Le secteur photovoltaïque français s’apprête à vivre un tournant. Après une période de prix historiquement bas, une convergence de facteurs économiques et réglementaires devrait entraîner une augmentation significative du coût des modules solaires au cours du premier semestre 2026. Cette hausse, estimée entre 5% et 9%, impactera directement le budget des projets, qu’ils soient résidentiels, tertiaires ou de grande envergure. Nous décryptons les mécanismes de cette inflation annoncée et ses conséquences pour les consommateurs et les professionnels.

La fin d’une ère : suppression du remboursement de taxe à l’export chinois

Le principal moteur de la hausse des prix provient d’une décision politique chinoise. Pékin a confirmé la fin, au 1er avril 2026, du remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) à l’exportation pour les produits solaires. Ce mécanisme, en vigueur depuis des années, a largement contribué à la compétitivité des modules chinois sur le marché mondial. Sa suppression entraînera une augmentation mécanique du prix de ces modules à l’export.

Selon les analyses des professionnels du secteur, les fabricants ne pourront pas absorber seuls ce surcoût. Il se répercutera donc inévitablement sur les acheteurs finaux, augmentant le coût en capital (Capex) des installations photovoltaïques de 2% à 4%. Les contrats en cours ne seront pas épargnés, de nombreux fournisseurs ayant déjà intégré des clauses d’ajustement de prix pour anticiper cette échéance. Pour comprendre le poids de la Chine sur le marché global, le rapport de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) sur les chaînes d’approvisionnement solaires offre un éclairage précieux.

La pression parallèle du renchérissement des matières premières

Cette nouvelle vague d’augmentation vient se superposer à une tendance haussière déjà engagée sur le coût des composants. Depuis le troisième trimestre 2025, les prix des matières premières critiques pour la fabrication des panneaux solaires sont repartis à la hausse.

Le polysilicium en tête de gondole

Le polysilicium, matière première essentielle des cellules photovoltaïques, a connu une flambée spectaculaire, bondissant de plus de 40% depuis l’été 2025. Cette hausse s’explique moins par une tension immédiate entre l’offre et la demande que par des anticipations de marché. Les observateurs évoquent une rationalisation des capacités de production en Chine, évoquant parfois la formation d’une sorte de « cartel » ou d’OPEP du polysilicium, visant à stabiliser les prix après une longue période de chute libre.

Effet en cascade sur la chaîne de valeur

La hausse du polysilicium a un impact en cascade sur toute la filière de fabrication :

  • Les wafers (tranches de silicium) ont augmenté d’environ 3%.
  • Le prix des cellules photovoltaïques a grimpé de près de 16%.
  • Enfin, les modules finis assemblés ont déjà subi une hausse d’environ 5%.

Cette dynamique, combinée à la fin des remboursements fiscaux chinois, crée un double choc pour les prix à l’importation en Europe.

État des lieux et perspectives du marché français

Malgré ces tendances mondiales, le marché français affichait, fin 2025, des prix anormalement bas, notamment sur les segments résidentiel et tertiaire. Cette situation était due à un ralentissement de la demande et à des opérations de déstockage massives de la part des distributeurs. Les prix se situaient alors entre 10 et 16 centimes d’euro par watt-crête (ct€/Wc), selon la technologie (TOPCon ou back-contact).

La question centrale est de savoir quand et comment la double hausse des matières premières et des taxes se répercutera sur les tarifs finaux pour le consommateur français. Le délai dépendra des stocks disponibles et des stratégies commerciales des installateurs et grossistes.

L’incertitude réglementaire de la TVA à 5,5%

Le marché est également traversé par une incertitude réglementaire nationale : l’application de la TVA réduite à 5,5% pour les installations de moins de 9 kWc, effective depuis le 1er octobre 2025. Cette mesure, destinée à soutenir l’autoconsommation, a dans un premier temps créé un effet d’attentisme.

Un critère carbone qui change la donne

Pour être éligible à ce taux préférentiel, les modules doivent répondre à des critères stricts d’empreinte carbone, définis par la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE). Un module chinois standard, vendu autour de 12-13 ct€/Wc, voit son prix presque tripler (30-35 ct€/Wc) une fois adapté pour respecter ces normes. Il atteint ainsi le niveau de prix de modules fabriqués en Europe, comme ceux du français Voltec Solar, l’un des rares fabricants certifiés par l’organisme Certisolis.

Un impact de marché limité à court terme

Cependant, le segment des petites installations (< 9 kWc) représente un volume global limité. Il est donc peu probable qu'il influence à lui seul la tendance de fond du marché. De plus, l'engouement croissant pour les solutions de stockage par batterie, dont les prix ont chuté de 30% depuis début 2025, complexifie l'équation. L'ajout d'une batterie n'étant pas éligible à la TVA réduite, de nombreux ménages pourraient renoncer au taux de 5,5% pour opter pour une installation complète avec stockage, taxée à 20%.

En conclusion, le marché photovoltaïque français entre dans une phase de recalibrage des prix, tirée par des facteurs globaux et locaux. Pour les particuliers et les entreprises, il devient crucial de bien anticiper son projet, de comparer les offres et de considérer l’ensemble des coûts, y compris le stockage, pour faire un choix éclairé et rentable. Pour suivre l’évolution des politiques énergétiques, le site du Ministère de la Transition Écologique est une ressource officielle de référence.

Abonnez-vous maintenant à la Newsletter.
Inscription gratuite !

Commentaires

  • Il n'y a pas encore de commentaires.
Ajouter un commentaire