Intelligence artificielle en France : le défi électrique des énergies renouvelables

L’essor de l’intelligence artificielle (IA) ne se limite plus aux algorithmes, aux talents ou aux financements. Il repose désormais sur une ressource aussi stratégique que méconnue : l’électricité. Alors que la France ambitionne de bâtir une IA souveraine, la question de l’approvisionnement électrique bas carbone devient centrale. Selon Arthur Mensch, cofondateur de Mistral AI, le pays aurait besoin de 40 GW supplémentaires d’ici cinq ans pour rester compétitif. Un défi que le seul nucléaire ne pourra relever à temps, contrairement aux énergies renouvelables associées au stockage.

Pourquoi l’intelligence artificielle consomme autant d’électricité

L’entraînement et l’exploitation des modèles d’IA générative nécessitent des centres de données (data centers) extrêmement énergivores. Chaque « token » généré par un modèle comme ceux de Mistral AI ou OpenAI consomme une quantité non négligeable d’électrons. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation électrique des data centers pourrait doubler d’ici 2026, portée par l’IA et le cloud computing. La France, avec un mix déjà largement décarboné grâce au nucléaire et aux renouvelables, dispose d’un atout, mais doit accélérer ses capacités pour éviter de dépendre d’énergies fossiles importées.

Les limites du nucléaire face à l’urgence de l’IA

Le « nouveau nucléaire » (EPR2, SMR) ne sera pas opérationnel avant la fin de la prochaine décennie. Or, la course à l’IA se joue dans les cinq ans à venir. Comme l’a souligné André Joffre, président de TECSOL et vice-président d’Enerplan, seules les filières déployables à court terme – solaire photovoltaïque, éolien terrestre et en mer, stockage par batteries, pilotage de la demande – peuvent répondre à l’urgence. Les centrales thermiques flexibles (gaz) pourraient servir de filet de sécurité, mais ne constituent pas une solution durable pour une souveraineté numérique bas carbone.

Le solaire et l’éolien : des leviers immédiats

La France dispose d’un gisement solaire et éolien important. Pourtant, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), en cours de révision pour 2027, n’avait pas intégré initialement les besoins spécifiques de l’IA. Il est urgent de simplifier les procédures d’autorisation pour les toitures, les parkings, les centrales au sol, et de développer l’agrivoltaïsme pour concilier production agricole et énergétique. L’éolien en mer, bien que plus long, doit aussi être accéléré.

Stockage et réseaux : les infrastructures clés

Produire de l’électricité renouvelable ne suffit pas : il faut la stocker et l’acheminer. Le déploiement massif de batteries (stationnaires et relocalisées) est indispensable pour lisser l’intermittence. Parallèlement, le renforcement des réseaux de transport (RTE) et de distribution (Enedis) est critique. Selon RTE, le nombre de demandes de raccordement pour des data centers a bondi ces dernières années, ce qui impose d’anticiper les capacités.

La souveraineté numérique passe par l’énergie

Produire des tokens en France plutôt que dans des régions utilisant du charbon ou du gaz permet de réduire l’empreinte carbone de l’IA et de garder la maîtrise des chaînes de valeur. C’est un enjeu géopolitique : sans électricité bas carbone disponible, les entreprises françaises d’IA risquent de délocaliser leurs calculs vers des pays mieux dotés. La révision de la PPE3 doit donc intégrer cette « nouvelle donne électrique » et fixer des objectifs de déploiement des renouvelables à la hauteur des 40 GW annoncés.

Conclusion : l’urgence d’un plan d’action

La bataille de l’IA ne se jouera pas seulement dans les laboratoires ou les levées de fonds, mais aussi dans les parcs solaires et éoliens, les batteries et les postes de raccordement. Sans une accélération massive des énergies renouvelables et du stockage, la France risque de manquer le virage de l’intelligence artificielle souveraine. Comme le résume André Joffre : « Sans renouvelables, pas d’IA souveraine. »

Article inspiré de la tribune d’André Joffre, président de TECSOL et vice-président d’Enerplan, et des auditions parlementaires d’Arthur Mensch (Mistral AI).

Pour aller plus loin

Inscrivez-vous en avant-première pour ne rien manquer de nos prochaines actualités.

Espace d'échanges et avis

  • Soyez le premier à partager votre expérience ou à poser une question.
La parole est à vous !

Vérification SMS

Saisissez le code reçu par SMS :

Vérification SMS

Entrez le code de validation envoyé sur votre mobile pour finaliser votre demande.