Depuis le 11 juillet, la Tunisie subit une vague de chaleur exceptionnelle, avec des températures dépassant fréquemment les 45°C dans plusieurs régions. Cette canicule, liée au changement climatique, entraîne une consommation d’électricité record, principalement due à l’usage massif de la climatisation. Le réseau national, géré par la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG), est mis sous forte pression, provoquant des coupures de courant régulières et des mesures de délestage pour éviter un black-out général.
Face à cette situation critique, la STEG a annoncé une mesure historique : les clients du secteur basse tension – particuliers, commerces et petites entreprises – sont désormais officiellement autorisés à installer des batteries de stockage d’énergie photovoltaïque associées à des onduleurs hybrides. Cette décision vise à renforcer la résilience du réseau et à offrir une autonomie énergétique aux foyers tunisiens.
Jusqu’à présent, le cadre réglementaire en Tunisie limitait strictement l’intégration du stockage dans les installations solaires pour les particuliers. Les propriétaires de panneaux photovoltaïques ne pouvaient que revendre l’excédent d’électricité au réseau, sans possibilité de stocker pour une utilisation ultérieure. Avec cette nouvelle autorisation, les détenteurs d’installations solaires peuvent désormais bénéficier en continu de l’électricité stockée dans leurs batteries, même lors des coupures ponctuelles liées aux délestages.
Cette évolution est d’autant plus cruciale que la Tunisie connaît une demande électrique en forte hausse : selon les données de la STEG, la pointe de consommation a atteint 4 500 MW pendant la canicule, contre une capacité de production maximale de 5 200 MW. Le stockage résidentiel permet de réduire la pression sur le réseau en lissant la consommation et en fournissant une source d’énergie de secours.
Pour garantir la sécurité des utilisateurs et la stabilité du réseau, la STEG a publié sur son site un guide technique dédié. Ce document définit les conditions minimales à respecter pour la conception, la mise en œuvre, l’exploitation et la maintenance des systèmes de stockage résidentiel. Il s’adresse aussi bien aux particuliers qu’aux installateurs agréés et aux services techniques de la STEG.
Parmi les spécifications clés : les batteries doivent être conformes aux normes internationales (IEC 62619 pour la sécurité des batteries lithium-ion), les onduleurs hybrides doivent permettre une gestion intelligente de l’énergie, et l’installation doit être réalisée par un professionnel certifié. Le guide insiste également sur la nécessité d’un disjoncteur différentiel et d’une mise à la terre adaptée pour éviter tout risque d’électrocution ou d’incendie.
Grâce à cette mesure, les ménages tunisiens équipés de panneaux solaires peuvent :
Cette décision a été accueillie avec enthousiasme par les acteurs du secteur des énergies renouvelables. Intervenant sur la radio nationale, Sadok Besbes, président du Groupement professionnel des énergies renouvelables au sein de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (CONECT), a qualifié cette mesure d’« avancée importante ». Selon lui, elle ouvre la voie à une véritable démocratisation du solaire en Tunisie.

Cependant, Besbes a également appelé les autorités à aller plus loin. Il préconise notamment :
Selon l’Agence Nationale pour la Maîtrise de l’Énergie (ANME), le coût actuel d’une installation photovoltaïque avec stockage résidentiel (batterie lithium-ion de 5 kWh) varie entre 8 000 et 12 000 dinars tunisiens, ce qui reste élevé pour une grande partie de la population. Les mesures d’incitation fiscale pourraient accélérer l’adoption massive.
La Tunisie s’est fixé un objectif ambitieux : 30 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030, contre environ 4 % actuellement. Le stockage résidentiel est un levier clé pour atteindre cette cible, car il permet d’intégrer davantage de solaire sans déstabiliser le réseau. Des projets pilotes ont déjà été menés par la STEG en partenariat avec l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ) pour tester des systèmes de stockage dans des quartiers résidentiels.
Par ailleurs, la baisse continue du prix des batteries – environ 137 $/kWh en 2024 selon l’Agence internationale de l’énergie – rend ces solutions de plus en plus accessibles. Certains experts estiment que le marché tunisien du stockage résidentiel pourrait croître de 20 % par an dans les cinq prochaines années, si les conditions réglementaires et financières restent favorables.
Pour les particuliers souhaitant se lancer, il est recommandé de consulter le guide STEG, de faire appel à un installateur agréé et de dimensionner son installation en fonction de ses besoins réels (consommation, puissance des appareils, durée d’autonomie souhaitée). Des simulateurs en ligne, comme celui proposé par l’ANME, aident à évaluer la rentabilité du projet.
L’autorisation du stockage résidentiel photovoltaïque par la STEG marque un tournant décisif pour la transition énergétique tunisienne. En pleine canicule, cette mesure offre une bouffée d’oxygène aux ménages confrontés aux coupures, tout en soulageant un réseau électrique sous pression. Reste maintenant à accompagner cette avancée réglementaire par des incitations financières et une sensibilisation accrue, afin que le solaire avec stockage devienne une solution accessible au plus grand nombre. La Tunisie montre ainsi que la crise climatique peut être un accélérateur de changement.
Sources : Business News Tunisie, ANME, STEG, IEA

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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