Pour rester compétitive dans la course mondiale à l’intelligence artificielle, la France devra disposer d’environ 40 GW de capacités électriques supplémentaires d’ici cinq ans – soit près de 8 GW par an, selon Arthur Mensch, cofondateur et directeur général de Mistral AI. Or, à cet horizon, le « nouveau nucléaire », dont les premiers réacteurs ne sont pas attendus avant la fin de la prochaine décennie, ne pourra apporter de réponse immédiate. La bataille de l’IA se joue donc aussi sur le terrain des renouvelables pilotées : solaire, éolien, stockage et pilotage sont aujourd’hui les seules solutions capables d’être déployées assez vite pour alimenter les futurs centres de données et transformer les électrons français en tokens européens.
Auditionné le 12 mai 2025 à l’Assemblée nationale, Arthur Mensch a livré une intervention structurante sur la souveraineté numérique européenne. Son message central : l’intelligence artificielle générative consiste désormais à transformer de l’électricité en intelligence, autrement dit des électrons en tokens. Pour le dirigeant de Mistral AI, il ne faut plus distinguer le cloud de l’IA. La croissance des services numériques est aujourd’hui tirée par l’IA, qui devient le cœur de la valeur ajoutée. Les centres de données deviennent des outils industriels stratégiques, comparables à des mines ou à des usines de transformation d’une ressource naturelle. La ressource d’entrée est l’électricité ; la ressource de sortie est le token, unité économique de l’IA.
Arthur Mensch a avancé des besoins potentiels d’environ 1 kW par personne d’ici cinq ans, soit 40 GW à construire en France et 400 GW en Europe pour accompagner le développement de l’IA. Mistral AI vise la construction d’environ 1 GW de capacité d’ici 2029, tout en jugeant ce niveau insuffisant face à la compétition mondiale. Ces chiffres soulignent l’urgence d’une stratégie énergétique dédiée.
Arthur Mensch insiste sur un avantage français majeur : une électricité disponible et largement décarbonée grâce au parc nucléaire. Produire des tokens en France permet de réduire fortement l’empreinte carbone par rapport à des centres de données installés dans des régions plus carbonées, comme le Texas. L’enjeu n’est pas seulement numérique ou industriel, il est aussi climatique : si les capacités d’IA ne sont pas développées en France ou en Europe, elles le seront ailleurs, avec une électricité potentiellement beaucoup plus émettrice.
Mais cette opportunité est fragile. Le dirigeant alerte sur une possible monopolisation rapide de la ressource électrique européenne par les grands acteurs américains du cloud et de l’IA. Les entreprises disposant de bilans financiers massifs peuvent réserver les capacités électriques disponibles avant même que la demande européenne ne se matérialise. Une fois ces capacités captées, les acteurs européens risquent de manquer d’accès à l’énergie nécessaire pour entraîner et exploiter leurs propres modèles.
La révision de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) tombe à point nommé. La première version ignorait ce phénomène ; la nouvelle doit en faire un élément central de la stratégie énergétique française. Selon les documents officiels du ministère de la Transition écologique, la PPE3 fixe les priorités d’action pour la gestion de l’énergie. Intégrer les besoins spécifiques de l’IA pourrait accélérer le déploiement des renouvelables pilotées, seules capables d’apporter une réponse rapide.
L’intervention d’Arthur Mensch met également en lumière la répartition de la valeur. Dans la chaîne qui transforme l’électron en token, l’énergie ne représenterait qu’environ 10 % de la valeur. Si l’Europe se contente de fournir l’électricité tandis que les modèles, les serveurs, les plateformes et les services sont contrôlés ailleurs, 90 % de la valeur économique partirait hors d’Europe. Pour Arthur Mensch, le véritable enjeu de souveraineté consiste donc à garder en Europe non seulement les électrons, mais aussi la chaîne de valeur qui les transforme en services numériques à haute marge.
Sur le plan environnemental, Mistral AI défend une approche par analyse de cycle de vie, plutôt que par simple compensation carbone. L’entreprise indique avoir travaillé avec l’ADEME et Carbon4 pour évaluer l’empreinte de ses modèles. Arthur Mensch insiste aussi sur les progrès des systèmes de refroidissement, afin qu’une part croissante de l’électricité consommée serve réellement au calcul plutôt qu’aux fonctions annexes.
Au fond, son message est clair : la France dispose d’un double atout, des talents en IA et une électricité bas carbone. Mais cet avantage ne durera pas indéfiniment. Pour éviter une dépendance accrue aux géants américains, il faut accélérer les raccordements, sécuriser l’accès aux capacités électriques, orienter la commande publique vers des solutions européennes et construire une filière capable de transformer l’énergie française en intelligence artificielle européenne. Les renouvelables pilotées ne sont pas une option, mais une nécessité stratégique.
Article rédigé d’après l’audition d’Arthur Mensch à l’Assemblée nationale en mai 2025, complété par des données issues de la PPE3 et des travaux de l’ADEME.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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