Hybridation hydroélectrique : 25 gw d’énergies renouvelables sans nouveau réseau dans l’ue

Le potentiel insoupçonné des centrales hydroélectriques pour accélérer la transition énergétique

L’Union européenne cherche à multiplier ses capacités d’énergies renouvelables tout en maîtrisant les coûts d’extension des réseaux électriques. Une solution émerge : l’hybridation des centrales hydroélectriques existantes. Selon un rapport d’EMBER, l’ajout de parcs éoliens et solaires directement raccordés en aval du compteur des barrages hydroélectriques permettrait d’ajouter jusqu’à 25 GW de puissance propre sans nécessiter de nouvelles infrastructures de transport. Cette approche offre une voie concrète pour contourner la saturation des réseaux, réduire les délais de raccordement et optimiser les investissements.

93 gw de capacité hydroélectrique prêts à être hybridés dans sept pays de l’ue

Le rapport d’EMBER se concentre sur sept États membres qui représentent ensemble 93 GW sur les 131 GW de capacité hydroélectrique totale de l’UE : l’Autriche, la Bulgarie, la France, l’Italie, le Portugal, la Roumanie et l’Espagne. Ces pays disposent de barrages dont la capacité de raccordement au réseau est souvent sous-utilisée. L’étude évalue le potentiel d’ajout d’énergies éolienne et solaire en aval du compteur, en respectant les contraintes environnementales (zones protégées, débits écologiques) et sans modifier la gestion des centrales hydrauliques. Les résultats montrent qu’il est possible d’intégrer 25 GW d’énergies renouvelables supplémentaires, soit environ 18 % des nouveaux objectifs d’EnR fixés pour 2030, sans utiliser un seul kilomètre de ligne électrique supplémentaire.

Comment fonctionne l’hybridation hydroélectrique en aval du compteur ?

L’hybridation consiste à raccorder des installations solaires et/ou éoliennes au même point de connexion qu’une centrale hydroélectrique existante, en amont du compteur de distribution. La puissance cumulée ne doit pas dépasser la capacité maximale du câble de raccordement. Or, les centrales hydroélectriques fonctionnent en moyenne à seulement 19 % de leur puissance maximale. En ajoutant de l’éolien et du solaire, on peut porter ce taux d’utilisation de la connexion à respectivement 36 % et 31 %. Dans certains cas, la combinaison des deux technologies peut même tripler le taux d’utilisation de l’infrastructure réseau existante. Ce concept s’appelle le « co-location » ou « hybridation » et permet de mutualiser les coûts fixes de raccordement, tout en lissant la production électrique.

Une complémentarité naturelle entre hydro, solaire et éolien

L’hydroélectricité offre une flexibilité précieuse : elle peut stocker de l’eau et ajuster sa production en fonction des apports solaires et éoliens. Par exemple, pendant une journée ensoleillée, un barrage peut réduire son débit pour laisser la place au solaire, puis augmenter sa production le soir lorsque le soleil disparaît. Cette synergie maximise l’utilisation du câble et évite des investissements coûteux dans le renforcement du réseau. Selon l’Agence internationale de l’énergie, ce type de solution pourrait réduire de 30 à 50 % les besoins d’extension des réseaux dans les régions montagneuses.

Des bénéfices concrets pour le réseau et l’économie

L’hybridation permet d’éviter la construction de nouvelles lignes à haute tension, souvent longues, coûteuses et contestées. Elle réduit également les délais de raccordement des projets renouvelables, qui sont actuellement un goulet d’étranglement majeur en Europe. Le rapport EMBER indique que les sept pays étudiés pourraient ainsi accélérer leur déploiement d’énergies propres sans attendre les extensions de réseau. Par ailleurs, l’utilisation optimisée des infrastructures existantes améliore la rentabilité des projets, tant pour les opérateurs hydroélectriques que pour les développeurs éoliens et solaires.

Hybridation hydroélectrique : 25 gw d'énergies renouvelables sans nouveau réseau dans l'ue

Réduction des coûts de construction du réseau

Les investissements dans les réseaux électriques représentent des centaines de milliards d’euros dans l’UE. L’hybridation permet de reporter ou d’éviter une partie de ces dépenses. En doublant quasiment l’utilisation des raccordements existants, on libère de la capacité sans travaux lourds. Ce levier est particulièrement pertinent dans les régions montagneuses où les contraintes topographiques rendent les nouvelles lignes très onéreuses. De plus, l’empreinte environnementale est réduite car on évite le bétonnage et la traversée d’espaces naturels sensibles.

Obstacles réglementaires : seuls le Portugal et l’Espagne ont des règles spécifiques

Malgré ce potentiel prometteur, le cadre juridique reste un frein. Parmi les sept pays ciblés par le rapport, seuls le Portugal et l’Espagne ont adopté une législation dédiée aux projets hybrides. Ces pays ont défini des conditions claires pour le raccordement en aval du compteur, la gestion des flux d’énergie et les obligations de déclaration. Ailleurs, les autorités manquent de directives, ce qui retarde les autorisations et crée des incertitudes pour les investisseurs. EMBER recommande vivement la mise en place de cadres nationaux harmonisés, la rationalisation des procédures et la priorisation des demandes hybrides dans les files d’attente de raccordement.

L’appel à une action législative rapide

« Les ambitions politiques sont vaines si l’énergie propre reste bloquée dans les files d’attente de raccordement. Pour les pays confrontés à la saturation du réseau électrique, l’hybridation offre une solution immédiate et sans intervention. En combinant l’éolien et le solaire en aval des raccordements existants, nous pouvons débloquer le déploiement à grande échelle des énergies renouvelables, pilier de la sécurité et de la compétitivité de l’Europe, tout en réduisant le besoin d’extensions de réseau coûteuses », conclut Elisabeth Cremona, responsable des infrastructures énergétiques chez EMBER.

Vers un déploiement accéléré des énergies renouvelables dans l’ue

L’hybridation des centrales hydroélectriques ne se substitue pas aux autres formes d’énergies renouvelables, mais elle offre un complément rapide et économique. Combinée à des mesures de flexibilité (stockage, effacement, pompage-turbinage), elle pourrait contribuer significativement aux objectifs du Green Deal européen et du plan REPowerEU. Les pays comme la France, l’Autriche ou la Roumanie, qui disposent d’un important parc hydroélectrique, auraient tout intérêt à adopter rapidement des réglementations adaptées. Le rapport complet d’EMBER est disponible en téléchargement sur leur site.

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