Elon Musk vise une capacité annuelle de production d’équipements solaires de 100 GW chacune chez Tesla et SpaceX, tout en reconnaissant que le photovoltaïque ne suffira pas à court terme à alimenter la croissance des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. Pour combler l’écart, SpaceX veut désormais fabriquer elle-même certains composants critiques des turbines à gaz, afin d’accélérer leur mise en service — une stratégie qui invite aussi la France à réévaluer rapidement ses besoins électriques face à la montée des data centers.
En bref :
Sur son réseau social X, Elon Musk a dévoilé les deux piliers de sa stratégie énergétique : une montée en puissance massive du solaire, complétée pendant plusieurs années par le gaz naturel. « SpaceX et Tesla développent chacune, aussi rapidement que possible, une capacité annuelle de production solaire de 100 GW. Toutefois, le gaz naturel restera nécessaire pendant encore plusieurs années pour compléter et accompagner la montée en puissance du solaire », écrit-il. Cet objectif de 100 GW par an avait déjà été évoqué par Elon Musk en début d’année. Tesla a depuis dévoilé le projet Crystal Sun, une usine intégrée de cellules et de modules photovoltaïques envisagée dans le comté de Fort Bend, au Texas, pour un investissement total annoncé de 10,1 milliards de dollars — l’usine n’est toutefois pas encore en production et sa capacité industrielle exacte reste à confirmer.
Aux États-Unis, la multiplication des centres de données consacrés à l’intelligence artificielle provoque une hausse très rapide de la demande d’électricité. Les installations photovoltaïques et les batteries devraient fournir une part croissante de cette énergie, mais leur déploiement ne permettra pas, à lui seul, de satisfaire immédiatement des besoins continus et considérables. Elon Musk assume donc le recours temporaire au gaz naturel — encore faut-il disposer des équipements nécessaires, alors que les fabricants de turbines sont confrontés à des carnets de commandes chargés et des délais de livraison qui s’allongent. « Le principal facteur limitant la fabrication des turbines à gaz réside dans la fonderie des aubes mobiles et fixes. En réalisant ces pièces en interne chez SpaceX, nous pouvons accélérer jusqu’à 18 mois la mise en service de nouvelles turbines à gaz, ce qui change profondément la donne », affirme Elon Musk. SpaceX ne se lance donc pas nécessairement dans la construction complète de turbines, mais entend d’abord internaliser la fabrication de leurs composants les plus difficiles à produire pour raccourcir les délais d’approvisionnement.
Cette accélération américaine doit également interpeller la France : RTE doit actualiser sa vision de l’évolution de la consommation électrique nationale, et la question des centres de données y occupera nécessairement une place centrale. Le gestionnaire du réseau de transport faisait état, au 1er juin 2026, de près de 18 GW de demandes de raccordement de data centers déjà signées ; les demandes recensées, qu’elles aient ou non atteint ce stade contractuel, approcheraient au total 30 GW. La majorité des projets portent sur des puissances comprises entre 100 et 200 MW, tandis qu’une dizaine de dossiers dépassent 400 MW.
L’incertitude essentielle porte désormais sur la puissance que ces installations appelleront réellement : certains professionnels contestent l’hypothèse d’un taux d’utilisation limité à 20 % de la puissance de raccordement et considèrent que les centres consacrés à l’entraînement des modèles d’IA pourraient fonctionner autour de 80 %. Dans ce scénario maximal, 30 GW de centres de données appelant en moyenne 80 % de leur puissance consommeraient environ 210 TWh par an ; même les 18 GW déjà contractualisés représenteraient, avec le même taux d’utilisation, une consommation annuelle supérieure à 125 TWh.

Ces ordres de grandeur remettent en question l’idée selon laquelle la France disposerait durablement d’une production électrique excédentaire. La faiblesse actuelle de la consommation, le retour de la production nucléaire et la multiplication des périodes de prix négatifs ont contribué à justifier le ralentissement du développement photovoltaïque ces derniers mois. Mais l’arrivée rapide de nouvelles consommations industrielles pourrait modifier profondément cet équilibre : les centres de données, l’électrification de l’industrie, les transports et les bâtiments vont augmenter les besoins, tandis que les canicules peuvent réduire simultanément la disponibilité de certains moyens conventionnels européens. Le monde industriel semble déjà anticiper cette évolution : à Colmar, Liebherr-Components investit plus de 90 millions d’euros pour presque doubler, d’ici 2030, sa capacité de production de moteurs de grande puissance, notamment destinés aux groupes électrogènes alimentant les centres de données, avec plus de 200 emplois créés pour accompagner cette extension.
Musk vise une capacité de production solaire massive (100 GW/an chez Tesla et chez SpaceX), mais juge que le solaire seul ne peut pas répondre assez vite aux besoins continus et considérables des centres de données IA ; le gaz naturel sert donc de complément temporaire le temps que la capacité solaire monte en puissance.
RTE recensait au 1er juin 2026 près de 18 GW de demandes de raccordement de data centers déjà signées en France, avec un total de demandes (signées ou non) approchant 30 GW.
Selon un scénario à 80 % de taux d’utilisation moyen évoqué par certains professionnels, les 30 GW de data centers en projet consommeraient environ 210 TWh par an ; même les 18 GW déjà contractualisés représenteraient plus de 125 TWh par an à ce même taux d’utilisation.
En résumé : la stratégie affichée par Elon Musk — solaire massif complété temporairement par du gaz — illustre une prise de conscience industrielle plus large : la demande électrique liée à l’IA n’est plus une perspective lointaine, mais un marché immédiat, aux États-Unis comme en France. Sous-estimer ces consommations futures pourrait conduire à freiner aujourd’hui des capacités de production solaire dont le pays pourrait avoir impérativement besoin dans les prochaines années. Sources : le message d’Elon Musk sur X, et les données sur l’essor des data centers publiées par RTE.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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