L’Inde, devenue le deuxième pôle mondial de fabrication de modules photovoltaïques avec 233 GW de capacités installées en juin 2026, voit ses usines tourner à seulement 35 à 40 % de leur capacité, loin des 50 à 65 % généralement nécessaires pour une exploitation durable, selon une étude de l’IEEFA et de JMK Research.
C’est ce que révèle une étude de l’Institut pour l’économie de l’énergie et l’analyse financière (IEEFA) et de JMK Research, société indienne de recherche spécialisée dans l’énergie, intitulée « Évaluer le risque de surcapacités dans l’industrie indienne de fabrication de modules photovoltaïques ». L’essor de l’industrie solaire indienne s’est concentré sur la fabrication de modules, laissant les segments amont de la chaîne de valeur — cellules, lingots, wafers — sous-développés et fortement dépendants des importations, notamment en provenance de Chine.
« L’Inde a ajouté des capacités de production de modules plus rapidement que le marché ne peut les absorber », explique Prabhakar Sharma, consultant senior chez JMK Research et auteur principal du rapport. Selon lui, quelque 135 GW supplémentaires sont déjà prévus ou en construction, ce qui devrait encore accentuer la pression sur les taux d’utilisation, les marges et les rendements — exposant notamment les fabricants indépendants à un risque d’actifs échoués.
La demande solaire indienne devrait continuer à progresser fortement d’ici 2030, mais pas suffisamment pour absorber les capacités déjà engagées. De nouveaux débouchés pourraient toutefois réduire cet écart — centres de données, hydrogène et ammoniac verts, exportations — pour un total estimé à 17-22 GW de demande supplémentaire d’ici 2030, l’hydrogène vert constituant le principal relais de croissance.
Les exportations restent cependant très concentrées : les États-Unis ont représenté environ 97 % des volumes de modules exportés par l’Inde au cours de l’exercice fiscal 2026. Ce débouché s’est fortement dégradé avec l’instauration de droits de douane américains cumulés dépassant 200 % pour la plupart des fabricants indiens, faisant chuter les exportations vers les États-Unis de 44 à 47 % par rapport à leur niveau record de l’exercice 2024.
L’Union européenne apparaît désormais comme l’alternative la plus structurée à moyen terme, grâce à des règles d’approvisionnement qui favorisent la diversification des chaînes de valeur. « L’Inde pourrait saisir l’occasion de développer de nouveaux marchés à l’export, à condition que les fabricants indiens de photovoltaïque soient capables de concurrencer efficacement les fabricants chinois », estime Charith Konda, spécialiste principal de l’énergie à l’IEEFA et coauteur du rapport. Il souligne que la croissance des exportations devra s’accompagner d’une réduction de l’écart de coûts et de technologies avec la Chine, via les économies d’échelle, l’intégration industrielle et une meilleure efficacité opérationnelle.
Selon l’étude, ce déséquilibre devrait progressivement transformer l’industrie : les fabricants de petite taille et non intégrés subiront une pression accrue, tandis que les acteurs les plus importants et verticalement intégrés seront mieux positionnés. La production indienne devrait aussi remonter la chaîne de valeur, des modules vers les cellules, les wafers puis le polysilicium, afin de réduire la dépendance aux importations. « Le défi n’est plus de construire des capacités, mais de les utiliser efficacement et d’approfondir la chaîne de valeur », analyse Chirag H. Tewani, chercheur senior chez JMK Research et coauteur du rapport.

Parce que les capacités de fabrication (233 GW en juin 2026) ont augmenté plus vite que la demande solaire indienne et mondiale ne peut les absorber, laissant les usines fonctionner à 35-40 % de leur capacité, contre 50-65 % généralement nécessaires pour une exploitation durable.
En raison de droits de douane américains cumulés dépassant 200 % imposés à la plupart des fabricants indiens, alors que les États-Unis représentaient environ 97 % des volumes de modules exportés par l’Inde en 2026.
Via la hausse de la demande domestique et de nouveaux débouchés (centres de données, hydrogène vert, exportations vers l’UE), une consolidation du secteur au profit des acteurs intégrés, et une remontée vers les segments amont de la chaîne de valeur (cellules, wafers, polysilicium) pour réduire la dépendance aux importations chinoises.
Selon l’IEEFA et JMK Research, la surcapacité actuelle de l’industrie indienne des modules photovoltaïques constitue une phase transitoire d’un secteur en pleine expansion, qui pourrait se résorber au cours de la prochaine décennie grâce à la hausse de la demande, à la consolidation du secteur et à des investissements plus maîtrisés dans les segments amont de la chaîne de valeur.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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