Depuis 2023, le marché photovoltaïque mondial connaît une transformation radicale : le prix des panneaux solaires a dégringolé de plus de 50 % en deux ans, une tendance qui se prolonge jusqu’en 2026 selon les dernières analyses. Cette baisse, portée par la surcapacité de production chinoise et les innovations technologiques (TOPCon, hétérojonction), remet en cause les équilibres économiques classiques. Dans ce contexte, beaucoup d’installateurs et de particuliers s’interrogent : est-il encore financièrement pertinent d’investir dans des panneaux assemblés en Europe, dont le coût au watt reste significativement plus élevé ? Et qu’en est-il des aides d’État spécifiques qui pourraient compenser ce surcoût ? Cet article apporte un éclairage complet, chiffré et actualisé.
En 2023, le prix des modules cristallins standard a franchi la barre des 0,10 €/Wc pour les meilleures offres asiatiques. En 2025, certains contrats spot descendent sous 0,08 €/Wc. Cette déflation structurelle est due à la multiplication des gigafactories en Chine (LONGi, JinkoSolar, Trina Solar) et à l’adoption rapide de technologies plus efficaces mais moins coûteuses à produire. Selon PV Magazine, la baisse des prix devrait se poursuivre au moins jusqu’à la fin 2026, avant une possible stabilisation. Cette situation modifie profondément le calcul du retour sur investissement (ROI) pour tous les types d’installations, qu’elles soient résidentielles ou industrielles.
Les modules assemblés en Europe – principalement en Allemagne, France, Espagne et Italie – intègrent des coûts de main-d’œuvre, de logistique et de conformité réglementaire (REACH, RoHS, devoir de vigilance) bien supérieurs. Le surcoût varie de 15 % à 35 % selon les marques (Voltec, Recom, SunPower (aujourd’hui Maxeon), etc.) et les technologies (PERC, TOPCon, HJT). Avec des modules asiatiques autour de 0,09 €/Wc, un panneau européen peut grimper à 0,12-0,14 €/Wc, soit un écart de 30 à 50 euros par kilowatt-crête.
Longtemps, les partisans du made in Europe mettaient en avant un rendement supérieur et une meilleure fiabilité. Mais aujourd’hui, les meilleurs modules chinois atteignent 23-24 % de rendement, soit des niveaux comparables aux européens. Les garanties de performance (25 à 30 ans) et de produit (12 à 15 ans) sont devenues standards chez les fabricants de premier rang, quelle que soit leur origine. Les tests indépendants (TÜV, DEKRA) montrent que les meilleurs modules chinois présentent des taux de dégradation PID et LeTID similaires à ceux des marques européennes.
Pour les grands projets, la bankability – c’est-à-dire la capacité à obtenir un financement bancaire – reste un critère important. Certaines marques européennes bénéficient d’une meilleure notation de la part des analystes (BloombergNEF Tier 1), mais l’écart se réduit. De plus, les modules européens offrent une traçabilité plus transparente et une empreinte carbone plus faible, ce qui peut être déterminant dans les appels d’offres publics ou pour les entreprises soumises à des critères ESG.
La question centrale est de savoir si le surcoût des panneaux européens est compensé par des aides publiques. Contrairement à une idée reçue, la prime à l’autoconsommation française (tarif fixe par kWc) n’octroie aucun bonus automatique pour l’origine européenne. Cependant, plusieurs dispositifs ciblés existent.
La Commission de régulation de l’énergie (CRE) attribue un bonus de prix de 10 % à 30 % sur le tarif de rachat pour les projets photovoltaïques supérieurs à 500 kWc utilisant des modules ayant un score d’industrialisation européen significatif. Depuis 2024, ce bonus s’applique aux panneaux « majoritairement assemblés en Europe ». Le site officiel de la CRE détaille les critères. Pour un investisseur en centrale au sol, ce bonus peut largement compenser le surcoût initial (ex. +15 % de coût pour +25 % de tarif sur 20 ans).
Certaines régions françaises (Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes) ont proposé des subventions complémentaires pour l’installation de panneaux fabriqués localement. En Allemagne, le programme Bundesförderung für effiziente Gebäude (BEG) a intégré des bonus pour les modules produits en UE. Ces aides sont toutefois limitées dans le temps et souvent réservées aux petites installations. En Italie, l’ancien Superbonus 110 % (désormais réduit) offrait une majoration fiscale pour les panneaux avec plus de 60 % de contenu européen, mais cette mesure n’est plus applicable depuis 2023.

Les collectivités intègrent de plus en plus le score CO₂ dans leurs appels d’offres. La méthode française ECS (Énergie grise des composants) pénalise lourdement les modules asiatiques. Un panneau assemblé en Europe affiche un bilan carbone jusqu’à 40 % meilleur (Ministère de la transition écologique). Pour une mairie ou un syndicat d’énergie, choisir local peut permettre de décrocher un marché même avec un prix plus élevé. Cela ne constitue pas une aide directe, mais un avantage concurrentiel objectif.
La décision dépend fortement de la taille et du type de projet.
Dans ce segment, il n’existe quasiment plus de bonus directs pour le made in Europe. Le surcoût typique de 40 à 60 euros par kWc (soit 200 à 500 € pour une installation de 3-6 kWc) n’est compensé par aucune aide. Le temps de retour sur investissement passe de 9-10 ans (modules asiatiques) à 12-14 ans (modules européens). La pertinence financière est donc très faible, sauf si le particulier accorde une valeur personnelle à l’origine ou à l’empreinte carbone. Dans ce cas, il peut justifier un investissement plus élevé par conviction écologique.
Ces installations, souvent entre 50 kWc et 1 MWc, ne sont généralement pas éligibles aux appels d’offres CRE (réservés aux plus de 500 kWc). L’absence de bonus rend le surcoût difficile à amortir. Toutefois, si l’entreprise valorise ses engagements ESG ou souhaite améliorer son image de marque, les panneaux européens peuvent être un argument commercial. Dans ce cas, le surcoût est un investissement marketing, pas purement financier.
C’est le seul cas où le calcul est clairement favorable. En accédant aux appels d’offres CRE avec bonus, le tarif de rachat majoré compense le surcoût initial. Par exemple, un projet de 5 MWc avec modules européens (+15 % de CAPEX) peut bénéficier d’un tarif de rachat supérieur de 25 % pendant 20 ans. La rentabilité globale est alors meilleure qu’avec des modules asiatiques sans bonus. Les investisseurs professionnels doivent donc analyser les conditions des appels d’offres en vigueur.
La chute historique des prix des modules a profondément modifié l’équation financière. L’avantage des panneaux assemblés en Europe ne réside plus dans des performances techniques supérieures (devenues équivalentes) ni dans des garanties plus étendues, mais dans l’accès à des aides résiduelles ciblées (appels d’offres CRE) et à des critères ESG valorisés. Pour le particulier ou le petit professionnel, le surcoût reste difficile à justifier financièrement sans subvention régionale. En revanche, pour les grands projets solaires, le choix européen peut s’avérer rentable grâce aux bonus publics. À l’horizon 2026, la tendance baissière des prix devrait se poursuivre, rendant le débat encore plus complexe. Il est essentiel de consulter les dispositifs d’aide en vigueur dans votre région et votre pays avant de décider. Pour une analyse personnalisée, le site photovoltaique.info propose des simulateurs actualisés.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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