis, RTE, et les annonces de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) publiées en 2025-2026, ainsi que sur des articles de l’AFP.
Lien externe recommandé : Commission de régulation de l’énergie – CRE pour les décisions d’investissement et les textes réglementaires.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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