Dans un rapport publié en septembre 2026, la Fondation Jean-Jaurès et le think tank Strategic Perspectives proposent de faire de la France une « électro-puissance » capable de substituer massivement une électricité décarbonée aux hydrocarbures importés, une stratégie qui passe d’abord, selon eux, par une accélération du solaire et de l’éolien.
Intitulé Électro-puissance – Le choix français de la réindustrialisation et de la protection, le rapport de Neil Makaroff, Tristan Beucler et Marin Gillot part d’un constat paradoxal : la France produit une électricité abondante et à 95 % décarbonée, grâce au redressement du nucléaire et à la progression des renouvelables, mais l’électricité ne représente encore qu’un peu plus du quart de la consommation finale d’énergie. Pour les auteurs, l’électrification du chauffage, des transports et de l’industrie doit devenir l’un des grands chantiers des prochaines années — une hausse de la demande qui pourrait atteindre 20 % d’ici à 2032 dans un scénario de forte réindustrialisation.
Les auteurs considèrent qu’« une électrification rapide suppose avant tout un déploiement accéléré des énergies renouvelables », la relance du nucléaire venant compléter cette trajectoire à plus long terme. La France disposerait pourtant d’atouts particulièrement favorables : deuxième gisement éolien et deuxième gisement solaire d’Europe, quatre façades maritimes propices à l’éolien en mer — un potentiel jugé encore largement sous-exploité. Le retard est particulièrement visible dans l’éolien offshore (2 GW raccordés en avril 2026, contre 17 GW au Royaume-Uni et 10 GW en Allemagne), tandis que le parc photovoltaïque français reste modeste au regard du potentiel national, avec une puissance comparable à celle des Pays-Bas.
Pour changer d’échelle, le rapport recommande de mieux calibrer les soutiens publics, raccourcir les délais administratifs et faire appliquer les obligations de solarisation des grandes surfaces et des parkings, estimant que la dynamique déjà record du photovoltaïque pourrait être fortement amplifiée d’ici cinq ans. L’éolien terrestre dispose lui aussi d’un important potentiel de renouvellement : une partie du parc arrivera en fin de vie d’ici 2035, et son remplacement par des machines plus puissantes pourrait tripler la production à nombre de mâts constant. Pour l’éolien en mer, l’objectif serait de concrétiser le Pacte éolien en mer et d’atteindre progressivement un rythme d’installation de 2 GW par an.
Cette accélération doit s’accompagner d’investissements dans les réseaux et le stockage. Le rapport souligne le retard français dans les batteries : seulement 0,52 GW de capacité, contre 2,8 GW en Allemagne et 2 GW en Italie. Les batteries permettraient de mieux valoriser la production solaire et éolienne, de réduire certaines contraintes du réseau et de renforcer sa résilience — les auteurs envisagent notamment leur couplage avec les sites industriels, les centres de données et les véhicules électriques.
Autre piste : mobiliser davantage les contrats d’achat d’électricité à long terme (PPA), à l’image de l’Espagne, où des contrats conclus directement entre producteurs et consommateurs participent au financement de nouvelles capacités renouvelables, notamment solaires — une approche qui sécuriserait l’approvisionnement des entreprises tout en offrant des revenus prévisibles aux producteurs, dans un contexte de finances publiques contraintes.
Le rapport ne limite pas les renouvelables à la production d’électricité : il en fait un enjeu industriel. La France compte déjà près de 160 sites et 168 272 emplois industriels liés aux technologies de décarbonation, dont les batteries et les éoliennes. La situation du photovoltaïque industriel est en revanche présentée comme particulièrement fragile : pionnière technologique de la filière, la France a perdu du terrain face à la Chine, qui produit désormais près de 80 % des panneaux photovoltaïques mondiaux — les auteurs citent l’abandon du projet Carbon à Fos-sur-Mer et les perspectives de l’usine Holosolis à Hambach.

Enfin, le rapport insiste sur les bénéfices territoriaux des renouvelables : plus de 2,17 milliards d’euros de recettes fiscales locales générées en 2024, bénéficiant principalement aux communes et intercommunalités. Dans les territoires ruraux, solaire et éolien deviennent ainsi autant des instruments de transition énergétique que des outils de développement économique et d’aménagement du territoire.
Une stratégie visant à faire de la France un pays capable de substituer massivement une électricité décarbonée aux hydrocarbures importés, en s’appuyant d’abord sur une accélération du solaire et de l’éolien, complétée par la relance du nucléaire à plus long terme.
Le stockage par batteries (0,52 GW contre 2,8 GW en Allemagne) et l’éolien offshore (2 GW raccordés contre 17 GW au Royaume-Uni), ainsi qu’un parc photovoltaïque jugé modeste au regard du potentiel national.
Parce que la France, pionnière technologique de la filière, a perdu du terrain face à la Chine (près de 80 % de la production mondiale de panneaux), illustré par l’abandon du projet Carbon à Fos-sur-Mer.
Pour la Fondation Jean-Jaurès et Strategic Perspectives, convertir l’avantage électrique français en avantage économique, industriel et géopolitique suppose d’accélérer nettement le déploiement des renouvelables tout en construisant simultanément les réseaux, le stockage et les filières industrielles nécessaires pour les valoriser.
Source : Fondation Jean-Jaurès. Données réseau électrique : RTE.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
Saisissez le code reçu par SMS :
Entrez le code de validation envoyé sur votre mobile pour finaliser votre demande.