Alors que les feux de forêt ont ravagé la Gironde en juillet 2026, la plus grande centrale photovoltaïque de France, située à Cestas, a démontré une résilience remarquable. Avec une puissance de 300 MWc et près d’un million de panneaux solaires répartis sur 258 hectares, cette installation a non seulement survécu à l’incendie, mais a également joué un rôle actif de barrière contre les flammes. Ancienne exploitation forestière détruite par les tempêtes de 1999, le site était depuis transformé en ferme solaire, entourée par les vastes forêts de pins des Landes.
Dès le samedi 25 juillet, Neoen, le développeur et exploitant de cette centrale, a activé un protocole de surveillance renforcée. Guillaume Decaen, directeur général adjoint des opérations de Neoen, a indiqué que la centrale a été découplée du réseau électrique par précaution, alors que le feu progressait sous les panneaux. Grâce à une gestion rigoureuse des obligations légales de débroussaillement (OLD), une bande de 50 mètres de végétation maîtrisée autour des clôtures a permis de stopper net l’avancée du brasier. « La centrale a pu redémarrer dès le dimanche », a‑t‑il confirmé.
En complément des OLD, l’entretien des sols à l’intérieur du parc est confié à un troupeau de moutons en partenariat avec un éleveur local. Les animaux pâturent librement entre les rangées de panneaux, limitant ainsi la prolifération des herbes sèches, un combustible idéal pour un incendie. Cette pratique d’agrivoltaïsme a déjà fait ses preuves sur d’autres sites photovoltaïques en France et à l’étranger, où elle réduit à la fois les coûts de maintenance et les risques d’incendie. Le ministère de la Transition écologique encourage ces synergies entre production d’énergie et agriculture.
En amont de l’événement, des agriculteurs locaux avaient déjà arrosé les pourtours du site pour freiner le feu. Mais ce sont finalement des pompiers suisses venus de Genève qui sont intervenus directement sur la centrale. Ils ont eu recours à la technique du « feu tactique » : allumer un feu secondaire contrôlé pour priver l’incendie principal de combustible et le détourner des installations critiques. Cette méthode, bien connue des services de lutte contre les feux de forêt, a été utilisée avec succès pour préserver intégralement les équipements.

Quelques mois avant l’incendie, les pompiers de Cestas avaient réalisé des manœuvres sur le site. Leur conclusion était claire : « les parcs solaires ne sont pas des nids à feu, et ce, pour deux bonnes raisons : surveillance et maintenance ». L’épisode tragique de juillet 2026 leur a donné raison. La centrale de Cestas a prouvé qu’avec une gestion rigoureuse de la végétation, des OLD bien appliquées et une coordination étroite avec les secours, une installation photovoltaïque de grande envergure peut non seulement résister à un incendie majeur mais aussi servir de coupe-feu naturel. L’INERIS propose d’ailleurs des guides détaillés sur la prévention des incendies dans les installations industrielles.
Cet événement conforte l’intérêt de la filière photovoltaïque française pour l’intégration de dispositifs de prévention incendie dès la conception des centrales. L’association des OLD, de l’agrivoltaïsme et de la coopération avec les services d’urgence a permis de sauver un actif crucial pour la transition énergétique. Alors que la France vise une multiplication par dix de sa capacité solaire d’ici 2050, le retour d’expérience de Cestas servira de référence pour sécuriser les futures installations. L’ADEME suit de près ces évolutions pour accompagner les porteurs de projet.
Des informations complémentaires sur la gestion des risques dans les parcs solaires sont disponibles sur le site de Neoen, qui partage régulièrement ses retours d’expérience.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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