Le 9 juin 2025, à l’occasion du 11e colloque photovoltaïque organisé à Strasbourg, les principaux représentants de la filière solaire française ont tiré la sonnette d’alarme. Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), et Daniel Bour, président d’Enerplan, ont dénoncé une situation qu’ils qualifient de « quasi-moratoire » réglementaire. Face à l’absence de visibilité après l’été et à la baisse drastique des tarifs d’achat, les deux organisations ont obtenu un rendez-vous inédit le 17 juin avec Maud Brégeon, ministre déléguée chargée de l’Énergie. Cet article détaille les enjeux de cette rencontre cruciale pour l’avenir du photovoltaïque en France.

Une filière en quasi-moratoire : les chiffres clés

Le secteur solaire français traverse une zone de turbulences sans précédent. Selon le SER, les promesses de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3) sont loin d’être tenues. En particulier, la baisse du tarif d’achat pour les installations de 100 à 500 kWc – ramené à seulement 1,1 centime d’euro par kWh – a provoqué un effondrement des nouveaux projets. Parallèlement, le projet de décret encadrant l’autoconsommation collective inquiète les acteurs locaux.

Les chiffres sont éloquents : après trois appels d’offres lancés jusqu’en juillet 2025, aucun nouveau dispositif n’est prévu pour la suite de l’année. « Les entreprises ont des salariés à payer », a rappelé Vianney de l’Estang, président de la commission solaire du SER. Selon Enerplan, près d’un tiers des emplois du secteur – soit environ 27 000 postes sur les 80 000 emplois directs et indirects – sont aujourd’hui menacés. Les retombées fiscales annuelles de 296 millions d’euros sont également en péril.

Pour en savoir plus sur la situation des énergies renouvelables en France, consultez le site officiel du SER et celui d’Enerplan.

Les demandes urgentes des professionnels

Les représentants de la filière arriveront le 17 juin avec une liste précise de demandes. La priorité absolue est une clarification du calendrier et des modalités des futurs appels d’offres. « Nous n’avons aucune visibilité après l’été, ce qui empêche toute planification industrielle », a déploré Daniel Bour. Les professionnels réclament également un moratoire sur la baisse des tarifs et une révision du seuil de 500 kWc, jugé trop restrictif.

La Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), représentée par Hermine Durand, a justifié sa prudence par la nécessité de respecter la trajectoire de 48 GW installés en 2030, soit un rythme d’environ 2,9 GW par an. Mais pour le SER, cette approche est trop court-termiste : « Le solaire ne peut pas être une variable d’ajustement, alors que l’on vante une électricité compétitive pour attirer des industriels très consommateurs d’énergie », a rétorqué Jules Nyssen.

Pour approfondir la position de la DGEC, vous pouvez consulter la page officielle du ministère de la Transition écologique.

Le stockage et l’hybridation : des solutions clés

Les acteurs du solaire plaident pour l’intégration rapide du stockage stationnaire (stand-alone) et de l’hybridation des projets photovoltaïques avec des batteries colocalisées. Ces technologies permettraient de mieux valoriser l’électricité produite et de réduire le poids du soutien public. Pourtant, la France manque d’une véritable politique de stockage. La règle des 3 000 heures, par exemple, bloque de nombreux projets en les rendant difficilement finançables.

« Il n’existe pas de stratégie claire de l’État sur le stockage. Les autorités nous laissent faire jusqu’à ce que les blocages de raccordement stoppent naturellement les projets », regrette Daniel Bour. Les professionnels demandent que la DGEC intègre le stockage et l’hybridation dans les futurs appels d’offres. Pour l’instant, l’administration promet d’étudier le sujet, sans donner d’échéance.

Crise du solaire en France : le SER et Enerplan sonnent l’alarme avant une réunion clé avec la ministre

Une étude récente de RTE montre que la demande de raccordement industriel atteint désormais 30 GW, soit plus que la capacité industrielle actuelle. Sur le sujet, le site de RTE propose des données actualisées sur le mix électrique français.

Data centers et électrification : le solaire indispensable

La France compte environ 300 data centers en 2026, avec des concentrations majeures en Île-de-France (7 GW de capacité réservée) et dans les Hauts-de-France (6 GW). Ces infrastructures, très consommatrices d’énergie, nécessitent des sources d’électricité compétitives et rapidement déployables. « Le solaire est la seule filière capable d’apporter 40 GW supplémentaires, soit environ 300 TWh, dans les cinq prochaines années », a calculé Daniel Bour.

Cette demande explosive souligne l’incohérence d’une politique qui bride le développement photovoltaïque. « Si nous devons redémarrer dans l’urgence dans deux ans, ce sera extrêmement compliqué », prévient-il, alors que les plans sociaux ont déjà commencé dans plusieurs entreprises du secteur.

Une réunion décisive le 17 juin

La rencontre du 17 juin entre la ministre Maud Brégeon, le SER et Enerplan est donc perçue comme un rendez-vous de la dernière chance. Initialement, la ministre devait s’exprimer par vidéo lors du colloque de Strasbourg, mais cela n’a pas été possible. Ce rendez-vous en présentiel, obtenu de haute lutte, devra apporter des réponses concrètes : calendrier des appels d’offres, mesures d’urgence pour le stockage, et garanties sur les tarifs.

Les professionnels espèrent que le gouvernement prendra la mesure de l’urgence : « Toute une filière construite depuis dix ans risque d’être fragilisée. Si nous devons redémarrer dans l’urgence dans deux ans, ce sera extrêmement compliqué », insiste Daniel Bour. Le secteur rappelle que, selon une étude de l’ADEME, le potentiel solaire français est largement sous-exploité. Pour en savoir plus, consultez les publications de l’ADEME sur le photovoltaïque.

Conclusion

L’avenir du photovoltaïque en France se joue en partie le 17 juin. Entre promesses non tenues, baisse des tarifs et absence de vision stratégique sur le stockage, la filière réclame un cap clair. Les professionnels attendent des signaux forts pour éviter un effondrement économique qui mettrait en péril des dizaines de milliers d’emplois. La balle est désormais dans le camp de la ministre déléguée chargée de l’Énergie.

Pour suivre l’actualité du secteur, vous pouvez également consulter le site de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

Inscrivez-vous en avant-première pour ne rien manquer de nos prochaines actualités.

Espace d'échanges et avis

  • Soyez le premier à partager votre expérience ou à poser une question.
La parole est à vous !

Vérification SMS

Saisissez le code reçu par SMS :

Vérification SMS

Entrez le code de validation envoyé sur votre mobile pour finaliser votre demande.