Le syndicat des professionnels de l’énergie solaire, Enerplan, a publié ce week-end une annonce pleine page en quatrième de couverture de La Tribune Dimanche, adressée directement au Premier ministre. Le message est sans ambages : « Monsieur le Premier ministre, le solaire français a besoin de vous. » Cette prise de parole intervient après une première interpellation restée sans réponse concrète de la part du gouvernement.
Au cœur de cette campagne, une demande centrale : la publication rapide et définitive du calendrier des prochains appels d’offres pour les installations photovoltaïques. Selon Enerplan, ce document est indispensable pour redonner de la visibilité aux industriels, aux investisseurs et aux collectivités territoriales, tous engagés dans la transition énergétique.
L’absence de calendrier n’est pas un simple retard administratif. Elle a des conséquences économiques réelles. Enerplan rappelle que les décisions d’investissement sont suspendues, les recrutements gelés, et les projets de R&D ralentis faute de savoir quels volumes d’appels d’offres seront lancés et à quelles dates. « L’incertitude coûte des investissements, des emplois, du temps, de la compétitivité. Un calendrier, lui, ne coûte rien », souligne le syndicat.
Selon les dernières données de l’Observatoire de l’énergie solaire, la filière française employait environ 40 000 personnes fin 2024 dans les segments de la fabrication, de l’installation, de la maintenance et de l’ingénierie. Une période de flou prolongée pourrait freiner les embauches déjà prévues pour atteindre les objectifs de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
Les développeurs disposent déjà de nombreux projets matures, prêts à être soumis lors des appels d’offres. Les collectivités locales, de leur côté, sont demandeuses de nouvelles installations sur leurs toitures, friches industrielles ou ombrières de parking. Mais sans échéances connues, les porteurs de projets ne peuvent pas sécuriser leur financement ni lancer les démarches administratives et techniques.
Cette situation est d’autant plus paradoxale que la France dispose d’un gisement solaire important et que les coûts de production du photovoltaïque ont continué de baisser ces dernières années, rendant la filière compétitive sans soutien direct dans certaines configurations.
L’interpellation d’Enerplan intervient alors que la France connaît un nouvel épisode de chaleur exceptionnelle, avec des températures dépassant les 40 °C dans plusieurs régions. Ces périodes sont synonymes de forte demande électrique, notamment en raison de l’utilisation massive de la climatisation et des systèmes de refroidissement.
Or, la production photovoltaïque est justement la plus élevée lors des journées ensoleillées et chaudes, entre 12 h et 16 h, là où les besoins grimpent. Selon RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, la puissance solaire installée en France métropolitaine atteignait fin 2024 environ 23 GW, couvrant près de 5 % de la consommation annuelle. Mais les objectifs gouvernementaux prévoient d’atteindre 54 GW en 2030, voire davantage dans le cadre de la future Stratégie française énergie-climat (SFEC).

Accélérer le déploiement solaire, c’est donc renforcer la sécurité d’approvisionnement électrique lors des pics de chaleur, réduire le recours aux centrales fossiles et améliorer la résilience du système électrique face au changement climatique.
À travers sa campagne, Enerplan ne se limite pas à une simple alerte. Le syndicat adresse une demande précise : que le Premier ministre prenne un engagement clair sur la publication du calendrier des appels d’offres pour les deux prochaines années, incluant les volumes, les dates de dépôt et les critères de sélection.
Les professionnels souhaitent également que ce calendrier soit suffisamment ambitieux pour atteindre les objectifs de la PPE, et qu’il soit accompagné de mesures simplificatrices pour les petites et moyennes installations, notamment dans les secteurs résidentiel et tertiaire.
Enerplan invite tous ses adhérents et l’ensemble des acteurs du solaire à relayer ce message et à témoigner des difficultés concrètes rencontrées du fait de l’incertitude. Le syndicat espère ainsi créer un mouvement suffisamment fort pour obtenir une réponse avant la pause estivale.
« Les projets existent. Les industriels sont prêts. Les territoires aussi. Il ne manque qu’une chose : la visibilité. » Cette phrase d’Enerplan résume parfaitement le sentiment de la filière. La balle est désormais dans le camp du gouvernement, qui doit rapidement trancher et publier le cadre réglementaire permettant de libérer les investissements.
Le solaire français est l’un des piliers de la décarbonation du mix électrique et de la souveraineté énergétique. Sans calendrier clair, la France risque de prendre du retard sur ses voisins européens, notamment l’Allemagne, l’Espagne et les Pays-Bas, qui déploient le photovoltaïque à un rythme bien plus soutenu.
Pour en savoir plus sur les positions d’Enerplan, vous pouvez consulter leur site officiel : enerplan.asso.fr. Les données sur la production électrique solaire sont disponibles sur le portail de RTE : rte-france.com. Enfin, le cadre de la Programmation pluriannuelle de l’énergie est détaillé sur le site du ministère de la Transition écologique : ecologie.gouv.fr.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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