En avril 2026, les exportations chinoises de cellules photovoltaïques – assemblées en modules ou montées en panneaux – vers l’Afrique ont atteint 123 787 tonnes, soit une augmentation spectaculaire de 83 % par rapport aux 67 552 tonnes importées sur la même période en 2025, selon les données des douanes chinoises relayées par Reuters. Cette progression marque un tournant dans les relations commerciales entre la Chine et le continent africain dans le secteur solaire.
Ce bond des importations n’est pas un accident statistique. Il s’inscrit dans une tendance de fond confirmée par le rapport Global Electricity Review 2026 publié en avril 2026 par le think tank Ember. Selon ce document, l’Afrique devient un débouché stratégique pour l’industrie solaire chinoise, portée par la baisse continue des prix des modules depuis 2023 et par des besoins énergétiques colossaux. En 2025, le continent ne représentait encore qu’environ 6 % des exportations chinoises de panneaux solaires, mais ce chiffre pourrait doubler d’ici 2027 si la dynamique actuelle se maintient.
Les volumes enregistrés en mars 2026 ont été particulièrement élevés, avant un léger repli en avril, suggérant un phénomène de stockage anticipé par les distributeurs africains. Quoi qu’il en soit, l’année 2026 s’annonce comme un millésime record pour le solaire africain, avec des prévisions d’installations comprises entre 8 et 10 GWc, contre environ 4 GWc en 2025 selon l’IRENA.
Plusieurs facteurs expliquent cette montée en puissance. D’abord, le ralentissement relatif des marchés occidentaux – notamment européens et américains – qui se tournent vers d’autres fournisseurs asiatiques (Vietnam, Inde) ou développent leur propre production locale. Par exemple, les États-Unis ont renforcé leurs droits de douane sur les modules chinois via la section 301, tandis que l’Union européenne impose des mesures antidumping. Dans ce contexte, les industriels chinois comme JinkoSolar, Trina Solar ou LONGi Green Energy se recentrent sur des marchés à forte croissance comme l’Afrique.
Ensuite, le faible taux d’électrification de nombreux pays africains – environ 600 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité, selon la AIE – crée une demande immense pour des solutions décentralisées. Les mini-réseaux solaires, les systèmes hors réseau et les centrales de grande taille sont autant de débouchés pour les panneaux chinois, les mieux positionnés en termes de prix et de disponibilité.
La hausse brutale des importations en mars 2026 s’explique aussi par un facteur conjoncturel : les distributeurs africains ont accéléré leurs commandes pour bénéficier d’un avantage fiscal avant sa suppression. Pékin a en effet mis fin, au 1er avril 2026, à une exonération de droits de douane à l’exportation dont bénéficiaient les fabricants chinois de panneaux photovoltaïques. Cette mesure, qui permettait de réduire le coût final pour les acheteurs étrangers, a incité les importateurs à constituer des stocks avant la nouvelle taxation.
Ce « rush » explique en partie le pic du premier trimestre. Toutefois, les prix des modules chinois restent historiquement bas – autour de 0,10 $/Wc en moyenne – ce qui devrait continuer à stimuler la demande même après la suppression de l’avantage fiscal. La marge de compétitivité par rapport aux producteurs locaux africains reste très large, ces derniers ne couvrant encore qu’une infime partie des besoins.
Plusieurs initiatives concrètes illustrent cette dynamique. En Algérie, le gouvernement a lancé en 2025 un appel d’offres record pour 3 GW de centrales solaires, dont les premiers modules devraient être livrés fin 2026. Au Kenya, le programme d’électrification rurale « Last Mile Connectivity » prévoit l’installation de 500 000 systèmes solaires domestiques d’ici 2027, avec une forte composante d’importations chinoises. Au Mozambique, la stratégie nationale de mini-réseaux solaires privés, soutenue par la Banque mondiale, génère une demande régulière de modules.
Cependant, la production locale reste balbutiante. Seuls quatre pays – le Maroc, le Nigéria, l’Afrique du Sud et l’Égypte – ont lancé des usines d’assemblage de panneaux, mais leur capacité cumulée ne dépasse pas 2 GW par an, loin des besoins estimés à plus de 10 GW annuels d’ici 2030 selon BloombergNEF. Ces unités produisent principalement pour le marché local, mais dépendent encore largement des cellules chinoises pour leurs composants clés.
La grande question pour le second semestre 2026 est de savoir si la dynamique se maintiendra. Une partie des volumes importés en début d’année correspond probablement à des stocks constitués par anticipation. Si ces stocks sont suffisants pour plusieurs mois, les commandes pourraient ralentir temporairement, d’autant que la fin de l’avantage fiscal rendra les modules légèrement plus chers. Certains analystes prévoient une baisse de 15 à 20 % des importations au troisième trimestre, avant un rebond en fin d’année porté par les grands projets.
À plus long terme, l’Afrique représente un marché colossal pour le solaire chinois. Avec une croissance démographique de 2,5 % par an et une urbanisation rapide, la demande électrique du continent devrait tripler d’ici 2040. Les panneaux chinois, fabriqués à bas coût et disponibles en grandes quantités, semblent les mieux placés pour répondre à cette explosion. La question centrale reste le financement des infrastructures, car les importations de modules ne suffisent pas : il faut des réseaux, des onduleurs, des batteries et une main-d’œuvre qualifiée. Des partenariats public-privé et des financements internationaux (Banque africaine de développement, Banque mondiale) seront déterminants pour transformer ces importations en électrification réelle.
En conclusion, le bond des exportations chinoises de panneaux solaires vers l’Afrique en 2026 reflète à la fois des forces structurelles (déplacement des marchés, besoin d’électrification) et un effet conjoncturel (fin d’avantage fiscal). La tendance de fond est positive, mais la prudence reste de mise pour les prochains mois, le temps d’écouler les stocks constitués. Quoi qu’il en soit, l’Afrique s’affirme comme le nouveau front de croissance de l’industrie solaire mondiale, avec la Chine comme partenaire incontournable.
En complément, vous pouvez consulter les données actualisées sur le site des douanes chinoises ou lire l’intégralité du Global Electricity Review 2026 d’Ember.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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